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Mais au fait, à quoi ressemblerait la France après quelques années si la convergence des luttes avait effectivement lieu ?

Services publics, zone euro, régimes spéciaux, universités... petit panorama d'une France de convergence des luttes.

Panorama

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Mais au fait, à quoi ressemblerait la France après quelques années si la convergence des luttes avait effectivement lieu ?

Atlantico : En imaginant que la convergence des luttes serait en train de s'opérer, comme pourrait le montrer la journée du 19 avril, à quoi ressemblerait la mise en œuvre concrète des différents programmes, revendications, proposées par les cheminots, étudiants ou autres zadistes ?

Philippe Crevel : Maintien du statu quo à la SNCF, augmentation de 6 % des salaires chez Air France, suppression de Parcoursup, appropriation de Notre-Dame-des-Landes par les zadistes, etc., les conflits sociaux révèlent que certains refusent le principe même de réforme, de compétitivité et d’adaptation à la nouvelle donne économique. Ce rejet s’alimente de l’anxiété qui traverse la population. Cette dernière se nourrit des craintes générées par la mondialisation et la digitalisation. Les opposants à Emmanuel Macron entendent arrêter les horloges.

Mettre fin aux progrès tout en profitant de ses bienfaits pourrait le slogan de mai 2018 bien moins poétique que « sous le pavé, la plage ». Les mouvements sociaux sont animés par la volonté de conserver ou de fortifier des acquis en se drapant du concept de plus en plus usé d’intérêt général. Les cheminots se battent soit disant pour leur statut au nom de la défense du service public. La concurrence appelée de ses vœux pour la téléphonie, la grande distribution est récusée quand il s’agit de la SNCF. Les mouvements en cours sont de la cristallisation des contradictions. Les étudiants qui bloquent les universités et Sciences Po s’opposent au système Parcoursup après avoir dénoncé les dysfonctionnements de l’ancien système. Dans les faits, ils rêvent de ressusciter mai 68 mais tout le monde n’a pas le talent de Daniel Cohn Bendit.

Éric Verhaeghe : En l'état, on peut dire qu'il s'agirait essentiellement d'un programme très conservateur. Les étudiants demanderaient de fait le retour au tirage au sort comme méthode de sélection à l'université. Les bénéficiaires de régimes spéciaux ou de monopoles reviendraient à leurs privilèges sans remise en cause de leurs acquis et de leurs certitudes de fonctionnement. Les hôpitaux exigeraient une hausse des cotisations maladie pour être mieux financés. Bref, toute notion de réforme de l'Etat et toute réforme structurelle en général serait abandonnée pour préserver un existant qui dysfonctionne. L'ensemble serait financé par une forte hausse de la pression fiscale. On voit l'effet délétère que cette situation aurait sur la croissance. Là où nos voisins profitent de l'embellie globale pour alléger leurs passifs, la France profiterait de la "cagnotte" pour retourner à ses mauvaises habitudes, qu'elle n'a d'ailleurs pas complètement perdues.

Au plan politique, à quel type de représentation et de gouvernement pourrait-on s'attendre? Comment faire la synthèse des forces politiques? Comment appliquer ces politiques et avec quels moyens financiers, structurels, humains?

Philippe Crevel : Face à La République en Marche, il y a le mouvement des statuquos ou des contradictions. Ils peuvent compter sur les 40 % de Français qui ont, en 2017, au 1er tour de l’élection présidentielle opté pour des candidats souhaitant mettre à bas le paradigme économique. Ces 40 % sont profondément divisé. Entre ceux qui rêvent d’un nouveau 1917 rouge ou d’un nouveau 1793, ceux qui sont nostalgiques d’une France pré-industrielle ou ceux qui veulent dissoudre l’Union européenne, les points en commun sont rares. Certes, il y a toujours l’espoir pour une petite minorité d erefaire le coup des bolchéviques mais ces derniers avaient bénéficié de circonstances exceptionnelles, un régime autocratique finissant, une guerre mal engagée et une crise économique. Par ailleurs, une révolution a besoin de troupes jeunes or, aujourd’hui les plus de 60 ans sont plus nombreux que les moins de 18 ans. Or, j’ai rarement vu des révolutions réalisées par des légions en fauteuil roulant.

Éric Verhaeghe : Il s'agirait d'un mariage entre des carpes et des lapins. On trouverait évidemment la France Insoumise, dont le programme propose une hausse de la fiscalité d'environ 25 points de PIB, et la CGT et autres syndicats protestataires comme SUD. Ce mariage-là est déjà très compliqué à réaliser, car ces deux factions ne s'entendent pas sur tout, loin de là. Mais on trouverait aussi des composantes du Parti Socialiste qui chercheraient à se raccrocher au train, et probablement d'importants éléments du Front National qui sont toujours fâchés avec la concurrence, la réforme, l'Europe, le libre-échange. Cette alliance politique aurait une base parlementaire faible, et une présence syndicale limitée aux éléments les plus protestataires. Elle peinerait incontestablement à dégager une majorité et même une équipe politique réaliste.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 20/04/2018 - 10:52 - Signaler un abus Vent de panique chez les ''Libéraux'' !

    Article pathétique ! Une litanie des arguments les plus éculés, absurdes et mensongers, pour défendre le Libéralisme ! Illustration évidente du véritable vent de panique qui secoue les ''profiteurs du régime'' ! Et oui, messieurs, nous sommes, jusqu'à un certain point, en Démocratie ! Et ce système ne permet pas aux tyrannies d'être éternelles ! Le règne de la la ''doctrine Reagan-Thatcher'' vous a apparemment permis, tout comme à de nombreux abonnés d'Atlantico, d'accumuler un ''joli petit magot''. Mais désormais, le niveau de souffrance d'une large majorité de la population a atteint les limites du supportable. Alors, le mouvement social actuel sera-t-il, enfin, l'étincelle qui mettra le ''feu aux poudre'' ? Ce qui semble certain, c'est que le Changement, c'est pour très bientôt !

  • Par Deudeuche - 20/04/2018 - 13:07 - Signaler un abus @Ganesha

    Il n’y a que la vérité qui blesse, cher bolcho.

  • Par Samuel5517 - 20/04/2018 - 13:12 - Signaler un abus Panique chez les totalitaristes!

    Le camp marxiste-leniniste-trotskiste soit-disant progressiste est devenu celui du refus du progrès et son cousin germain du nationalisme tendance Pétain itou. Le 3ème camp totalitaire islamiste est sur les même bases. Ce qu'ils proposent cad ne rien changer ne peut pas à terme intéresser la majorité de la population. Je suis donc persuadé qu'ils vont perdre et qu'ils sont en train de perdre!

  • Par vangog - 20/04/2018 - 13:42 - Signaler un abus La convergence des brutes, une explosion de haine et de fascisme

    A chaque fois qu’elle est devenue ultra-minoritaire, l’ultra-gauche a réagi de façon fasciste, par la lutte et les explosions de haine. Les plus faciles à manipuler sont mis à contribution de ce fascisme: les étudiants les plus émotifs et les plus déséquilibrés , écolo-réacs, RSAstes drogués, punks-à-chiens, fascistes rouges du syndicalisme extrême...toute la racaille de France et de Navarre converge vers sa petite haine du pouvoir. Vous imaginez si ces groupuscules avaient étés de droite....ils auraient été dissous aussitôt par la justice gauchiste. Mais là, indulgence!...ou complicité...va savoir!

  • Par Henrik Jah - 20/04/2018 - 14:14 - Signaler un abus A quoi ressemblera la France?

    A un pays arabe avec des quartiers riches où il n'y aura que des blancs car que vous le vouliez ou non les gens ne se mélangent quasiment pas et ça c'est pas une opinion c'est un fait incontestable.

  • Par Ganesha - 20/04/2018 - 14:24 - Signaler un abus Une émission télé, ''Arte

    Une émission télé, ''Arte Regards'', se termine à l'instant, vous devriez pouvoir la voir en replay. Elle nous montrait comment à Naples, un taux de chômage des jeunes à 40% pousse de nombreux ''italiens de souche'' à s'engager dans la mafia locale, la Camorra... ou les contraint à émigrer vers le nord du pays. C'est un sujet de polémique vraiment central sur Atlantico : lorsqu'on essaie de vous expliquer que c'est là aussi l'explication de l'islamisation de nos banlieues, et que la situation n'est pas vraiment meilleure en Allemagne ou en Angleterre, qui ont développé le concept de ''travailleur pauvre'', on voit aussitôt apparaître l'un ou l'autre retraité aisé, les yeux injectés de sang, la bave aux lèvres, et qui s'imagine tenir un fusil imaginaire, en hurlant : ''C'est de la pensée Marxiste'' ! Eh oui, pépère ! Et si le Communisme est mort, et ne reviendra pas, ce n'est tout de même pas avec des insultes aussi dérisoires, et aucun autre argument, que tu réussiras à sauvegarder l'intégralité de ton ''petit magot'', au milieu des changements qui s'annoncent !

  • Par MIMINE 95 - 20/04/2018 - 15:04 - Signaler un abus On dirait

    les prophéties de Nostra da nul ... je fuis. Bonne journée !

  • Par moneo - 20/04/2018 - 16:26 - Signaler un abus Bravo

    je n'ai qu'un mot mot merci,je n'aurai pas dit mieux

  • Par zombikiller - 20/04/2018 - 22:36 - Signaler un abus A ganesha et vangog

    Plus ça va et plus je me dis ( je suis abonné de puis au moins 4 ans) que ganesha est vraiment d'une stupidité sans bornes, aigri, beauf etc... et que vangog, que je qualifiais perso de FN canal historique avec des rethotiques dignes des procès staliniens ( formules toutes faites, imagées) a une lucidité et un recul admirables. Si je me remémore toutes ses interventions, elles sont toutes cohérentes, en phase avec la réalité du monde. Bien qu'à priori mon éducation, ma perception du monde fassent que je ne suis pas d'accord avec lui, si j'ouvre les yeux, forçe pour moi est de constater qu'il a souvent raison.. contrairement à ganesha qui se ridiculise de commentaire en commentaire.

  • Par alam - 20/04/2018 - 22:52 - Signaler un abus Atlantico sans Ganesha....

    On s 'ennuierait mais je préfère encore les imitations de Georges Marchais par Laurent Gerra .... Je pense que dans quelque temps, on pourra créer un musée témoignant du passé Marxiste de la France qui amusera les touristes. Y figureront en bonne place, les statues de cire de Martinez et bien sûr de Ganesha et aussi un florilège d ' expressions comme " la convergence des luttes" etc...

  • Par ajm - 21/04/2018 - 16:17 - Signaler un abus Communisme et facisme.

    Les propos de Vangog semblent excessifs mais , en réalité, c'est la triste réalité qui est excessive. Par contre, on ne peut confondre en permanence facisme et communisme même si leur violence et certaines pratiques étatiques d'organisation économique peuvent converger . Les facistes étaient tout de même nationalistes et hostiles au brassage imposé des peuples. Par ailleurs, il y a clairement une plus grande hétérogénéité dans le monde faciste. Peu de choses en commun par exemple entre le Portugal de Salazar et l'Allemagne national-socialiste. Evidemment , on pourrait me répondre que Salazar n'était pas faciste mais simplement un conservateur de droite autoritaire comme Horthy en Hongrie ou Pidulsky en Pologne.

  • Par zelectron - 22/04/2018 - 08:51 - Signaler un abus pour la France :

    VAE VICTIS !

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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