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Un homme regarde un message indiquant "Le capitalisme n'est pas immortel" sur un panneau protégeant une agence bancaire à Hendaye en août 2019 avant le sommet du G7 à Biarritz, du 24 au 26 août 2019.
Un homme regarde un message indiquant "Le capitalisme n'est pas immortel" sur un panneau protégeant une agence bancaire à Hendaye en août 2019 avant le sommet du G7 à Biarritz, du 24 au 26 août 2019.
©ANDER GILLENEA / AFP

Bonnes feuilles

Le capitalisme contemporain ne produit plus les richesses promises

Patrick Artus et Marie-Paule Virard publient « La dernière chance du capitalisme » aux éditions Odile Jacob. Le capitalisme néolibéral, dont la nature a beaucoup évolué depuis les années 1980, est en sursis. Perçu comme injuste et inégalitaire, il nourrit colère et rancœurs. Il se révèle inefficace en créant de moins en moins de croissance. Faut-il en finir et changer radicalement de système ? Extrait 1/2.

Patrick Artus

Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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Marie-Paule Virard

Marie-Paule Virard

Journaliste et ancienne rédactrice en chef du magazine Enjeux-Les Échos de 2003 à 2008.  Elle a publié, avec Patrick Artus, à La Découverte deux livres à succès : "Le Capitalisme est train de s'autodétruire" (2005) et "Comment nous avons ruiné nos enfants" (2006).

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Voilà bien en effet la pathologie la plus intrigante du capitalisme contemporain : il est devenu inefficace. Il ne produit plus les richesses promises. En tout cas, plus autant que par le passé. Les hommes et les femmes des pays « riches » ont beau vivre dans des sociétés où les biens et services de toutes sortes abondent et où la vie quotidienne est saturée d’innovations en tous genres, notamment technologiques, la croissance est bel et bien en panne après quarante ans de capitalisme néolibéral dopé à la globalisation et aux « innovations de rupture ». Il suffit pour s’en convaincre d’analyser l’évolution de la croissance potentielle des pays de l’OCDE, croissance que l’on a pris l’habitude de mesurer en faisant la somme de l’évolution des gains de productivité et de l’augmentation de la population active.

Jusqu’à la veille de la crise des subprimes en 2008, la croissance potentielle a évolué pendant des décennies autour d’une tendance de 2,5 à 3 % en moyenne pour l’ensemble des pays de l’OCDE. Elle était même supérieure à 4 % aux États-Unis. Après le trou d’air de 2008-2009, elle est repartie de l’avant mais s’est bientôt stabilisée autour de 1,5 % pour les pays de l’OCDE pris dans leur ensemble, à peine 3 % outre-Atlantique. Et il sera difficile d’éviter un nouveau tassement après la crise sanitaire en raison de la destruction de capital productif et de capital humain qui ne manquera pas d’accompagner le recul de l’investissement, les faillites, la montée du chômage. En cause, l’impact des crises et des récessions, le vieillissement démographique et, surtout, l’affaiblissement qui semble irrésistible des gains de productivité (moins de 1 % l’an dans les pays de l’OCDE) et du progrès technique (la productivité globale des facteurs), une productivité globale des facteurs qui est en effet, avec la démographie, la clé de notre prospérité collective. Qu’elle vienne à flancher durablement et nous pouvons dire adieu à notre niveau et à notre mode de vie. Or, c’est bien ce qui s’est mis en place depuis le début du siècle. Et même bien avant.

 

L’âge d’or de la croissance est derrière nous

Le mouvement a été progressif. Quelques signaux faibles sont apparus ici et là puis ont eu tendance à se multiplier jusqu’à ce qu’un économiste américain de l’Université de Northwestern (Illinois), un certain Robert Gordon, jette un premier pavé dans la mare, en plein milieu de l’été 2012. Ce pavé ? Un modeste Working Paper dont le propos était de poser quelques questions fondamentales sur les ressorts de la croissance. En guise de préambule, l’auteur précisait simplement qu’il entendait « questionner l’affirmation, largement partagée depuis les travaux de Solow dans les années 1950, que la croissance économique est un processus continu qui durera toujours ». Il récidivera en 2016 avec The Rise and Fall of American Growth . Pour lui, la forte croissance de l’économie américaine entre 1870 et 1970 n’était jamais qu’une parenthèse de l’histoire, et la productivité globale des facteurs est désormais sur la mauvaise pente : « L’âge d’or de la croissance est derrière nous. »

Cette thèse, que de nombreux économistes, notamment l’ancien secrétaire d’État américain au Trésor, Larry Summers, ont reprise à leur compte tout en la baptisant d’une formule évocatrice, la « stagnation séculaire » (secular stagnation), renvoie aux travaux menés par Alvin Hansen à la fin des années 1930. Ce professeur de Harvard estimait déjà à l’époque, avec certains de ses contemporains, que la Grande Dépression avait marqué le point de départ d’une baisse irrésistible du taux de croissance tendanciel de long terme. La thèse serait invalidée par la croissance des Trente Glorieuses, mais qui aurait pu imaginer, lorsque Hansen a conduit ses travaux, que les nécessités de la reconstruction post-1945 bouleverseraient toute prévision ? En tout cas, la parenthèse des Trente Glorieuses refermée, la question de la croissance n’a pas tardé à refaire surface.

Si la réflexion théorique de Hansen revisitée par Gordon suscite autant d’émoi dans les années 2010 qu’elle en avait provoqué après la crise de 1929, c’est que la capacité du capitalisme à fabriquer de la croissance s’est encore amoindrie après le choc des subprimes. Et pas seulement de l’autre côté de l’Atlantique. Toutes les économies des pays « riches » sont logées à la même enseigne. Partout, on constate un nouvel affaiblissement des gains de productivité et du pro[1]grès technique. Partout, la croissance potentielle fléchit.

Extrait du livre de Patrick Artus et Marie-Paule Virard, « La dernière chance du capitalisme », publié aux éditions Odile Jacob

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