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Mais qu'est-ce qu'être de gauche dans la tête de ceux qui voient en Manuel Valls un homme de droite ?

Pour "la gauche de la gauche", le nouveau Premier ministre Manuel Valls ne correspondrait ni à leurs dogmes économiques, ni à leurs dogmes sociétaux. Une situation qui met en lumière un ancien clivage réformiste/révolutionnaire au sein de la gauche qui n'est pas prêt de s'éteindre.

Redéfinition de la gauche

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Mais qu'est-ce qu'être de gauche dans la tête de ceux qui voient en Manuel Valls un homme de droite ?

Le nouveau Premier ministre Manuel Valls. Crédit Reuters

Atlantico : En quittant le ministère de l'Ecologie, Philippe Martin a remercié "Jean-Marc Ayrault, un premier ministre socialiste, et de gauche", sous-entendant, comme d'autres dans les rangs socialistes, que Manuel ne l'était pas, de gauche. Mais qu'entendent-ils par "être de gauche" ?

Laurent Bouvet : Je ne suis pas certain que Philippe Martin ait voulu sous-entendre que Manuel Valls ne soit pas de gauche ! Être de gauche, dans le sens que vous indiquez ici, cela veut dire essentiellement mener une politique économique et sociale plus redistributive que ne le fait la droite, à l’aide de la fiscalité, tout particulièrement.

En quoi Valls les dérange-t-il ?

Sur quels désaccords idéologiques repose le jugement que portent ceux qui à gauche font un procès en anti-socialisme au nouveau Premier ministre ?

Je ne sais pas si Valls « dérange » tel ou tel au PS dans le sens où vous l’entendez. A côté du PS, oui, incontestablement, car il est considéré à la fois comme trop « réformiste » sur les questions économiques et sociales voire tout simplement comme « social-libéral », et comme trop « républicain » sur les questions dites de société, les « valeurs ». Et ça, ça gêne visiblement certains responsables et militants de ce que l’on a pris l’habitude d’appeler la « gauche de la gauche » ou encore chez les écologistes. Car ils sont à la fois plus étatistes sur l’économie et libéraux sur le plan des « valeurs » culturelles ou de l’immigration par exemple. Ce qui d’ailleurs ne va pas sans poser quelques difficultés de cohérence idéologique vis-à-vis du libéralisme ! Comment en effet peut-on être à la fois libéral et antilibéral ?

En quoi Manuel Valls serait-il de droite ?

Précisément parce qu’aux yeux de ces groupes à « gauche de la gauche », il ne correspond ni aux dogmes économiques ni aux dogmes « sociétaux » de ces groupes. Il est d’ailleurs l’objet de la part de certains à l’extrême-gauche d’une véritable haine puisqu’aussi bien en politique que dans la presse qui vient de ce coin de l’échiquier politique, certains n’hésitent pas à dire qu’il représente un plus grand danger que Marine Le Pen !

Son positionnement sur les questions économiques est-il véritablement hors du champ de la gauche ? Comment expliquer qu'il fasse tant débat dans les rangs socialistes ? 

Qu’il y ait du débat sur les questions économiques au PS, ce n’est pas d’aujourd’hui. Relisez par exemple les échanges entre rocardiens et mitterrandistes ou chevènementistes dans les années 1970. Ce qui est compliqué à comprendre pour des militants en particulier, et plus généralement à l’extrême-gauche, c’est qu’il puisse y avoir, en matière économique comme pour le reste, un certain pluralisme. Et de là qu’il puisse y avoir des débats d’orientation, des choix politiques. Pour imposer la sienne d’orientation, il faut gagner la bataille politique, devant les militants, devant les électeurs. Or, jusqu’à aujourd’hui, la « gauche de la gauche » a eu beau prétendre qu’elle avait raison, qu’elle était la seule « vraie » gauche et qu’être de gauche c’était comme ça et pas autrement, il ne me semble pas qu’elle ait jamais pu gagner une majorité ni au PS ni devant les Français pour démontrer la véracité de son propos.

La politique, ce sont des idées, des idéaux même, que l’on peut légitimement défendre, et dont on peut même croire qu’ils sont « vrais » ou « justes », mais ce sont aussi, en démocratie du moins, des réalités électorales. Et convaincre les électeurs fait partie du travail. Sans électeurs, sans souveraineté du peuple, les meilleures idées restent très théoriques.

Favorable au mariage pour tous, à l'homoparentalité, à l'euthanasie, à la PMA et GPA... que dire de son positionnement idéologique sur les questions sociétales ? Ne se classe-t-il pas à gauche sur ces questions-là ?

Je ne suis pas certain que Manuel Valls soit favorable à tout ce que vous annoncez ici ! Sur ces questions, être de gauche ou non relève d’un positionnement très difficile à établir, surtout si l’on croise des réponses positives et négatives aux différents items proposés. Il faudrait dans ce cas-là parler davantage de progressiste et de conservateur par exemple. Et cela ne recouvre que partiellement, sans d’ailleurs que ça implique un jugement de valeur, le clivage droite-gauche. C’est le grand problème avec ce que l’on appelle génériquement les questions « de société » ou « sociétales ».

Peut-on dire de Manuel Valls qu'il est un authentique libéral ?

Il ne me semble pas, non. Son républicanisme me paraît largement tempérer son réformisme économique qui lui-même n’est pas un libéralisme. Le rôle de l’Etat comme régulateur de l’économie comme de la société est pour lui, me semble-t-il, bien trop essentiel pour qu’on puisse le considérer comme « libéral ». D’ailleurs, en France, on est très vite le libéral de quelqu’un ! A gauche, certains devraient se méfier d’un usage trop facile et finalement trop peu significatif de ce terme. Il est fait pour disqualifier alors qu’il beaucoup plus difficile d’emploi qu’on ne le suppose généralement.

Que révèle la levée de bouclier qu'il suscite sur le rapport d'une partie de la gauche à la modernité ?

Là aussi, attention au terme « modernité » qui a un sens général pour désigner l’évolution des sociétés occidentales en particulier depuis les XVIe ou XVIIe siècles. En tout cas, dans le sens que vous suggérez, la réaction virulente d’une partie de la gauche que j’ai évoquée plus haut à l’encontre du nouveau Premier ministre vient, pour schématiser, d’une part du vieux clivage réformiste/révolutionnaire au sein de la gauche, française en particulier. Et d’autre part d’une crainte de voir aujourd’hui disparaître, dans la mondialisation notamment, tout un ensemble de droits, par exemple, acquis grâce à la gauche historiquement, que ce soit par la mobilisation sociale ou par l’action réformiste à travers l’exercice du pouvoir.

 
Commentaires

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  • Par dominique degoumois - 04/04/2014 - 09:15 - Signaler un abus Y a t il est hommes de gauche adroit?

    Y a t il des hommes de gauche adroit? y'a t il des homme de droite très gauche? Tout est dans tout certes, mais celui là n'est pas du tout à sa place! Marine le Pen a dit à son sujet, une grosse vérité, mais il ne veux pas, par vanité la voire. Il est le rocard de hollande! Voir sur youtube *comment devenir président et le rester*! La chute fatale arrive toujours beaucoup trop tôt pour l'intéressé, et hélas toujours beaucoup trop tard pour tous les autres, dont nous!

  • Par Ravidelacreche - 04/04/2014 - 09:55 - Signaler un abus être de gauche dans la tête

    Les hémiplégiques gauches essaient souvent de faire des choses dont ils sont incapables, ce qui peut être dangereux. Ils essaieront de traverser une pièce sans aide, et se retrouveront allongés par terre. Et, ce qui est encore plus dangereux pour eux-mêmes et les autres, ils voudront conduire. Un hémiplégique gauche est un juge peu fiable de ses capacités et de sa sécurité. Plutôt que de le croire sur parole, demandez-lui de faire la preuve de son adresse avant de le laisser livré à lui-même. Ce n'est pas parce qu'il sera capable de décrire le détail d'une tâche qu'il sera apte à la mener à bien.

  • Par yavekapa - 04/04/2014 - 10:09 - Signaler un abus question métaphysique !!

    Mais qu'est-ce qu'être de gauche dans la tête de ceux qui voient en Manuel Valls un homme de droite ? dans le même genre: Mais qu'est-ce qu'être du FN dans la tête de ceux qui voient en Marine une femme d'extrême droite ?

  • Par Max68 - 04/04/2014 - 10:29 - Signaler un abus Valls, un des imposteurs !

    Ce prof de Science Po ne peut pas ignorer qu'être pipoliticien c'est manipuler par une idéologie et pas du tout ETRE fidèle à cette idéologie ! Les bons éléments de Science Po choisissent un parti à leur sortie d'école en fonction des propositions de carrière et pas du tout en fonction de leurs valeurs propres. Lorsque l'on a dans la tête la valeur "Pouvoir", il n'y a aucune place pour aucune autre valeur... ni libérale, ni socialiste. Aucun pipoliticien de droite n'EST libéral dans ses actions aujourd'hui ! Comme aucun pipoliticien de gauche n'EST socialiste dans ses actions aujourd'hui ! Valls, là dedans, n'a que la particularité d'épouser non seulement les thèmes de la droite, mais plutôt du FN, alors ça se voit davantage... Le 24 septembre 2013, Mr Valls (expert en micropartis, faut-il le rappeler ?) avait déclaré que les Roms étaient des "populations qui ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation". Il avait ajouté qu'ils avaient vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie, précisant : "J'aide les Français contre ces populations, ces populations contre les Français." Marine Le Pen ne fait pas mieux !

  • Par pierre325 - 04/04/2014 - 10:50 - Signaler un abus la gauche de la gauche aime bien Valls

    Quand celui ci laisse les ultra gauche tout casser dans les villes et agresser a l'envie.

  • Par arcole 34 - 04/04/2014 - 13:27 - Signaler un abus VALLS AURA LE SORT DE ROCARD EN SON TEMPS

    Quand Mitterrand avait appelé au pouvoir son grand ennemi et néanmoins rival en 1989 au poste de premier ministre . Rappelez vous que le gouvernement Rocard avait gouverné dans le chaos et il s'était discrédité avec le plus tonton qui lui savonnait la planche . Ce n'est pas parce que ils faisaient ensemble chaque année l'escalade de la roche de Solutré qu'ils s'aimaient . Valls qui a été Rocardien devrait s'en rappeler et surtout se méfier en raison que son patron ils ont en commun de viser 2017 , alors je pense que cette histoire va se répéter . Hollande va lui faire un coup à la Mitterrand qui était son maitre , il tire sa dernière cartouche et en plus il va discréditer son ennemi et rival politique potentiel qui cerise sur le gâteau est plus populaire que lui dans les sondages . Je suppose que certains et certaines sont en train d'aiguiser leurs longs couteaux sur les rebords des trottoirs . Tant mieux pour l'opposition d'ailleurs qu'ils s'entretuent , cela ne pourra qu'aller dans l'intérêt de notre cher et vieux Pays .

  • Par prochain - 04/04/2014 - 13:42 - Signaler un abus A qui le dites vous? "politique économique plus redistribuive"

    Vous parlez des 6 000 000 chômeurs ou des 6 000 000 fonctionnaires (+ régimes spéciaux)... il serait temps d'appeler un chat un chat Monsieur Le Professeur. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même ... Les demi-vérités, les mensonges ça suffit.

  • Par Grwfsywash - 04/04/2014 - 16:03 - Signaler un abus Typique!

    L'article nous aguiche avec son titre nous promettant un éclaircissement sur ce que c'est que "d'être de gauche". Tout se résume à une non-réponse du Professeur de service, qui nous parle de toutes sortes de choses sans lien pertinent avec le sujet premier. Le Professeur doit lui-même être de gauche… On reste sur l'impression, au demeurant peut-être fausse, qu'être de gauche se définit plus par le rejet que par l'adhésion. Docte foutaise que tout cela!

  • Par jmpbea - 05/04/2014 - 17:43 - Signaler un abus Après avoir lu cet article.....

    Je n'en sais pas plus qu'avant.....de toute façon, il doit faire la politique du Bouffi, c'est à dire attendre et mettre doucement un pied devant l'autre en évitant de regarder autour de lui pour ne pas tomber..

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Laurent Bouvet

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié Le sens du peuple : La gauche, la démocratie, le populisme (2012, Gallimard) et L'insécurité culturelle (2015, Fayard).

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