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Les mesures de soutien à l’économie dans les 16 départements concernés par le confinement partiel coûteront 1,2 milliard d'euros en plus par mois, selon Bercy.
Les mesures de soutien à l’économie dans les 16 départements concernés par le confinement partiel coûteront 1,2 milliard d'euros en plus par mois, selon Bercy.
©Ludovic MARIN / POOL / AFP

Grand gâchis

Confinement 3 : ce que nous aurions utilement pu faire contre le virus avec l’argent de l’indemnisation des commerces (inutilement) fermés

Les mesures de soutien à l’économie dans les 16 départements concernés par le confinement partiel coûteront 1,2 milliard d'euros en plus par mois, selon Bercy. Ces 1,2 milliards auraient pu être utilisés pour financer des outils innovants de lutte contre le Covid-19.

François Asselin

François Asselin

François Asselin est chef d'entreprise et président de la CGPME, la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprise.

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Les mesures de soutien à l’économie dans les 16 départements concernés par le confinement partiel coûteront 1,2 milliard d'euros en plus par mois, a annoncé Bercy, soit 7,2 milliards d'euros en tout par mois. Des chiffres confirmés par François Asselin, président de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises). « Avec ces milliards, on pourrait largement remettre nos hôpitaux à niveau. On comprend bien que pour enrayer la pandémie il faille prendre des mesures sanitaires, mais la politique du gouvernement n'a fait qu'empirer les choses. »  Ces 1,2 milliards auraient pu être utilisés pour financer des outils innovants de lutte contre le Covid-19.

Atlantico : Le gouvernement n’a-t-il pas suffisamment fait confiance à la recherche et aux entrepreneurs pour trouver des solutions ?

Loïk Le Floch-Prigent : Se retrouver un an après le premier confinement avec comme seule mesure une politique de communication nous ramenant au Moyen-Age a quelque chose de consternant et la fuite désespérée d’un grand nombre d’habitants Parisiens vers des départements épargnés est pathétique : et pourtant les travaux des uns et des autres à travers le pays auraient mérité un meilleur sort, ce qui aurait permis de laisser les commerces ouverts et ne pas devoir les indemniser. Se fermer les yeux et les oreilles sur les avancées effectuées depuis des mois est inqualifiable, et il faudrait si peu de choses pour se fixer des objectifs et donner les moyens de les atteindre. Nous n’avons pas voulu adopter la stratégie Zéro Covid, il est trop tard désormais, ceci ne doit pas nous empêcher de prendre des dispositions efficaces pour se donner une chance, les demi-mesures annoncées sur un tiers de la population française sont inutiles et inefficaces. Elles ne sont annoncées que pour donner le change, la montée de la pression dans les hôpitaux oblige à dire quelque chose, c’est fait. Maintenant il faut passer aux choses sérieuses, ce que l’on peut faire à partir des initiatives des Français qui veulent sauver leur pays.

Un traitement développé à Marseille permet d'imprégner les masques et tissus de produit virucide. Aurait-on dû investir dessus ?

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Une entreprise de Marseille, Proneem, est depuis une quinzaine d’années la spécialiste de l’imprégnation des tissus pour éviter les allergies, les acariens, les punaises de lit, les moustiques… Elle est connue dans le monde entier et tous les magasins proposent ses solutions. Dès l’arrivée de la Covid, elle a travaillé sur une chimie susceptible de tuer le virus surfacique tissu. Elle propose désormais un produit dont l’efficacité a été abondamment testée «Viral-Stop » qui a  une action à moyen terme, c’est-à-dire qui arrête le virus sur une longue période de temps. Elle le propose en deux versions, des masques imprégnés 100% français disponibles dans les tabacs et pharmacies et des sprays en bouteilles. L’intérêt est un prix très bas et une longévité importante, et, en ce qui concerne le masque, un confort qui permet d’éviter la gêne respiratoire du personnel devant le conserver toute la journée, hôpitaux, personnel médical, boutiques…. On peut imaginer aussi faire un traitement des sièges par semaine en avion, train …C’est un produit connu qui, désormais, connait un franc succès en Asie mais que le secteur de la santé et du transport national ignore superbement. Lorsque l’on voit le Président de la République rentrer dans un hôpital, parlant devant le personnel infirmier et que ce personnel hospitalier a des petits masques chinois jetables et même pas des FFP2, que l’on rentre dans les trains avec un vague nettoyage des places, on se dit que l’on pourrait sans doute faire mieux ! Les hôpitaux sont des grands pourvoyeurs de virus à travers le pays, consultez Proneem www.viral-stop.fr.

Alors que les autotests commencent tout juste à être commercialisés, a-t-on vraiment tout déployer pour maximiser nos chances de trouver les cas positifs ? L'entreprise française Biomérieux et ses tests Biofire pourrait-elle nous y aider ?

Sur les tests, la biologie moléculaire diagnostics, nous avons une entreprise phare en France, issue d’une grande tradition, l’institut Mérieux de Lyon et sa filiale prestigieuse Bio-Mérieux , 3 milliards de chiffre d’affaires, Plus de 10 000 personnes dans 160 pays, elle vient d’obtenir l’homologation aux USA de son produit BIOFIRE pour réaliser des diagnostics de toutes les infections respiratoires. La famille Mérieux a développé un secteur vaccins renommé puis s’est retirée au profit de Sanofi en 1994 mais a heureusement poursuivi sa route dans la biologie. Dans le cycle vertueux test/traçage/isolement, l’entreprise aurait pu avantageusement être sollicitée, comme d’ailleurs sur les vaccins où elle garde une aura mondiale, avec sa logistique vaccinale en Amérique du Sud, mais elle n’a pas été au centre de la politique depuis un an. A-t-elle été sollicitée, lui a-t-on confié un rôle, lui a-t-on demandé de mettre en place une politique nationale de tests ? Je ne le pense pas. Peut-être d’autres pays mais pas le nôtre ! On la retrouve, par contre, à l’origine du programme Comete d’analyse des eaux usées (sa filiale Argène de Verniolle) avec les Marins Pompiers de Marseille dont nous reparlerons plus loin.

Une analyse en profondeur du secteur des tests aurait pu lui être demandée et son avis sur les autotests également. Disposer en France d’une des meilleures sociétés mondiales et ne pas s’en servir semble inimaginable alors que l’on se précipite sur Mac Kinsey pour la logistique vaccinale, on marche sur la tête. Il paraitrait que plusieurs mois après les autres on va avoir le droit de vendre des autotests en pharmacie alors que les frontaliers avec l’Allemagne en disposent depuis longtemps, l’institut Mérieux existe et a montré depuis 1897 son patriotisme et son désintéressement. Ces autotests ont une fiabilité moindre que les tests PCR il faut donc avoir une politique à leur égard, poser la question à l’Institut Mérieux ne serait pas très cher et nous protègerait de biens des désagréments.

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Les marins-pompiers de Marseille se sont démarqués par leur travail de relevé des eaux usées. Fait-on suffisamment appel à cette technique ?

Les marins-pompiers de Marseille, heureusement militaires non rattachés au Département de la Santé ont comme mission de prévenir les pandémies de toutes sortes à partir des eaux usées. Dès l’apparition de la Covid ils ont essayé de trouver les réactifs et les matériels bon marché susceptibles de les aider à détecter les concentrations virales. Ils ont sollicité les meilleurs, Bio-Mérieux, et réussi dans 80 Ehpad à Marseille, puis dans Marseille en 37 ilotages et enfin la Moselle où ils ont détecté et arrêté la propagation du virus. Ils sont une quarantaine, ont une dizaine de véhicules, quelques dizaines d’appareils, et ils travaillent 24/24 comme tous les pompiers. Ils sont disponibles et ont montré leur efficacité et ne coutent pas cher ! Ils peuvent traverser le pays en 12 heures, leur intervention a des résultats en quatre jours, ils prélèvent de millilitres et les données arrivent au bout de quatre heures. Ils sont prêts aussi à devenir des professeurs, à aller dans d’autres villes ou départements, ils ont des émules en Dordogne et au Morbihan. Ils sont même sollicités en dehors du pays Ils sont associés à une société bretonne spécialiste de la santé OpenHealth.  Pour généraliser leurs analyses qui auraient pu découvrir dans les hauts lieux de contamination les isolements à effectuer, en Seine Saint-Denis, en Val de Marne, par exemple, il suffisait de leur demander et peut-être de leur associer des pompiers d’ile de France avec l’achat de quelques appareils…on a préféré fermer les commerces « non essentiels « de la conurbation et indemniser ! La non mobilisation de ces équipes capables d’aller dans le détail des lieux de contamination accélérée à très grande vitesse et fiabilité est proprement incompréhensible. Ils sont en train de voir comment la ville de Cannes peut redevenir la plaque tournante des grands festivals ! Quand on imagine les couts des mesurettes inefficaces et qu’on les met en regard de ceux des actionsqui permettraient de remettre en selle les ilots en grand danger, on ne peut être qu’indignés. On peut rappeler que Marseille est en France, bien sûr c’est la province, ce n’est pas Paris, mais à Lyon, comme à Marseille ou dans l’ouest il y a des gens compétents, dévoués et efficaces.

Sur la question de l'aération et de la purification de l'air dans les lieux à risques, notamment dans les hôpitaux, a-t-on vraiment essayer toutes les solutions ?

Enfin ce virus contamine dans les milieux confinés sans aération : au bout d’un an le Gouvernement a fini par entendre qu’aller dehors était moins dangereux que s’agglutiner dans un petit espace fermé ! Il était temps, mais maintenant il faut mettre le turbo, et ce n’est pas une affaire de bureaucrates mais de logisticiens et d’industriels. Surtout il ne suffit pas de donner des jauges aux salles, il faut savoir avant tout comment et quand elles sont aérées. Il se trouve que les capteurs de CO2, le gaz carbonique émis par les humains, est un bon lanceur d’alerte. Dehors on est à 350/ 400 ppm (parties par million) , le danger en atmosphère confinée est autour de 800/ 1000 ppm. Dans les classes, les salles de cours, les cantines, les restaurants, les théâtres, les cinémas, les magasins, les salles à manger familiales, les salles de réunion, les bureaux paysagers, les usines, les ateliers, les laboratoires, tous les endroits où il est indispensable de faire du « présentiel » comme on dit maintenant, on sait que les aérosols vont communiquer le virus en plus des postillons rapprochés et des contacts physiques. Les pratiques les plus critiques sont lors de la restauration puisque les masques sont enlevés et les discussions détendues et potentiellement contaminantes. Il va donc falloir inventer des capteurs, des alertes, des barrières, et des dispositifs d’aération, de filtration, de purification. 

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Contrairement à ce que pense le corps médical Parisien conformiste un grand nombre d’industriels grands, petits et moyens sont sur le pont : Dassault Systèmes avec des simulations des grandes salles et de certains hôpitaux, permettant avec un jumeau numérique d’apercevoir que la ventilation avec l’air extérieur doit avoir un débit précis pour ne pas propager très loin un virus éventuel . Legrand, le fournisseur électrique, spécialiste de la domotique qui propose un capteur de CO2 wifi adapté au privé, mais pas dans le secteur public scolaire qui est allergique au wifi. De multiples sociétés locales qui proposent des capteurs à des prix variés parmi lesquels il va falloir choisir celui qui pourra tenir la cadence si l’on universalise leur utilisation. Des séparateurs transparents sont également proposés pour les tables. Enfin, il y a les purificateurs d’air qui sont installés depuis des lustres dans les usines et à qui il va falloir demander une version anti-covid. Plutôt que de fixer comme priorité le climat dans le plan de relance, l’Etat aurait dû parler du matériel anti-Covid et les industriels comme les installateurs, auraient pu se sentir épaulés dans leurs travaux contre la contamination. Mais l’Etat a désormais tellement l’habitude d’aller se servir en Chine qu’il n’y a même pas pensé. Au moins si les initiatives n’ont pas été favorisées, on n’a pas cherché à les éteindre puisque l’on n’a rien regardé, et lorsque les uns ou les autres vont se mettre à installer, il suffira de prendre des mesures incitatives, un crédit impôt anti-covid pour favoriser les initiatives prometteuses, faisant échapper ce secteur à la bureaucratie soupçonneuse.  

Ces dispositifs auraient-ils pu être financés par les milliards que nous réserverons à l’indemnisation des commerces ?

On parle d’un côté de milliards, les solutions que j’ai exposées ici se chiffrent en millions ! Un masque Proneem coûte 9,90€, un litre de spray Proneem 12,50€, un test 100€, un appareil à test 15 000€, un capteur de CO2 de 100 à 200€… On voit donc que même en généralisant ces dispositifs dans toutes les salles de classes, tous les hôpitaux, etc., on parle de millions d’euros au maximum et pas de milliards.

Pendant qu’un programme sans efficacité démontrée va couter de l’ordre de 7 milliards à la collectivité, un soutien aux industriels français et aux laboratoires de tests et d’analyses coûterait seulement quelques millions en le généralisant sur l’ensemble du territoire national. Il permettrait de laisser ouverts la majorité des commerces, de laisser vivre la population, et de limiter la propagation du virus.

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