Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Crédits Photo: JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Elon Musk Tesla

Atlantico Business

Elon Musk, devenu l’homme le plus riche du monde, veut convertir le monde entier à la voiture électrique. C’est bien mais à quel prix

Elon Musk a réussi à devenir l’homme le plus riche du monde et à faire de Tesla le premier constructeur automobile en bourse. Avec l’arrivée de Joe Biden, qui a promis beaucoup au secteur pendant sa campagne, la fortune d’Elon Musk n’a pas fini de grossir.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

Voir la bio »Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Voir la bio »

L’année 2020 s’est terminée en bourse par le sacre de Tesla, premier constructeur automobile, avec une capitalisation boursière plus importante que General Motors, Ford et Fiat Chrysler réunis.

La part du marché de l’électrique avait déjà doublé en 2019, elle a encore été multipliée par 2 en 2020. Il faut dire que le marché partait de presque zéro et qu‘il se résume encore à un marché de niche. Au total, 3 millions de véhicules électriques ont été vendus pendant l’année, ce qui représente seulement 4% du marché mondial. Mais la niche ouvre sur un potentiel de croissance considérable puisque les acteurs espèrent convaincre 30% des automobilistes en 2025.

Tesla a produit 500 000 voitures cette année, c’était son objectif et il devrait encore grossir dans les années à venir. Pour faire face à la demande, Tesla ouvre de nouvelles usines et espère porter ses ventes à 20 millions de véhicules chaque année d’ici 2030.  Il devrait lancer, pour y arriver, une voiture électrique à moins de 25 000 dollars dans les toutes prochaines années… Après le haut de gamme des populations chic et chères, Tesla promet de séduire Monsieur tout le monde.

La voiture électrique a décollé en 2020 sur tous les marchés mondiaux. Tesla a été la marque qui en a le plus profité, notamment en bourse, ce qui a rendu Elon Musk très riche. Le plus riche du monde selon Bloomberg, devant Jeff Bezos ou Bill Gates, puisqu’il détient 20% des actions de la société qu’il a fondée en 2003. Alors bien sûr, la bourse salue le personnage Elon Musk, achète son audace un peu folle et sa communication sans faux-semblant. Son expérience aussi, lui qui a participé à la création de Paypal, qui se lance à la conquête de l’espace et de Mars avec SpaceX. Il est d’ailleurs l’un des principaux industriels à s’être entendu avec Donald Trump et il s’est encore plus attiré sa sympathie quand il a défié le coronavirus pour rouvrir son usine dès le mois de mai.

Mais tout cela suffit-il pour expliquer que le cours de Tesla ait été multiplié par 7 en 2020 ? L’avenir de la voiture électrique est-il aussi exponentiel que l’envolée en bourse du constructeur californien ?

Bien sûr que non. Ce marché ne se développe pas tout seul, les barrières à l’achat sont encore très fortes (questionnements autour de la capacité des batteries, de leur recyclage, des ressources en électricité et de la production de l’énergie qui repose sur le nucléaire).

Ce sont donc principalement les actions des différents gouvernements des pays développés qui ont aidé cet essor et qui le financent. Le génie de Elon Musk a été de combiner l’enthousiasme politique, la technologie et un marketing très sophistiqué. Cette équation-là a séduit les élites occidentales et asiatiques. Il y a plus de Tesla roulant dans les rues de Singapour, Hongkong, Shanghai et Seoul que dans l’Europe toute entière.

Ce succès répond au moins trois séries de facteurs.

D’abord, ayant pour objectif de démocratiser la voiture électrique, beaucoup d’Etats ont mis en place des subventions, des primes à l’achat pour véhicules dits propres. Les Etats-Unis en premier lieu, qui avaient créé, sous Obama un crédit d’impôt fédéral pour l’achat d’un véhicule électrique, mécanisme auquel Trump a finalement peu touché. Il ne l’a pas reconduit, mais il ne l’a pas arrêté prématurément, ce qui a profité à des constructeurs comme Tesla ou General Motors. Mais cette année a vu aussi le retour des primes à la conversion dans beaucoup de pays d’Europe : en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Italie etc… Il faut dire que cela permet, dans le même temps, de soutenir un secteur automobile dévasté par la crise. Soutien qui devient écolo-compatible quand il est assorti de conditions d’achat de voitures électriques.

La deuxième raison, c’est l’action des banques centrales et l’afflux de liquidités déversées dans l’économie et qui ne peut qu’alimenter des bulles spéculatives. Si le cours de Tesla est monté en 2020, c’est que l’entreprise a gagné en crédibilité. Certes, elle est devenue durablement rentable, elle atteint ses objectifs de croissance, mais une performance de +650% en un an est trop importante, trop détachée de la réalité économique pour ne pas être l’œuvre des spéculateurs.

 C’est parce que les investisseurs ont de l’argent à placer qu’ils se sont mis à spéculer sur une valeur comme Tesla, prenant comme prétexte le potentiel de croissance.

Spéculer sur l’entreprise, spéculer sur la voiture électrique, ça enrichit Elon Musk mais ça ne permet pas aux véhicules électriques d’être plus faciles d’accès et d’utilisation. Surtout, ces programmes d’injection monétaire ne sont pas près de s’arrêter et certains analystes voient le titre de Tesla monter jusqu’à 2000 dollars (il cote à 880 dollars actuellement). Une bulle Tesla, comme il en existe une sur le bitcoin qui s’affole ces dernières semaines.

La troisième raison, c’est le développement de l’offre et de la concurrence dans l’automobile électrique. Ça ne va pas s’arrêter parce que la tendance bien-disante va aller vers encore plus de modèles de véhicules électriques ou hybrides, pour tous les segments de gamme. Les entreprises technologiques sont sur le pont pour proposer, elles aussi, un véhicule électrique et autonome. Google, Amazon, Apple… Toutes travaillent sur le développement d’une gamme, seules ou en partenariat avec un constructeur traditionnel, comme Apple qui chercherait à se rapprocher de Hyundai. On devrait voir d’ici deux ou trois ans les premières Google ou Apple Car. En Chine, c’est Baidu qui vient d’annoncer une union avec Geely, le constructeur de voitures chinoises. L’engouement des industriels pour l’électrique ne fait que commencer et il profitera à tout le secteur.

Enfin, si les constructeurs automobiles avaient bien aimé Donald Trump qui ne les avaient pas trop embêtés, ils attendent surtout avec impatience l’entrée en fonction de Joe Biden. Le démocrate a, pendant sa campagne, promis de favoriser l’avènement du véhicule électrique avec un « Green New Deal ». Et vu que le nouveau président ne devrait pas lésiner sur les déficits, il devrait y avoir des investissements et des programmes de subventions en cascade. Il a déjà promis le renouvellement du crédit d’impôt de 7500 dollars, qui était arrivé à expiration pour certains constructeurs après un quota de voitures vendues. Un crédit d’impôt qui va booster la consommation des Américains, surtout si, dans le même temps, les chèques, dans le cadre du plan de soutien, continuent d’être distribués. Se rajoutent à ça le projet d’installer 500 000 bornes de recharge à travers le pays, celui d’équiper les infrastructures et les villes américaines d’engins électriques, notamment pour les livraisons, ou enfin celui de mettre en place des normes anti-pollution très contraignantes pour les véhicules thermiques.

L’automobile électrique ne règle pas la crise climatique mais y contribuera si les industriels savent répondre à la question de l’approvisionnement énergétique. Parce que le monde entier risque de manquer d’énergie propre.

On peut toujours, comme aux États-Unis, faire tourner les centrales au gaz de schiste ou comme en Allemagne de rouvrir les centrales au charbon, mais il faudra bien un jour changer le mix énergétique, comme disent les experts et trouver des sources d’énergie propre. Parce que même les écolos les plus radicaux vont s’apercevoir que ça n’est pas avec ce type de compromis qu’ils freineront le réchauffement climatique.  

Quoiqu‘il en soit, les gouvernements ont choisi de booster la voiture électrique pour répondre aux pressions des écologistes. Elon Musk est déjà riche aujourd’hui, il le sera encore plus demain.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !