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Cadeaux : entre le smartphone
et la tablette, la liseuse

Dix ans après l’échec de Cytale, pionnier français des terminaux mobiles dédiés aux livres électroniques, les liseuses commencent à se répandre dans les rayons. Une idée de cadeau intelligent et pas trop cher pour les fêtes de fin d’année.

La minute "Tech"

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Cadeaux : entre le smartphone 
et la tablette, la liseuse

Le Kindle (pas Fire) d’Amazon vaut 99 euros. Il n’a pas d’écran tactile mais ne pèse que 170 grammes. Crédit Reuters

Les tablettes, c’est bien – je vous en ai parlé en septembre – mais elles sont encore assez chères. Elles ne sont guère propices à la lecture, à cause du balayage qui rafraîchit les images plusieurs fois par seconde et parce que leurs écrans sont rétro-éclairés. Tout cela fatiguerait des yeux qui se fixeraient durablement sur « La légende des siècles ».  Essayer de s’imprégner du « Tractatus logico-philosophicus » de Ludwig Wittgenstein, même traduit en français, sur un téléphone « intelligent»,  relèverait du masochisme. Heureusement, il y a les liseuses et elles coûtent entre 99 et 149 euros.

En voici les attraits ainsi que les limites.

 

Elles essaient de mimer le livre

D’abord, leur taille. C’est celle d’un livre de poche; ce qui en fait les objets de compagnie les plus discrets et les plus fidèles. D’autant que leur poids tourne autour de 200 grammes. On les emporte dans les transports en commun, dans les salles d’attente et on les consulte sans problème le soir au lit.

Ensuite, leurs fonctionnalités. Les liseuses essaient de mimer les livres imprimés sur papier. Elles n’y parviennent pas totalement mais elles réussissent quand même à proposer sur leurs écrans des blocs de texte comparables en surface à celles des pages familièrement feuilletées. Leurs écrans ont une luminosité stable, un contraste reposant qui est d’ailleurs réglable, tout comme la taille des caractères. Grâce soit rendue à l'affichage miraculeux de l’encre électronique (dont la prononciation anglaise peut faire pouffer : E-ink.) Même à midi sous l’Equateur, et sous le soleil exactement, l’e-ink ne pâtit point de l’excès de lumière. L’ergonomie est simplissime. Petites pressions sur des touches latérales pour aller et revenir de page en page et un embryon de joystick pour naviguer dans le menu principal. Ou, pour certaines, pressions tactiles sur l’écran.

 

Elles contiennent beaucoup et ne consomment rien

Enfin, leurs spécificités. Elles sont nombreuses et enthousiasmantes. A l’ère du « Je veux tout, tout de suite », c’est un vrai bonheur – que dis-je ? Un privilège d’Occidentale gâtée par la technologie - que de pouvoir obtenir, pour quelques euros et en une minute et vingt-sept secondes exactement, un ouvrage technique qui vient de paraître aux Etats-Unis et qui ne sera jamais publié en France. Et il est par ailleurs réconfortant, en ces temps délétères de paupérisation et de régression culturelle, de savoir que des milliers d’œuvres littéraires sont disponibles gratuitement en téléchargement.

Grâce soit rendue à la fée Wi-Fi qui permet, vautrée à la terrasse d’un Starbuck,  d’accéder à d’immenses bibliothèques virtuelles, puis dans le métro, de toiser les décérébrés qui jouent à des jeux débiles sur leurs iPhones parce que vous avez dans votre poche 1400 titres de grande littérature. Les liseuses sont en effet des espèces de disques durs pouvant transporter partout avec vous des milliards de caractères choisis par Tacite, Shakespeare ou Montaigne pour vous communiquer leurs récits et leurs idées. D’ailleurs si vous connectez une liseuse à votre ordinateur via une prise USB, il la traite comme une unité de stockage externe.

En outre, ces délicieuses compagnes culturelles ne consomment presque rien : leurs accumulateurs fournissent de l’énergie pendant des dizaines d’heures sans demander à être rechargés. Si vous coupez la W-Fi, la liseuse est autonome pendant un mois, ce qui correspond à une heure de lecture quotidienne.

 

Envoyez les couleurs, s’il vous plaît

Venons-en aux limites. On ne peut pas lire dans le noir, puisque l’écran n’est pas rétro-éclairé. Donc, il faut dépenser une vingtaine d’euros pour acheter une petite loupiotte qui se fixe par une pince au sommet de l’écran.

Le gros souci, c’est l’absence de couleurs sur la plupart des écrans. Pour lire « Le Monde », qui est tout gris, ce n’est pas grave; mais pour certains magazines qui soignent leur photojournalisme ou leurs infographies, c’est quand même embêtant. Aux dernières nouvelles, trois modèles – Kindle Fire, Archos 70b et certains modèles Sony -  proposent des écrans moins austères que le noir et blanc de la télévision des années soixante. C’est tout pour les limites. Du moins si l’on veut bien s’en tenir au rapport qualité/prix et ne surtout pas comparer les modestes liseuses aux tablettes aristocrates et aux gros bourrins d’ordinateurs.

 

Accès à la connaissance, partage avec les connaissances

Un petit comparatif ? D’accord. Le Kindle (pas Fire) d’Amazon vaut 99 euros. Il n’a pas d’écran tactile mais ne pèse que 170 grammes. Le Kobo de la FNAC vaut également 99 euros mais son écran est tactile et, comme le modèle Sony à 149 euros, sa mémoire peut être étendue à 32 gigas. Ce qui est prometteur pour les boulimiques de littérature: 2 millions de titres en stock, dont 200 000 en français pour Kobo, 150 000 titres chez Virgin. 955 000 dont 44 000 en français pour Kindle ; 30 000 en français avec Reader de Sony.  A titre indicatif, 2 gigas engrangent 200 ouvrages.

Certaines liseuses, comme la 70b d’Archos, la Cybook Odyssey de Virgin et le Reader de Sony peuvent lire de la musique au format MP3.

Les terminaux électroniques de lecture mobile se disputent les dictionnaires installés d’office, donc gratuits: le Robert dans Kobo de la Fnac, le nouveau Littré dans Cybook Odyssey. Kindle, Kobo et Cybook autorisent le surlignage de certains passages: excellent pour les étudiants qui peuvent aussi, avec Kobo, échanger des extraits d’ouvrage sur leurs pages Facebook. C’est alors que la liseuse rejoint ses aînés – ordinateurs, smartphones et tablettes – dans la panoplie actuelle des outils d’accès à la connaissance et de partage des contenus.

 

Les leçons de Cytale

En fait, petit rectificatif, elle avait précédé les tablettes. Créée en 1998, une entreprise française, Cytale, a été pionnière sur ce terrain d’innovation, avec deux ou trois entreprises anglo-saxonnes. Elle a proposé en 1999 un Cybook très prémonitoire. D’ailleurs, les modèles de la marque Booken prolongent la recherche et le développement de cette époque puisqu’elle a été créée en 2003 par deux anciens salariés de Cytale. Cette entreprise a fait faillite il y a dix ans, en juillet 2001.

De pénétrantes études ont été menées pour comprendre les raisons de cet échec, qui n’est pas technologique. Comme souvent en France (photographie, cinéma, aviation, vidéo informatique), la technologie était en avance mais elle n’a pas été portée par une stratégie commerciale adaptée. Cytale  a eu l’immense mérite de tirer les enseignements concrets de l’incurie qui allait mener l’industrie musicale au naufrage. Mais elle n’a pas réussi à concilier les intérêts et les attentes des éditeurs, des auteurs, des bibliothécaires, des libraires et des lecteurs. Pas facile, à l’époque. Beaucoup plus facile aujourd’hui dans la mesure où, grâce à Steve Jobs, ce genre de terminal est beaucoup mieux accepté qu’à la fin du siècle dernier.

 

Un peu de patriotisme technologique

En réalité, la renaissance des liseuses est venue il y a six ans d’Asie et plus précisément des mangas. Il semblerait que ces images aient spontanément adopté ce support électronique. Images regardées plutôt par des jeunes. Précisément, les jeunes lecteurs constituent l’enjeu d’une véritable ruée des éditeurs de livres pour enfants, très intéressés aux Etats-Unis, par l’arrivée en 2012 de nombreuses liseuses à écrans colorés.

Voilà une bonne raison de faire vibrer la corde du patriotisme économique sur la caisse de résonnance de la culture pour tous. Booken et Archos sont des concepteurs français de liseuses. Archos fait fabriquer ses produits en Chine mais ses ingénieurs en recherche et développement travaillent à Igny, dans la région parisienne et ils représentent la moitié des effectifs totaux de l’entreprise. Dans les deux cas – Booken et Archos – la matière grise est française. Le moindre des réflexes patriotiques serait de leur commander des centaines de milliers de liseuses à l’intention des élèves à partir de la 6ème. (C’est ce que fait l’Inde avec des millions de tablettes à très bas prix pour ses étudiants). Les deux firmes françaises auraient alors plus de moyens pour innover davantage. Peut-être pourraient-elles re-localiser une partie de leur production.

Bien sûr, les éditeurs scolaires n’aimeraient pas du tout çà. Mais que pèse un lobby par rapport au prodigieux allègement des cartables…

 
Commentaires

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  • Par sheldon - 12/12/2011 - 15:43 - Signaler un abus Vous amenez votre bibliothèque dans le métro !

    Possédant une "liseuse" (pour être intellectuel en France il faut un nom ridicule) depuis plus d'un an j'ai redécouvert le plaisir de lire que j'avais perdu depuis longtemps (livre lourd et encombrant, on perd la page, etc). Souvent on me demande si c'est bien, mais pour s'excuser de vouloir tomber dans la modernité quand il s'agit d'un livre, c'est souvent suivi de "moi, j'aime le livre papier"!

  • Par DEL - 13/12/2011 - 01:55 - Signaler un abus Surtout que ...

    100 euros c'est à la portée du chômeur moyen qui veut se cultiver, n'est-ce pas?

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Nathalie Joannes

Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ;  élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.

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