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Saurez-vous deviner l’émotion qui se propage le plus vite de manière virale ?

Alors que plus personne ne peut prétendre ignorer l'influence grandissante de Twitter, de Facebook ou même de Whatsapp dans la diffusion des informations, nous observons que certaines expressions se partagent mieux, plus vite et a un plus grand nombre de personnes que d'autres, et en premier lieu la colère et la peur. Maîtriser ces éléments donne une force considérable à qui veut le pouvoir.

Colère, joie, peur et compagnie

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Saurez-vous deviner l’émotion qui se propage le plus vite de manière virale ?

Atlantico : Une récente étude montre que certaines émotions se partagent mieux que d'autres: alors que la joie se diffuse plus que la tristesse, on sait aussi que la colère est le sentiment qui se transmet le mieux et le plus rapidement. Comment expliquer cette disparité?

Stéphane Rusinek: Alors que la colère est un sentiment de partage, qu'on expose à un interlocuteur, qui appelle une réaction et une action, on constate que la tristesse est une émotion de la sphère privée, qui va chercher le réconfort de personnes proches et qui touche l'intime. On voit très bien alors la disparité de ces émotions quant à leur possibilité de diffusion: alors que certaines émotions dépendent de la sphère personnelle comme l'amour, la tristesse ou la honte, certaines sont au contraires tournées vers l'extérieur, telles la peur, la colère ou le rire.

Ainsi, bien qu'on ne puisse pas "chiffrer" ces disparités, il faut bien distinguer les émotions de groupe, qui s'affirment lorsqu'elles sont portées par un grand nombre, et celles dont la pudeur n'admet pas la diffusion. 

Il y a aussi des émotions plus "dignes" à porter que les autres: la colère peut être le fruit de la lutte contre l'injustice, alors que l'abattement est l'expression d'une faiblesse de caractère. Elles ne portent pas en leur sein la même acceptation sociale.

Connaissant aujourd'hui le rôle des réseaux sociaux en tant que vecteurs d'émotion, observe-t-on des phénomènes de joie ou de rage partagés mondialement ?

Les réseaux sociaux nous apprennent quelque chose de très important dans la différence entre le ressenti des émotions et leur expression: lorsque l'on voit par exemple le grand mouvement noble de colère après les attentats de Charlie Hebdo, il est légitime de se demander combien de personne se sont outragées tout en mangeant un sandwich devant une série télé. Il ne faut bien sûr pas nier la réaction sincère et réelle de la majorité des Français, mais pour beaucoup, il s'agissait d'une règle de bienséance plutôt que d'un vrai ressenti. Aujourd'hui il importe plus de dire, et il convient de dire ce que la majorité dit, car on est toujours potentiellement écouté et regardé: l'expression d'une émotion de groupe a un effet incluant et ne pas réagir pourrait être excluant. Ainsi, alors que beaucoup d'internautes ont pris position sur les révélations de Snowden, peut d'entre eux ont réellement réagi en arrêtant d'envoyer des e-mails par exemple. Ce qui comptait était d'être du bon côté au bon moment.

Est-ce qu'aujourd'hui certains médias (journaux, publicités, films) utilisent ce mécanisme de propagation pour augmenter leur visibilité ?

Les médias ont toujours utilisé la gestion des émotions pour se vendre: le principe de la publicité est de donner une aura positive à un produit. L'acheteur, en possédant le produit, aura l'impression de posséder un peu de cette lumière. D'autres ressorts fonctionnent bien comme la culpabilité: si vous n'utilisez pas ce produit, votre enfant sera malade et vous serez une mauvaise mère!  C'est le "conditionnement évaluatif". De même, les médias utilisent souvent la peur pour vendre: identifier une menace sera pour le lecteur la justification de toutes ses peurs naturelles, et trouvera un écho à ce qu'il ressent. Le journal sera ainsi un outil de miroir qui légitimera les pensées intimes de celui qui le lit. Donc bien sûr, les émotions sont monnayables et tous les médias, politiques, cinéastes les utilisent.

 
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Stéphane Rusinek

STEPHANE RUSINEK  est professeur de psychologie cognitive et comportementale à l'université Lille 3 et président de l'AFTCC. Il est l'auteur de l'ouvrahe Les émotions: du normal au pathologique (Dunod, 2014).

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