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L’Europe face au dilemme biélorusse
©000_1WB7VX / AFP

LIBAN ET BIÉLORUSSIE

L’Europe face au dilemme biélorusse

Emmanuel Macron s'est rendu au Liban dans le cadre d'une urgence absolue. Alexandre Del Valle revient sur cette intervention et sur le rôle de l'Union européenne en politique internationale.

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan) ou bien encore La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Emmanuel Razavi, Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, est paru en novembre 2019 aux éditions de L'Artilleur. 

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Atlantico.fr : Quel sens y a t’il pour l’Union Européenne à vouloir intervenir au Liban et non pas en Biélorussie ?

Alexandre del Valle : La France tente d’intervenir au Liban dans le cadre d’une urgence absolue afin de secourir un pays au bord de la famine. La question des réformes n’a été mise sur la table uniquement parce que le président français Emmanuel Macron sait qu’elles sont la condition sine qua non à ce que le FMI débloque les 9 milliards envisagés et pour que la communauté internationale débloque les 11 milliards d’euros négociés  lors de la Conférence du Cèdre.

La situation géopolitique de la Biélorussie est totalement différente. La Communauté Internationale a très peur d’y intervenir car elle se réjouit que le dictateur biélorusse en place continue de s’opposer aux projets de Vladimir Poutine de fusionner les deux pays, ce qui signifierait, malgré leur appartenance au même camp russo-slavo-orthodoxe post-soviétique anti occidental, la fin de Monsieur Loukachenko. L’Europe a compris de ses erreurs passées : son interventionnisme politico-financier et diplomatique en Ukraine afin d'y soutenir les plans  pro-occidentaux de l’OTAN, des Etats-Unis et de l’Union européenne entre 2004 et 2014 (révolutions Orange et Euromaidan) avait déclenché une réaction radicale des Russes qui s’est conclue par une annexion de la Crimée, une guerre civile terrible à l’Est et une dérive de l’Ukraine dans le chaos et la pauvreté extrême. Les dirigeants européens ne désespèrent pas que la Biélorussie se rapproche un jour de l’UE dans le but de contrer les tentatives d’annexion de la part de la Russie, et ils sont pour cela assez prudent et tolérants envers Loukachenko. La real politique - cynique - européenne consiste donc de tolérer en Biélorussie ce qui est combattu et dénoncé en Russie.

En quoi le cas de la Biélorussie est-il révélateur des contradictions européennes?

L’indignation des Occidentaux est à géométrie variable. L’UE diabolise ceux qui, parmi les « populistes » pourtant pacifiques et élus démocratiquement, dénoncent simplement l’immigration clandestine et l'européisme, mais ferme les yeux devant les dictatures arabes, la Turquie (longtemps en tout cas jusqu’à peu), la Chine n° des crimes d'Etat, Cuba, le Venezuela rouge responsable de famines et répressions sanglantes, le Hezbollah libanais, et même la Corée du Nord l’Arabie saoudite salutiste ou le Pakistan christianophobe et charismatique parrain des Talibans afghans et d’Al Qaïda… Les démocrates « respectables » européistes et leurs homologues américains du parti démocrate dénoncent et traitent de nazis fascistes racistes les « populistes » européens élus qui ne tuent et n’appellent à tuer ni agresser personne, mais défendent les révolutionnaires rouge-noirs verts antisémites et anti-Blancs violents du BLM (Black Live Matter) ou autres casseurs révolutionnaires gauchistes, animistes et antifas et ne dénoncent que très timidement le dictateur rouge- de Biélorusse qui a quant à lui, comme Erdogan, du sang sur les mains et est mille fois plus extrémiste que les dits populistes Orban, Salvini ou Trump. Deux poids deux mesures! C’est un peu comme l’ex-Premier ministre français Rafarin qui depuis des années est un véritable Torquemada anti-populistes européens et anti-LePen mais est un « ami » et grand défenseur de la première dictature communiste-nationaliste du monde; la République populaire de Chine. La première cause de cette hypocrisie géopolitique est l’OTAN. Depuis sa création, son ennemi désigné est clair : la Russie post-soviétique, vue comme la suite de l’URSS en pire. Et l’organisation est prête à s’allier avec le diable tant que cela ne profite pas aux Russes ou tant que l’on peut diviser ce Camp du Mal". Un peu comme sous la Guerre froide lorsque les Etats-Unis jouèrent la Chine contre l’URSS pour diviser le camp communiste. Dans cette même tentative de division de «  ‘empire russe » renaissant, on pardonne beaucoup plus aux Biélorusses - comme d’ailleurs aux groupes philo-nazis d’Ukraine et autres « combattants de la liberté » Croates fascistes et albanais terroristes (UCK) dans les années 1990 face à la Serbie pro-Russe - que l’on ne pardonnera jamais quoi que ce soit à Moscou.

La deuxième cause, sans lien bien que complémentaire est la Doxa néo-totalitaire soft du politiquement correct. Il s’agit d’une forme de pathologie collective au sein des sociétés occidentales européennes et américaine qui consiste à toujours voir chez les nationalismes ou identités des autres civilisations, surtout islamique, asiatiques et africaines, des formes de fierté identitaire plus respectables que les siennes propres, occidentales, forcément suspecte. Pour résumer, Black is Beautiful mais White is owfull. C’est le même manichéisme à double standart et d’essence auto-raciste, la même stupidité autoflagellatrice que l’on retrouve dans la politique française. Un policier tué en France par des voyous et bandes ethniques nécessairement « victimes » du Système, c’est banal, voire compréhensible, mais un voyou « racisé » non-occidental tué aux États-Unis ou en France par des forces de l’Ordre nécessairement « fascistes-racistes", (affaires Traoré/Floyd), c’est une abomination. Pour revenir à notre sujet, le postulat est le suivant: "si l’Occident doit être cosmopolite et anti-nationaliste, la Russie est le reproche vivant car seule nation « blanche » refusant la société multiculturelle complexe de McWorld, alors on critiquera toujours plus le nationalisme russe que n’importe quel autre nationalisme, même pire, dès lors qu’il sera opposé à la Russie ou contribuera à la contenir... 

Comment l’UE peut-elle sortir de cette impasse idéologique et politique ?

L’UE, d’un point de vue structurel, ne pourra jamais être un acteur crédible, souverain  global,  de la politique internationale tant qu’elle sera un satellite de l’OTAN. Je ne suis en rien hostile à l’OTAN. Cependant l’Europe ne peut se résumer à une terre de consommation américaine et de Droits de l’Homme, sans identité ni souveraineté, dépourvue de défense et stratégie autonome propres, de facto protectorat américain. La seule structure de défense crédible et officielle de l’Europe (mentionnée noir sur blanc dans les traités européens, dont celui de Lisbonne), l’alliance atlantique, demeure commandée par les Américains. Tant que ce seront les Etats-Unis et les dirigeants de l’OTAN qui définiront qui sont l’Ami ou l’Ennemi de l’Europe, l’UE ne pourra prendre ses décisions que selon le bon vouloir des Américains. Elle est la seule entité géopolitique au monde qui est un "destructeur de souveraineté » nationales, sans pour autant avoir jamais été en mesure d'en construire une nouvelle de type supranationale efficace et acceptée par ses membres... Nous sommes un continent « ventre mou », comme se plaisait à le réparer mon ami et maître, le général Pierre Marie Gallois, de surcroit en voie de tiersmondisation et de submersion démographique allogène à cause de son ouverture de principe à tous les vents, de ses complexes et de sa culture mortifère de la Dénatalité. Elle demeure le Continent de l'Impuissance, une « Impuissance volontaire », incapable d’affirmer son identité ou de la défendre et qui croit bon de devoir blâmer en permanence et détruire son Histoire pour ne pas froisser les « nouveaux venus » qui n’ont pourtant au départ rien demandé de tel!. Encore aujourd’hui, l’Europe demeure par conséquent, plus que jamais, en dépit même du Brexit, un no man’s land de souveraineté. 

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