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Pourquoi il est urgent de soutenir les musulmans qui se battent contre l’islamisme dans les pays musulmans

Le Pew Research Center a récemment publié un article témoignant du rejet de l'EI dans les pays à forte population musulmane. Les musulmans de pays musulmans pourraient être en première ligne contre l'Etat islamique.

Islam vs islamisme

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Pourquoi il est urgent de soutenir les musulmans qui se battent contre l’islamisme dans les pays musulmans

Atlantico : A la suite des différents attentats organisés par l'organisation Etat Islamique à Paris, Beyrouth,  ou dans le Sinaï, le monde musulman est projeté sur le devant de la scène. Le Pew Research Center a récemment publié un article témoignant du rejet de l'EI dans les pays à forte population musulmane. Pourquoi est-il primordial de soutenir ces populations modérées qui critiquent un islamisme plus radical ?

Haoues Seniguer : L’étude américaine que vous mentionnez est matière à nous convaincre d’une chose absolument cruciale pour nos sociétés, au premier chef pour la nôtre : Daech est une organisation radicale dont l’idéologie et l’action sont amplement rejetées par la population musulmane qui ne s’y reconnaît nullement. On pourrait dire que les membres de l’EI sont des marginaux de l’islam avec néanmoins une puissance de nuisance colossale, ce qui les met ainsi au centre du jeu et de l’attention tant médiatique que politique ; ce qu’ils recherchent d’ailleurs éperdument dans leurs stratégies de communication.

À mon sens, il est important de soutenir, surtout d’entendre et mieux encore d’écouter, les voix musulmanes – et elles sont fort nombreuses - qui dénoncent sans ménagement la conception d’un islam perçu comme profondément dévoyé dans l’idéologie de Daech.

L'Occident apporte déjà une réponse militaire à la menace que peut représenter, pour l’intégrité territoriale l'EI. En dépit de résultats apparemment peu voyants, faut-il abandonner ce genre de solution ? Que faudrait-il vraiment mettre en place pour endiguer (voire stopper) la progression de l'idéologie djihadiste ?

La réponse militaire, notamment de la France, est compréhensible du point de vue de ses dirigeants ayant en charge la sécurité des Français et souhaitant répondre à l’attaque en plein cœur de Paris, vendredi 13 novembre 2015. Néanmoins, l’option militaire peut se révéler un miroir aux alouettes, car si guerre il y a, celle-ci est d’ordre asymétrique, dans la mesure où l’EI n’est pas à proprement parler un État, avec des frontières reconnues, doté qui plus est d’une armée régulière. Celui-ci prospère et progresse au contraire sous la forme de métastases en convainquant, par une idéologie radicale transnationale confectionnée par des idéologues rompus aux méthodes de recrutement, des individus localisés en des espaces différents et multiples, capables d’agir de façon concertée ou autonome, sur la base d’instructions générales générées par la matrice syro-irakienne. Tant qu’il n’y aura pas de réflexion profonde sur les mobiles à la fois religieux et politiques qui nourrissent l’État islamique et crédibilisent sa propagande, la réponse strictement militaire sera comparable à un coup d’épée dans l’eau !

Comment peut-on expliquer ce rejet de l'Etat Islamique dans des populations à fort pourcentage musulman ? Ne devraient-ils pas être plus sensibles au message porté par l'EI ?

Si les populations à majorité musulmane rejettent Daech, c’est tout simplement parce que son offre idéologique ne répond pas du tout à leurs aspirations. Il faut donc s’en réjouir. À cet égard, cela vient en quelque sorte atténuer l’idée défendue par un certain nombre de politistes français, consistant à focaliser excessivement sur la variable politique pour expliquer l’attrait exercé par l’EI auprès des musulmans ; en somme, pour ces derniers, les bombardements à répétition de la coalition contre les positions de Daech en Syrie et en Irak, dégâts collatéraux ou non, seraient un élément explicatif clé. Or peut-on précisément lire, dans le rejet d’une majorité de la population musulmane des actions menées par l’EI, un refus ferme au nom de l’islam précisément…Chassée par la porte, la raison religieuse revient par la fenêtre. Par ailleurs, les musulmans vivant en terre d’islam majoritaire devraient, en principe ou intuitivement, se sentir beaucoup plus concernés par les affres que connaît le Moyen-Orient, beaucoup plus en tout cas que les musulmans évoluant en Europe. Cela ne signifie pas pour autant que la solidarité devrait être uniquement islamo-islamique ou arabo-arabe ; ce n’est pas du tout ce que je soutiens car je m’oppose à toute forme de culturalisme ; il s’agit simplement de permettre un débat contradictoire. Enfin, si tout n’était explicable que par la ou le politique, pourquoi n’y a-t-il pas plus de non-musulmans dans les troupes de Daech ? Je pense très sincèrement que l’éviction de la variable religieuse dans l’analyse du phénomène EI constitue assurément une faiblesse épistémique. 

 

 
Commentaires

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  • Par GP13 - 28/11/2015 - 12:17 - Signaler un abus Il est donc urgent de soutenir Bachar El Assad

    Parce que, musulman et dictateur, tout comme Sissi en Égypte, il combat les islamistes, et s'abstient de persécuter les minorités et notamment chrétiennes. Nous sommes fous de déclarer la guerre aux islamistes et de la faire en même temps contre ceux qui la font dans leur propre pays et sont, de ce fait, de vrais alliés.....

  • Par Gordion - 28/11/2015 - 12:48 - Signaler un abus Américanisme et islamisme: une alliance contre l'Europe

    Les commentaires ci-dessus et les remarques de l'auteur me font pesner au titre de l'essai d'A.Del Valle, que j'ai rappelé. A relire, il monter que ces 2 systèmes sont transnationaux, et cherchent à détruire les Etats-Nations, qui contrecarrent et les intérêts mercantiles sans frontière, et l'établissement du califat universel. Le parti Ba'ath incarné par Assad et Saddam en Syrie et en Irak ne sont plus, au moins pour l'Irak, l'Egypte est affaiblie, la Tunisie au bord du chaos, la Lybie est anéantie, seuls le Maroc et l'Algérie ont réussi à contenir les fous d'Allah pour l'instant. Encourager les musulmans à lutter contre l'islamisme dans les pays musulmans est fort juste, mais c'est une gageure, car les conditions ne sont pas réunies:les monarchies du Golfe, Pakistan, Bangla Desh, Afghanistan et dans une certaine mesure la Turquie et les pays musulmans du Sud-Est asiatique sont des théocraties dictatoriales, où la foi est religion d'état et prévaut sur la loi. Comment voulez vous que les musulmans "éclaircis" pour faire simple n'aient pas en tête le sort réservé aux minorité religieuses en pays d'islam - chrétiens, yazidis, etc - qui sont frappés de mort ou d'impôt. Apostasie!!!

  • Par Texas - 28/11/2015 - 12:53 - Signaler un abus Mr Seniguer...

    Je vous trouve ...compliqué ou ...Moyen-Oriental , selon . A moins d' être mal informé , nous n' avons entendus aucuns dignitaires religieux , prononcer la moindre Fatwa contre Daesch , qu' ils soient issus de la Jamaa Islamiya Salafiste , du Wahhabisme Mecquois , ou du Chiisme Apocalyptique Iranien ? .Sinon , merci de me corriger .

  • Par jurgio - 28/11/2015 - 14:09 - Signaler un abus J'ai un doute

    Soutenir des Musulmans contre d'autres Musulmans, ça sonne mal à mes oreilles. Mais soutenir ceux qui se disent musulmans et qui n'en sont pas, pourquoi pas ?

  • Par langue de pivert - 28/11/2015 - 18:44 - Signaler un abus Laissons faire la nature ! ☺

    Vouloir séparer des chiens en train de se battre est une très mauvaise idée (même si ça part d'un bon sentiment). Il faut laisser faire la nature. 1) Vous risquez qu'ils se retournent tous contre vous ! 2) Dès que vous aurez le dos tourné le combat recommencera où il s'était arrêté. §§§ Pourquoi il est urgent de soutenir les musulmans qui se battent contre l’islamisme dans les pays musulmans §§§ Ah bon ? Pourquoi faire ? Si l'occident s'était occupé de ses affaires au lieu de s'interposer ça irait mieux ! "Le soutien de musulmans qui se battent contre les islamistes" ça veut dire quoi ? C'est les mêmes ! C'est même ça le problème ! C'est bien ce qui a été tenté en Afghanistan non ? Pour quelle résultat ? L'occident ne s'est pas occupé de la Tunisie, ni de l’Égypte et c'est pas là que ça va le plus mal. Plus l'occident intervient plus ça se complique et plus ça dure !

  • Par zouk - 29/11/2015 - 08:52 - Signaler un abus Opinions musulmanes contre Daech

    Comment les aider? Et surtout pas par des interventions toujours malheureuses, car nous, pays d'Occident, ne comprenons pas leur culture te encore moins leurs réactions présentes. Qui sont les voix musulmanes que nous devrions écouter?, non seulement en France où nous négligeons les réactions des Tarik Roubrou, Imam de Bordeaux, Hassan Chalgoumi, Imam de Drancy, Dalil Boubakeur, Recteur de la Mosquée de Paris, Azzedine Gaci, Recteur de la Mosquée de Villeurbanne, Ghaleb Bencheikh et son frère Imam de Marseille, Rachid Benzine et surtout Gilles Kepel, un de nos trop rares islamologues.

  • Par Gordion - 29/11/2015 - 14:58 - Signaler un abus @zouk

    Gardons Gilles Kepel dans votre liste en pole position. Les autre pourquoi pas, de grâce enlevez Boubakeur....qui représente exactement le contraire d'un musulman indépendant, et faisant de la surenchère auprès de ses concurrents radicaux quand il faut. N'a-t-il pas déclaré que les églises pourraient être cédées aux croyants pour pallier au manque de mosquées? Savez-vous quelles influences étrangères se cachent derrière ce triste individu (l'Algérie)? L'islam de France pour les musulmans français doit faire l'objet d'un concordat avec l'Etat, dans un encadrement strict et devra s'engager à respecter les valeurs de la République et la Constitution. Boubakeur représente le courant algérien, comme d'autres représentent les Frères Musulmans, la Turquie, les salafistes, les hanbalites, et autre malékites. C'est exactement le problème qiue le concordat doit régler.

  • Par langue de pivert - 29/11/2015 - 16:24 - Signaler un abus mea culpa ! :-(

    quel(lle) résultat !

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Haoues Seniguer

Haoues Seniguer est maître de conférences en science politique à l'Institut d'Études Politiques de Lyon (IEP)

Il est aussi chercheur au Triangle, UMR 5206, Action, Discours, Pensée politique et économique à Lyon et chercheur associé à l'Observatoire des Radicalismes et des Conflits Religieux en Afrique (ORCRA), Centre d'Études des Religions (CER), UFR des Civilisations,Religions, Arts et Communication (CRAC), Université Gaston-Berger, Saint-Louis du Sénégal.

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