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Quand Manuel Valls s'indignait de la nomination d’un homme de l’Elysée à la Caisse des dépôts

La candidature de Pierre-René Lemas, jusqu'ici secrétaire général de l'Elysée, va être proposée pour le poste de directeur général de la Caisse des dépôts (CDC). Pourtant en 2011, Manuel Valls s'était indigné lorsque Nicolas Sarkozy envisageait d'y nommer Xavier Musca, l'un de ses proches collaborateurs.

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Quand Manuel Valls s'indignait de la nomination d’un homme de l’Elysée à la Caisse des dépôts

Xavier Musca (à droite). Crédit Reuters

Dans la répartition des fromages de Hollande à laquelle nous assistons, l’arrivée de Pierre-René Lemas à la Caisse des Dépôts et Consignations constitue sans doute l’une des nouvelles les plus dangereuses que nous recevions.

Le désormais ex-secrétaire général de la Présidence de la République est en effet tout sauf un banquier. En dehors d’un passage à la tête de Paris Habitat, il n’a d’ailleurs jamais goûté aux joies de l’entreprise, si l’on admet l’idée qu’un office HLM soit une entreprise. Lemas est un préfet, ce n’est pas un financier. C’est le mirage d’un pouvoir décadent, qui a oublié le sens des institutions, de croire qu’un préfet peut se commuer sur le tard en banquier.

C’est bien entendu une aberration, qui apparaîtra mieux si l’on rappelle ce qu’est la Caisse des Dépôts et à quoi elle sert.

L’ironie de l’Histoire veut que la Caisse des Dépôts fut créée dans des conditions proches de celles que la France connaît aujourd’hui. Durant la Révolution, la France fait faillite et se prive donc d’un accès aux marchés financiers de l’époque. Politiquement, cette rupture avec les milieux financiers met l’intégrité du pays en danger pour une raison simple : il faut de l’argent pour financer la guerre. L’Angleterre recourt à l’emprunt pour financer sa vaste entreprise de déstabilisation et sa mobilisation militaire contre la France. La France, elle, est à court. Lorsque l’empereur Napoléon doit lever la Grande Armée, il craint de tenter un retour vers les marchés. En cas d’échec, il devrait faire un aveu de faiblesse devant le peuple français qu’il entreprend de domestiquer. Ce risque est trop grand. Il décide de créer une caisse de garantie et d’amortissement, chargée d’acheter de la dette publique en faisant appel à l’épargne. Cette caisse est l’ancêtre de la Caisse des Dépôts et Consignations créée en 1816.

Officiellement, la Caisse des Dépôts est créée sous Louis XVIII pour acheter de la dette d’Etat avec les fonds déposés obligatoirement chez les notaires. Assez vite, le gouvernement y à ajouter le dépôt des livrets d’épargne et du livret A. Cette épargne réglementée sert à financer un Etat effrayé par le recours aux marchés.

La Caisse des Dépôts est donc une banque : une banque administrée, certes, mais une banque garante de l’accès fluide de l’Etat au financement de sa dette.

Si la note de la France devait baisser en septembre, il est bien possible que la Caisse des Dépôts joue un rôle plus crucial encore que celui joué aujourd’hui : elle devrait mettre l’argent des épargnants à disposition du gouvernement pour acheter une dette dont les marchés ne voudraient plus, sauf à prix d’or. C’est évidemment une grande imprudence de confier cette fonction à quelqu’un qui n’est pas de la partie. Sans préjuger des qualités personnelles de M. Lemas, sa méconnaissance des mécanismes financiers est une prise de risque importante pour l’Etat lui-même. Espérons que nous n’ayons jamais à nous en mordre les doigts. 

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 11/04/2014 - 10:38 - Signaler un abus Exemple type

    du socialisme pourri donneur de leçons. Sûr que la droite faisait pareil, mais Valls, comme Hollande et autres socialistes "républicains" ont passé leur temps à le leur reprocher, alors qu'ils font pire. Et la dernière valse des fauteuil n'améliore pas leur crédibilité. Hollande, un fromage qui porte bien son nom.

  • Par ISABLEUE - 11/04/2014 - 10:43 - Signaler un abus POUR LA SOCIALIE MORALISTE

    la morale, c'est surtout pour les autres. Et en plus ils font leurs petits coups discrtement, nous prenant pour des iméciles !! AU moins, la droite est plus franche. Le peuple déteste ces hypocrites parasites !!

  • Par Nico Attal - 11/04/2014 - 10:43 - Signaler un abus Les bons comptes font les bons amis... et vice versa

    Quand on connaît le mépris que Hollande porte à la finance ("l'ennemi, c'est la finance"), c'est normal qu'il nomme un nul, et néanmoins ami, à la tête de la plus importante institution financière du pays. Dans le genre, on avait déjà eu Ségolène Royal nommée Vice-Présidente de la Banque Publique d'Investissement.

  • Par gliocyte - 11/04/2014 - 11:27 - Signaler un abus Curieux

    Cette conclusion "Espérons que nous n'ayons pas à nous en mordre les doigts" L'auteur s'associerait-il à l'Etat? Les Français refusent ce nous, rien de commun entre l'Etat, FH, ses sbires et eux. FH mord tout et sur tout, nos biens, notre liberté d'expression, nos valeurs etc… C'est un chien enragé. Que fait un vétérinaire face à ce cas?

  • Par gliocyte - 11/04/2014 - 11:45 - Signaler un abus PS

    Pierre René Lemas: ENA promotion Voltaire On connaissait les dégâts engendrés par l'oligarchie, mais voici que FH pousse encore plus loin la séquestration du pouvoir en instaurant une nouvelle "archi": La clonarchie. Une première mondiale, une assurance pour le tout totalitarisme. Quel autre Président au monde peut se prévaloir d'une telle réussite?

  • Par gliocyte - 11/04/2014 - 11:45 - Signaler un abus PS

    Pierre René Lemas: ENA promotion Voltaire On connaissait les dégâts engendrés par l'oligarchie, mais voici que FH pousse encore plus loin la séquestration du pouvoir en instaurant une nouvelle "archi": La clonarchie. Une première mondiale, une assurance pour le tout totalitarisme. Quel autre Président au monde peut se prévaloir d'une telle réussite?

  • Par RabatJoie - 11/04/2014 - 11:46 - Signaler un abus @gliocyte

    Malheureusement si, le NOUS est de rigueur... A notre corps défendant, peut-être, mais cela ne change rien. La CDC contrôle les dépots des livret A, entre autre. Qui n'en a pas ? Qui n'a pas de produit d'épargne règlementé ? Si la CDC est gérée avec les pieds, c'est cette épargne qui est menacée. Celle de chacun d'entre nous. Et plus vous êtes un petit épargant, plus vous avez recours à ces produits règlementés, plus vous êtes menacés. A force de faire intervenir la CDC dans tous les coups pourris pour raisons politiques, sa santé longtemps florissante est mise à mal. La république de connivence va couter cher, très cher, à tout le monde.

  • Par gliocyte - 11/04/2014 - 12:44 - Signaler un abus @RabatJoie

    Ceux qui sont concernés et qui doivent s'en mordre les doigts sont ceux qui ont voté pour FH.

  • Par Loupdessteppes - 11/04/2014 - 14:12 - Signaler un abus La caisse des dépôts : la bien nommée

    Une sorte de lie fonctionnarisée s'y dépose doucement...

  • Par jurgio - 11/04/2014 - 14:29 - Signaler un abus « Nous serons irréprochables ! »

    « Ce que les autres ont fait et qui nous a pas plu, nous le feront mais sans l'ébruiter... » C'est à ce silence qu'on reconnaît que Valls se rattache un peu à la Gauche, le parti tartuffe. Valls a encore un long chemin à faire avant d'élargir l'assentiment. De toute façon, peut-on faire quelque chose d'efficace et de durable avec Chafouin 1er ?

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

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