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©DAMIEN MEYER / AFP

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Google, Tesla, Apple. Et si l’énorme puissance des grands de la Tech représentait plus une opportunité pour les libertés individuelles qu’une menace

Jamais dans l'histoire économique de la planète, des entreprises n’ont accumulé autant de richesses au point de représenter une menace pour les États et surtout pour les démocraties. Mais si c’était l’inverse ?

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La pandémie et les procédures de confinement qui ont mis l’économie mondiale à l‘arrêt et plongé la presque totalité de la planète dans un coma dont elle a beaucoup de mal à sortir, nont pas empêché des secteurs entiers de senrichir, de croitre et de prospérer.

Toutes les industries de la santé ont évidemment été boostées par les besoins en matériels, en médicaments, en moyens opératoires. Tous les maillons du secteur en ont profité ; entreprises publiques et privées. La nécessité urgente de découvrir des traitements et surtout des vaccins ont drainé des masses de capitaux pour financer la recherche et mettre en place des systèmes industriels  de production de masse. Dans le monde entier, tous les gouvernements se sont mobilisés. Tous les fonds dinvestissements se sont orientés vers cette course contre le Covid 19.

Parallèlement, tous les acteurs du digital ont de leur côté bénéficié dun coup de fouet extrêmement vigoureux. Toute la chaine, des chercheurs aux développeurs, en passant par les industriels et les distributeurs, ont profité de cette situation pour répondre à des besoins qui n’existaient pas encore, il y a moins de 5 ans. La pandémie a ouvert des opportunités de recherche, des nouvelles formes de télétravail ont multiplié les besoins en matériels informatiques et en réseaux. Sans parler des champs entiers ouverts à l’intelligence artificielle, à la connectique et à la gestion des « datas » qui vont représenter l‘énergie du futur.

Du coup, depuis moins dun an, les acteurs de ce secteur ont participé à lessentiel de la création de richesses dans le monde. Les acteurs ont bénéficié de lessentiel des moyens dinvestissements.

Le résultat de cette course au progrès a considérablement renchéri la valeur déjà considérable des entreprises de la Tech. Les grands du digital, les Gafam. La capitalisation de certaines de ces entreprises,  Apple en tête, touche désormais les 2000 milliards de dollars ce qui est historiquement considérable. Les titres ont augmenté en bourse de 30 à 85% depuis janvier.

Les cours de bourse d’Amazon, le numéro 1 du e-commerce ont progressé de 85 % depuis janvier 2020, à presque 1800 milliards de dollars.  Apple, le fabricant des IPhones, a progressé à 2000 milliards de dollars. La valeur de Facebook a gagné 40%, tout comme celle de Microsoft. Mais toutes les autres grandes valeurs de cette industrie ont progressé au même rythme.

Le premier résultat de ce fantastique phénomène est que les dirigeants fondateurs de ces entreprises ont acquis des fortunes personnelles qui les mettent en mesure dacheter pratiquement tout et nimporte quoi. Un Jeff Bezos par exemple, le patron d’Amazon, est à la tête de plus de 200 milliards de dollars, ce qui en fait l’homme le plus riche du monde.  Elon Musk le turbulent patron de Tesla doit, selon les jours, être assis sur un pactole qui oscille entre 100 et 150 milliards de dollars.  Bill Gates, le fondateur de Microsoft a vu sa fortune personnelle augmenter de 15% pour dépasser 105 milliards de dollars, celle de Mark Zuckerberg de Facebook a grossi de 40% à 120 milliards. Idem chez Apple, Google et même Uber.

Lagence Bloomberg a calculé que la fortune des 500 personnalités les plus riches du monde avait augmenté de 14% depuis le début de lannée soit 810 milliards de dollars. Merci le Covid-19 qui a permis de défricher de nouveaux marchés ; merci aux consommateurs qui ont compris que le digital représentait une chance inouïe de maitriser leur destin, merci aux banquiers centraux qui ont mis à la disposition du secteur des tonnes de liquidités pour que cette industrie puisse fonctionner et avancer.

Mais ce qu’il faut savoir, cest que la tech chinoise a bénéficié du même engouement à la fois en Chine sur son propre marché et sur l'ensemble du globe, en dépit de la guerre commerciale qui couve entre la Chine et les USA. Le directeur général de Tencent ou celui d’Alibaba sont devenus aussi riches et puissants que ceux de Google ou Amazon.

Cette valorisation exceptionnelle des entreprises digitales leur donne une puissance colossale, dautant que les produits et services digitaux sont plébiscités par les clients et consommateurs.

Pour beaucoup, cette surpuissance inquiète aussi dans la mesure où ces entreprises-là peuvent se retrouver avec un pouvoir qui leur permettrait d’échapper au contrôle politique. Du coup, ces grandes entreprises font périodiquement lobjet de procès en excès de puissance. En Amérique comme ailleurs dans le monde, ces Gafam sont accusés de ne pas payer les impôts quelle devrait payer pour contribuer au financement des dépenses publiques, mais plus grave, elles sont très souvent soupçonnées de pouvoir influencer les opinions. Influence à des fins commerciales et c’est vrai que ces Gafam captent plus de la moitié des investissements publicitaires des biens de consommation. Et si les annonceurs se prêtent au jeu, c’est bien parce qu’ils en profitent.

Mais aussi influence sociétale dans la mesure où la masse dinformations recueillies sur le consommateur leur donne les moyens de peser sur leurs choix.  

Influence enfin politique puisquon a déjà vu des réseaux sociaux manipuler les opinions et interférer dans le jeu démocratique.

Donc très logiquement, cette surpuissance appelle périodiquement des moyens de contrôle et de régulation que les États démocratiques ne sont pas en mesure d’initier car les Etats sont aussi garants des libertés individuelles et d’entreprendre.

Ce problème nexiste que dans les Etats qui défendent les valeurs démocratiques, principalement lAmérique du nord, et lEurope.  Parce que dans les États dont les régimes sont autoritaires et principalement la Chine, le parti unique, ladministration et le gouvernement ont les moyens de réguler les entreprises digitales, de censurer ou d’interdire les réseaux sociaux. Bref ces Etats autoritaires ont les moyens de mettre la puissance de leurs acteurs digitaux au service de leur idéologie. Cest dautant plus vrai que les entreprises chinoises ont toujours pu travailler dans les pays occidentaux très librement et que certains réseaux sociaux, comme Tiktok ou des applications de E-commerce comme Alibaba, se sont taillées des parts de marché importantes ... alors que leurs concurrents, comme Amazon, Facebook ou Google sont interdits de séjour en Chine. La concurrence n’existe que sur les marchés occidentaux. Cette situation prouve que les entreprises digitales chinoises, et leurs applications qui drainent un maximum dinformations sur le consommateur occidental, sont bien des instruments politiques pour servir les ambitions hégémoniques de Pékin sur le monde.

D’où la réaction des entreprises digitales américaines de protester contre ces inégalités de traitement et de considérer que les gouvernements occidentaux font preuve de beaucoup de faiblesse et de naïveté à vouloir leur couper les ailes. D’où la réaction de Donald Trump de paralyser la plupart des sites chinois quand ils travaillent sur le marché américain. L’Europe, pour sa part, limite ses critiques à l’aspect fiscal et proteste contre un détournement de richesses vers le digital étranger, c’est à dire principalement américain.

Les grands patrons de la Tech américaine ont donc entrepris une campagne de lobbying pour obtenir des gouvernants occidentaux, un soutien ou une protection contre les attaques incessantes de leur puissance. Aux USA, leur requête a été entendue semble-t-il par la Maison Blanche ... mais l'Union Européenne ne s’en préoccupe guère.

Lenjeu de cette bagarre larvée est pourtant simple : il en va des libertés sur lesquelles les sociétés occidentales ont été organisées.

Et le débat consiste à savoir si on considère que les grands du digital s’inscrivent dans une logique libérale de défense des libertés, moyennant quoi, ils auront besoin d'énormes moyens pour continuer à financer leur développement. Ou bien si on ne les protège pas d’une façon ou d'une autre, il faudra progressivement assumer les influences asiatiques et plus précisément chinoises quant à la l'organisation de notre vie socio-économique.

La question est de savoir si la collecte des datas et la gestion de ce capital de connaissances sur la population doivent être préservées et effectuées par des entreprises occidentales ou alors sil faut prendre le risque den laisser une partie à la discrétion des entreprises chinoises. C’est tout l’enjeu.

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