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Ce à quoi pourrait mener la nostalgie des juppéistes pendant un quinquennat Fillon

En l'absence d'une candidature indépendante de François Bayrou - qui a proposé mercredi 22 février une alliance à Emmanuel Macron - et face à François Fillon qui semble représenter le choix de la raison mais pas celui du cœur, les "Juppéistes" risquent bien de se retrouver sans candidat pour les représenter.

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Ce à quoi pourrait mener la nostalgie des juppéistes pendant un quinquennat Fillon

Atlantico : Alain Juppé l'a déclaré sur son blog : François Fillon est le "choix de la raison". On comprend ainsi que ce n'est pas celui du cœur. Désormais et en l'absence d'une candidature indépendante de François Bayrou, les "Juppéistes" sont-ils contraints à l'insatisfaction ? 

Olivier Rouquan : Disons que, par définition, les sympathisants de la droite classique et modérée n’ont pas de candidat en propre à soutenir. Tel est le cas depuis la fin du chiraquisme. Ils vont donc, au vu de la campagne, se départager entre François  Fillon et Emmanuel Macron, qu’ont déjà rejoints quelques Juppéistes et que rallie désormais François Bayrou, dont on sait la proximité qu’il entretient avec Alain Juppé.

Jean-Thomas Lesueur : Je ne le crois pas. D’abord, parce que c’était le jeu de la primaire : les perdants rallient le vainqueur. François Fillon n’était pas leur premier choix mais il a été au final, et à la loyale, celui de leur famille politique. Une partie d’entre eux se reportera bien sûr sur Emmanuel Macron, mais je pense qu’une large majorité des juppéistes votera pour François Fillon. Certains, bien sûr, peuvent être rebutés par "l’affaire Fillon" mais ni plus, ni moins que les électeurs d’autres sensibilités à droite…

Je sais bien que les sondeurs nous disent que l’électorat est devenu beaucoup plus volatile, beaucoup moins fidèle qu’auparavant. Mais la sociologie et la moyenne d’âge du "segment électoral" juppéiste me font penser qu’ils resteront majoritairement au bercaille. Les "prises de guerre" de quelques membres de l’ancienne équipe d’Alain Juppé par Emmanuel Macron ne font pas une tendance électorale.

François Bayrou aurait pu être une sorte de "père de substitution" pour eux, ayant soutenu Alain Juppé lors des primaires. Cependant, il a déclaré ce mercredi qu'il proposait une alliance à Emmanuel Macron. Une fuite des électeurs "juppéistes" vers le candidat d' "En Marche !" est-elle possible ?

Olivier Rouquan : Combien seront-ils à le rallier ? Il est trop tôt pour le savoir, car les événements de campagne vont compter. La fragilité des soutiens est certaine, renforcée par l’incapacité des candidats à communiquer sur leurs idées jusqu’à présent. Donc, leur faculté à capter les anciens électeurs d’Alain Juppé dépendra de l’équilibre global qui se dégagera de leurs propositions.

François Fillon commence à lisser quelques aspects (la santé), mais il a aussi rappelé sa position assez dure sur la sécurité, qui pourrait déplaire à certains centristes... Quant à Emmanuel Macron, sa technique des "coups" par provocation a un avantage : elle permet de tester de nouvelles lignes et donc le nouveau sens à donner aux clivages pertinents. Mais elle a l’inconvénient de choquer une partie des électeurs qu’il veut capter par priorité, assez modérés et prudents. François Bayrou va compter dans la campagne de Macron pour essayer de subvertir d’anciens électeurs de Alain Juppé.

Jean-Thomas Lesueur : Je ne le crois pas non plus. Je ne crois pas que l’annonce de François Bayrou soit de nature à faire bouger sensiblement les lignes. D’abord, parce que les électeurs juppéistes ne voulant pas voter Fillon n’ont pas attendu François Bayrou pour rallier Emmanuel Macron et sont donc déjà pris en compte dans les sondages. Ensuite, parce qu’il ne faut pas surestimer l’influence de François Bayrou !

Il bénéficie plutôt d’une bonne réputation et assurément d’une bonne visibilité médiatique (sans commune mesure avec son poids électoral) mais il est sans troupe et a, depuis belle lurette, déboussolé aussi bien les gens de gauche que les gens de droite qui avaient, un temps, cru dans l’aventure du Modem.

Ce qu’il peut éventuellement apporter à Emmanuel Macron, en fonction de la place qu’il tiendra dans le dispositif de celui-ci (ce qu’on ignore à ce jour), c’est de la substance et de la structuration dans sa campagne. Mais des cohortes d’électeurs, j’en doute assez. Peut-être un, deux ou trois points, ce qui n’est pas négligeable bien sûr. Mais pas de quoi lui garantir sa qualification pour le deuxième tour de la présidentielle…

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 24/02/2017 - 08:47 - Signaler un abus Le centre c'est un truc bien

    Quand tout va bien. Aujourd'hui tout va mal alors on est prié de rejoindre ses rangs à Droite ou à Gauche. On verra après la bataille les morts et les blessés. (Au sens figuré....)

  • Par aixcalibur 13 - 24/02/2017 - 10:58 - Signaler un abus Une fois de plus...

    les courants contradictoires chez les L.R ne doivent pas faire oublier que seuls les enjeux sont importants!...La Droite n'a pas les moyens de se faire plaisir au premier tour et de choisir au second... Chaque voix va compter, le choix de la raison doit l'emporter sauf à porter la responsabilité de l'échec dans une présidentielle qui nous était tout acquise!...

  • Par Deudeuche - 24/02/2017 - 12:13 - Signaler un abus @aixcalibur13

    exact, et en cas de macronite au deuxième tour, chacun votera contre son camarade de parti en fonction qu'il est de droite ou du centre (et bien sûr pour sa vision de la France). Les pro-Macron et pro-MLP sont déjà sur les starting blocs au sein des LR, juste au cas où le bateau coule.

  • Par clint - 24/02/2017 - 16:06 - Signaler un abus Fillon bien seul !

    Fini le soutien quotidien appuyé de G. Larcher ! Aurait il compris ?

  • Par Citoyen Ordinaire - 24/02/2017 - 16:31 - Signaler un abus Comme si....

    Juppé avait été un centriste tout au long de sa carrière....il a toujours été de droite bien marquée...chef du RPR ! C'était une (im)posture médiatique pour l'élection.

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Olivier Rouquan

Olivier Rouquan est docteur en science politique. Il est chargé de cours au Centre National de la Fonction Publique Territoriale, et à l’Institut Supérieur de Management Public et Politique.  Il a publié en 2010 Culture Territoriale chez Gualino Editeur,  Droit constitutionnel et gouvernances politiques, chez Gualino, septembre 2014, Développement durable des territoires, (Gualino) en 2016, Culture territoriale, (Gualino) 2016 et En finir avec le Président, (Editions François Bourin) en 2017.

 

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Jean-Thomas Lesueur

Titulaire d'un DEA d'histoire moderne (Paris IV Sorbonne), où il a travaillé sur l'émergence de la diplomatie en Europe occidentale à l'époque moderne, Jean-Thomas Lesueur est délégué général de l'Institut Thomas More

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