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Bonnes feuilles

Agriculture : l’élevage, l’allié de la planète

Sylvie Brunel publie "Pourquoi les paysans vont sauver le monde" chez Buchet Chastel. Ils nous nourrissent, et pourtant nous les maltraitons. Ils ont toutes les solutions pour répondre aux défis de demain. La troisième révolution agricole a commencé dans les campagnes. Partout naît une agriculture de précision, de plus en plus propre, de plus en plus écologique. Extrait 2/2.

Sylvie Brunel

Sylvie Brunel

Sylvie Brunel est géographe, économiste et écrivain.

Elle a travaillé pour Médecins sans Frontières (MSF) et présidé Action Contre la Faim (ACF).

Elle est actuellement professeur de géographie à Sorbonne-Université

Elle est notamment l'auteur de Géographie amoureuse du Monde (Lattès, 2013),  Plaidoyer pour nos agriculteurs (Buchet-Castel, 2017). Dernier livre publié "Toutes ces idées qui nous gâchent la vie" (Lattès, 2019).

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Faut-il cesser de manger de la viande pour sauver la planète ? Bannir sa consommation n’accroîtra ni les terres cultivables, ni les disponibilités alimentaires mondiales : les systèmes agropastoraux, l’élevage, les prairies occupent 3,4 milliards d’hectares, généralement dans des lieux que l’on ne peut pas convertir aisément en champs cultivés. Steppes, marais, savanes, pentes, hauts plateaux, moyenne montagne, toujours aux sols médiocres, voire franchement mauvais. L’élevage fait vivre directement ou indirectement 2 milliards de personnes dans le monde, dans des régions souvent marquées par l’aridité que seuls peuvent valoriser les animaux. Leurs troupeaux (vaches, zébus, buffles, yacks, rennes, dromadaires, petits ruminants, chevaux…) les nourrissent de précieuses protéines animales, les transportent, leur fournissent habits, outils, logements, graisses pour s’éclairer… Une véritable banque naturelle, dont la valeur est aussi économique que symbolique, ces éleveurs entretenant avec leurs animaux des liens très forts, affectifs, spirituels, religieux. S’ils se retrouvaient privés de leurs bêtes, que deviendraient-ils ? C’est l’animal qui réussit le prodige de convertir des territoires pauvres en des protéines animales de premier choix, et il y est respecté, voire sacré. Comment penser que l’on pourrait se passer d’élevage ? Non seulement les terres ainsi « libérées » ne deviendraient pas des terres à céréales, mais les éleveurs dépossédés de leurs revenus convergeraient vers des villes refuges. Qui les nourrirait alors, surtout s’ils n’ont plus de pouvoir d’achat ?

Certes les animaux consomment près de la moitié des céréales produites sur la terre, mais sans ces animaux pour les valoriser, ces céréales cesseraient d’être cultivées, car la production de nourriture s’adapte à la demande solvable. L’extension de la peste porcine africaine en Europe de l’Est comme en Asie orientale (Chine, Vietnam, Corée du Nord…), très gros importateurs de maïs, met certes temporairement plus de maïs sur le marché, mais comme les cours s’effondrent, la production mondiale va se réajuster. Les malnutris sont des non-consommateurs, trop pauvres pour acheter de la nourriture qui existe déjà pourtant en quantité suffisante sur la terre. Priver les éleveurs de leurs troupeaux, c’est les faire basculer dans le camp des malnutris, pas augmenter la quantité de céréales disponibles sur la terre ! Ce qui veut dire que les élevages en plein air, les vastes prairies, les prés soigneusement entretenus sont indispensables, non seulement pour notre santé, mais aussi pour celle de la planète.

Et puis comment espérer passer à l’agriculture biologique, qui refuse l’utilisation d’intrants chimiques, si l’on se prive en plus d’engrais organiques ? Bio et véganisme ne font pas bon ménage, il faut choisir. Produire de la viande de synthèse en laboratoire, pourquoi pas, mais avec quel bilan carbone pour ces produits ultra-transformés, qui supposent un recours intensif à la chimie ? À quel coût ? Et que deviennent les steppes, les prairies, la moyenne montagne ? Quels avantages pour la gastronomie et ces paysages qui attirent les touristes, émerveillés par la beauté de prairies fleuries et accessibles (les animaux maintiennent ouverts les paysages), apportant des revenus et des emplois à des territoires souvent difficiles ou enclavés ? Que deviendraient les éleveurs du Jura, leurs fruitières, les affineurs ? Toute une filière qui valorise des milieux difficiles en enchantant les touristes… Cesser de manger des produits d’origine animale dans l’état actuel des choses, ce serait donc au contraire aggraver la faim !

Extrait du livre de Sylvie Brunel, "Pourquoi les paysans vont sauver le monde : La troisième révolution agricole", publié chez Buchet Chastel 

Lien vers la boutique : ICI

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