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Vu de l’étranger, la “droitisation” de l’UMP ne saute pas aux yeux

La droite française a perdu gros lors des dernières élections législatives. Pour certains, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, l'UMP aurait payé cher sa politique de "droitisation". Pourtant, lorsque l'on interroge nos voisins européens, le paysage politique français ne ferait que suivre une logique en corrélation avec la crise économique actuelle.

Un peu plus à droite ?

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Atlantico : En France, Nathalie Kosciusko-Morizet a comparé la campagne de Nicolas Sarkozy et la ligne Buisson à un retour à l’Action française de Charles Maurras. Avez-vous eu le même sentiment dans vos pays respectifs ?

Stefan Seidendorf (Allemagne) : En observant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, c’était moins Charles Maurras (auteur peu connu en Allemagne) qui venait à l’esprit des Allemands, qu'une proximité avec les mouvements populistes d’extrême droite.

Ce phénomène qu’on peut observer un peu partout en Europe - de l’Autriche en Flandres, du Danemark en Hongrie, et bien sûr en France (Marine Le Pen) -, se caractérise par sa façon de mobiliser les électeurs via des oppositions entre le "nous" et les "autres".

Les exclusions interviennent aussi bien au niveau identitaire (l’identité "menacée"), économique (le patrimoine "menacé"), et politique ("contre" les élites politiques, il faut représenter le "vrai peuple"). La campagne de Nicolas Sarkozy a mobilisé ces trois éléments - identitaire, économique et politique - sans toutefois pouvoir en tirer une crédibilité suffisante pour recueillir les votes nécessaires.

Juan Pedro Quiñonero (Espagne) : Le président Nicolas Sarkozy avait obtenu l'union temporaire de toutes les traditions conservatrices françaises, des bonapartistes aux orléanistes. Plusieurs familles de la tradition bonapartiste ont toujours été très proches des traditions populistes. Les orléanistes ont quant à elles, toujours été incommodées par ce populisme plus ou moins extrême des familles bonapartistes.

La ligne Buisson a tenté de fédérer toutes ces familles, en faisant appel aux vieilles racines spirituelles qu'avait incarné l'Action française. Appartenant elle-même à la tradition orléaniste, il est logique que Nathalie Kosciusko-Morizet se sente mal à l'aise, craignant avec raison que cette synthèse conservatrice empêche la conquête d'un électorat plus large.

Marco da Rin Zanco (Italie) : Nathalie Kosciusko-Morizet pourrait représenter l'avenir de la droite française, il est donc normal qu'elle essaie de marquer une différence par rapport à "l'âge d'or de Nicolas Sarkozy", et cela même avec des expressions parfois fortes.

Ce qui est vrai, c'est que l'Action française représente un passé que l'on espère révolu. Si l'on veut avoir un regard plus large, il est vrai que l'Europe d'aujourd'hui ressemble un peu à l'Europe de la belle époque : le bien-être avait laissé la place à une première phase de crise politique (la Première Guerre mondiale) suivie d'une crise économique (la crise du 1929). Aujourd'hui, comme à cette époque, ce sont les positions les plus extrêmes qui tentent la population, car elles semblent offrir des réponses plus simples et concrètes aux problèmes quotidiens, que celles formulées par les forces politiques dites "modérées".

La droite française est-elle plus à droite qu'en Allemagne, Espagne et Italie ?

Stefan Seidendorf : Tout dépend des partis de droite visés. Si on regarde la "droite populaire" et ses représentants en France, ils incarnent sans doute une ligne "dure" qu'on ne retrouve pas au sein du Parti chrétien-démocrate allemand. L’aile conservatrice de ce parti, la CSU (Union chrétienne-sociale) au pouvoir en Bavière, est finalement ce qui s'en rapproche le plus. Toutefois, après soixante ans passé au pouvoir, ce parti sait faire la part des choses, et différencier le populisme des responsabilités gouvernementales !

Juan Pedro Quiñonero : Il n'y a pas une droite française, mais plusieurs... Après la parenthèse Nicolas Sarkozy, ces droites devront négocier une nouvelle forme d'organisation. Les droites espagnoles, quant à elles, sont sans doute moins conservatrices que la droite bonapartiste française.

Marco da Rin Zanco : Je n'aime pas la géométrie et reste persuadé que la simplification politique droite / gauche ne s'adapte plus à notre temps. Je crois plutôt que les citoyens voient que le système actuel, qui se fonde sur l'économie globale de marché, ne fonctionne pas comme il devrait. Ils sont prêts, en France comme en Italie, à considérer des "propositions alternatives".

A ce sujet, la droite française a été bien meilleure que la droite italienne. Elle a su représenter une alternative à un président qui était issu du centre droit. En Italie, la crise "Berlusconi" a torpillé la droite et a permis l'émergence d'une nouvelle force, le "Mouvement 5 étoiles" de Beppe Grillo.

 

 
Commentaires

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  • Par carredas - 28/06/2012 - 11:06 - Signaler un abus La France vue d'ailleurs...

    Aujourd'hui, il faut lire la presse étrangère pour échapper aux laudateurs du parti qui a la main-mise sur la France.

  • Par Fonky - 28/06/2012 - 13:28 - Signaler un abus "Vu de l’étranger, la

    "Vu de l’étranger, la “droitisation” de l’UMP ne saute pas aux yeux" Et vu de la planète mars elle a l'air sympa jean-marine ?

  • Par cappucino - 28/06/2012 - 20:20 - Signaler un abus Et marine comparée à Morsi

    C'est une ingénue... Morsi avec qui hollande badine au téléphone.

  • Par pier21 - 28/06/2012 - 22:30 - Signaler un abus Qui veut la fin....

    Napoléon disait "on gagne et puis on voit"! "Tonton" qui était un génie politique machiavélique a vu tout le parti qu'il pouvait tirer de la montér de Lepn et il a tout fait pour pousser le FN sur l'échiquier politique, en particulier avec la proportionnelle en 1986! La "droite fançaise " (illustrant une fois de plus son qualificatif de "la plus bête du monde") a sauté à pied joint dans le piège et grâce à Chirac, qui a tué dans l'oeuf les tentatives d'accomodement entre 1986 et 1994, a permis au PS de l'emporter sans coup férier depuis 1997 à cause de triangulaires (2007 est une exception, Sarkozy ayant réussi à syphonner les voix FN, ...provisoirement on l'a bien vu, quant à 2002, ce fut le miracle de la concurrence interne de la gauche)! Et demain? Pour moi c'est très simple: - ou l'UMP réussit l'union de toutes les droites sur un objectif commun: BATTRE le PS -ou la

  • Par roudoudou - 28/06/2012 - 22:35 - Signaler un abus Quelques rappels utiles

    Le FN est une création politique de Mitterrand qui a instauré une dose de proportionnelle aux législatives dans le seul but de gêner la droite tout en jouant les pères la morale antifascistes, lui qui fut décoré de la francisque. La droite française n'est effectivement pas une vraie droite au sens qu'en ont tous les pays du monde, à savoir une droite libérale économiquement. La droite française reste une droite étatique qui se méfie du capitalisme et de la globalisation, pourtant seuls créateurs de richesses à l'échelle mondiale depuis 20 ans. En ce sens Schroeder ou Blair étaient bien plus de droite que Chirac. Ce n'est pas une soi disant droitisation qui a fait perdre Sarkosy c'est un mélange de rejet du personnage entretenu par des médias majoritairement de gauche et de refus des Français d'engager les réformes vitales que tous les autres ont fait en Europe. NKM aurait donc mieux fait de se taire ou d'aller s'encarter au PS !

  • Par pier21 - 28/06/2012 - 22:39 - Signaler un abus Qui veut la fin....

    Suite de mon texte malencontreusment envoyé -ou la Gauche est au pouvoir pour 100 ans! Certes ce n'e ne sera pas évident, pour discuter il faut être au moins 2 et si "l'union est un combat" il faut un minimum de concessions mutuelles : l'UMP sur les questions sociétales, le FN sur le plan économique où ses utopies relèvent souvent de l'élucubration! Peut-être que Marine Lepen (au vu de ce qu'il est advenu au PC) ne veut pas du pouvoir. Qu'elle se méfie! Ses électeurs pourraient se lasser d'être de perpétuels opposants sans perspective! Et j'ai pu constater que dans l'administration des régions de 1988 à 1994 les conseillers FN avaient le sens de la mesure et de l'intérêt général votant quasi toujours les mesures proposées par le président RPR ou UDF! Et puis pensez ausi à Dreux!

  • Par Rhytton - 29/06/2012 - 12:14 - Signaler un abus Le monde etant majoritairement anglo-saxon aujourd'hui,

    La vision de la droite francaise n'est qu'une approche gauchiste pour les politologues anglo-saxons, parce que la France est un pays de gauchistes qui s'ignorent.

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Stefan Seidendorf Juan Pedro Quiñonero et Marco Da RIn Zanco

Stefan Seidendorf est spécialiste des politiques européennes à l’Institut Franco-allemand.

Marco Da Rin Zanco est diplômé en sciences politiques et relation internationale à l'Université de Padoue. Il est vice-coordinateur national à l'UDC (Union Démocrate Chrétien du centre).

Juan Pedro Quinonero est journaliste. Il est correspondant en France du journal conservateur espagnol ABC.


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