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©CHARLY TRIBALLEAU / POOL / AFP

Le point de vue de Dov Zerah

La peur de l'Iran redistribue les cartes au Proche-Orient

Dov Zerah revient cette semaine sur la situation au Moyen-Orient et sur le rôle de l'Iran dans de nombreux dossiers comme la crise au Liban ou les tensions avec les Etats-Unis.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Le 14 mai 2018, les États-Unis inauguraient leur ambassade à Jérusalem. Nombreux étaient les commentateurs annonçant une nouvelle intifada et une recrudescence des actes terroristes en Israël et de par le monde. Il n’en fut rien ! Á ce jour, seul le Guatemala en a fait de même. Le Honduras vient d’annoncer le déplacement effectif de leur ambassade à Jérusalem. Une petite dizaine de pays ont annoncé une intention identique : Brésil, Hongrie, Kosovo, Serbie, Roumanie, Tchéquie…

Le 28 janvier 2020, Donald TRUMP a présenté son plan « Paix pour la prospérité », un document de 181 pages communément dénommé « deal du siècle » pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Nombreux étaient les commentateurs estimant qu’il était mort-né et prédisant qu’il serait très vite remisé au placard.

Mais, ne nous trompons pas, la réaction du monde arabe a été, à l’exception de quelques irréductibles, relativement modérée, voire positive. Depuis une dizaine d’années, le Proche Orient doit faire face :

  • Aux volontés expansionnistes de l’Iran au Yémen, en Irak, en Syrie, au Liban… Pour atteindre ses fins, Téhéran n’hésite pas à bombarder des tankers ou des installations pétrolières saoudiennes…
  • Á la volonté turque de reconstituer sa zone d’influence dans son Empire ottoman, en intervenant militairement en Syrie et en Libye, ou en prospectant en mer Égée dans les eaux territoriales grecques ou chypriotes…
  • Aux Djihadistes de Daech
  • Á l’islam radical, et plus particulièrement à l’entrisme des frères musulmans…

Ces menaces ont changé le contexte géopolitique du Proche Orient au point de voir des rapprochements étonnants entre Israël et pays sunnites.

Le 15 septembre 2020, à la Maison blanche, Israël a signé d’une part avec les Émirats arabes unis (EAU), et d’autre part avec le Koweït un traité de normalisation. Dans chacun des deux cas, les États-Unis, parrain, ont également signé une déclaration avec chacune des parties. Il s’agit d’un événement historique, exceptionnel. N’ayons pas peur d’utiliser des superlatifs lorsque des pays décident de vivre en paix.

Après l’Egypte en 1979, la Jordanie en 1994, deux nouveaux pays arabes reconnaissent l’État juif. Cela fait plus de cinq ans que des signes annonciateurs de l’événement venaient tant des EAU que de Bahreïn. D’autres candidats sont annoncés : Oman, Soudan, Maroc, Tchad…, et une normalisation implicite avec l’Arabie saoudite.

Á peine les déclarations signées, de nombreux projets se sont immédiatement concrétisés comme celui dans le domaine médical avec l’Institut Weizman. Alors que les sociétés civiles égyptienne et jordanienne ne semblent pas concernées par leurs voisins, nombreuses ont été, sur les réseaux sociaux, les manifestations d’amitié, notamment à l’occasion du nouvel an juif, d’habitants des EAU ou de Bahreïn. Les accords d’Abraham semblent bien porter leur nom. Juifs et Arabes se souviennent qu’ils descendent d’Ismaël et d’Isaac, les deux enfants préférés du patriarche.

Donald TRUMP fait bouger les lignes au Proche Orient. Le retrait militaire américain s’accompagne de la mise en place d’alliances pour éviter la mainmise iranienne ou/et turque.

Les deux signatures de la semaine dernière marquent une véritable rupture à trois niveaux :

  • Les EAU et Bahreïn ont reconnu Israël et noué des relations diplomatiques sur la base d’un principe simple, la paix contre la paix, le respect contre le respect, l’économie contre l’économie... Même si Jérusalem a renoncé ou différé son projet d’annexion de la vallée du Jourdain, il n’est pas fait référence au principe des Accords d’Oslo « la terre contre la paix ».
  • Pour la 1ère fois depuis 1948, la ligne arabe, convoquée à la demande des Palestiniens, n’a pas condamné les initiatives des EAU et de Bahreïn. Je me souviens d’une discussion, à bâtons rompus à Ramallah avec un Premier ministre palestinien me disant que la Ligue arabe fait ce que demandent les Palestiniens.

Il est loin le temps où un pays était exclu de la ligue arabe pour un traité de paix, comme les Égyptiens après les accords de Camp David de 1979… ou pour un discours comme la Tunisie avec l’allocution de Bourguiba à Jéricho en 1965. Le 12 février 1965, le combattant suprême avait osé déclarer : « …la politique du « tout ou rien » …nous a menés en Palestine à la défaite et nous a réduits à la triste situation où nous nous débattons aujourd’hui…Il faut que, de la nation arabe, montent des voix pour parler franchement aux peuples… » Deux ans après, la guerre des six jours a radicalement changé la situation sur le terrain. Si les Palestiniens avaient écouté ce conseil visionnaire, prémonitoire, ils auraient eu un État sur toute la Cisjordanie et une capitale sur toute la partie Est de Jérusalem, y compris tous les lieux saints.

  • Les EAU et Bahreïn n’ont pu signer sans l’accord implicite de l’Arabie saoudite qui a d’ailleurs accepté que les avions israéliens survolent son territoire pour assurer les liaisons aériennes entre les pays. Cela signifie de facto la fin du boycott arabe d’Israël et l’abandon du plan de paix saoudien et de la ligue arabe sur la base du retour aux frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem Est comme capitale du futur État palestinien. C’est une manifestation implicite de la volonté de plusieurs pays arabes de normaliser ses relations avec l’État hébreu.

Il est clair que ces accords comme ceux à venir se font au détriment de la cause palestinienne. Leur justification profonde est certes la peur de Téhéran. Mais, ils ont peut-être été rendus possible par une forme de lassitude à l’égard de l’irrédentisme, de l’immobilisme palestinien.

Depuis près d’un siècle, la liste des refus palestiniens est longue

  • Déjà en 1937, les Palestiniens avaient refusé le plan de partage proposé par la Commission présidée par Lord William PEEL, et prévoyant un juif sur 5 000 km² ! David Ben GOURION avait contre carré les oppositions des responsables juifs en soutenant qu’il valait mieux un petit État que pas d’État !
  • Le refus palestinien s’est manifesté une nouvelle fois en 1947 contre la résolution des Nations-Unies n° 181 préconisant la création de deux États et l’internationalisation de Jérusalem.
  • Dans le courant du second semestre 2000, Yasser ARAFAT refuse « les paramètres CLINTON ». Pour conforter son refus, il fait convoquer une réunion de la ligue arabe qui, à l’unanimité, lui donnera raison. Sur le chemin du Caire, il s’arrête à Paris qui lui « conseille » de refuser « pour obtenir plus » !
  • En 2008, Mahmoud ABBAS refuse les propositions du Premier ministre Ehud OLMERT, et notamment 93 % de la Cisjordanie.

Comme avait dit, en son temps, Abba EBAN, « les Palestiniens ne manquent jamais une occasion de manquer une occasion… ». Cela se vérifie depuis 80 ans ! Et pourtant, il faudra bien trouver une solution ! Il ne faut pas abandonner les palestiniens à leur actuelle solitude !

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