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LR : Laurent Wauquiez, la France et ceux qui veulent y rester

Rien de plus décisif, pour dénoncer une polémique ou fragiliser une conviction, que de s'interroger sur le point de vue inverse. Ainsi il n'aurait pas fallu, dans un tract des Républicains, proclamer : "Pour que la France reste la France"... Mais faut-il dès lors feindre de questionner absurdement : "Pour que la France ne reste pas la France ?"

Pour que la France ne reste pas la France ?

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LR : Laurent Wauquiez, la France et ceux qui veulent y rester

La cause me semble entendue mais avant d'y revenir je souhaiterais m'attarder sur la présidence et la situation de Laurent Wauquiez qui fait l'objet de mille attaques - les pires étant celles de son camp - dont par exemple celle de Jean-François Copé qui lui reproche un exercice solitaire de son pouvoir, ce que Brice Hortefeux a vigoureusement contredit (Le Figaro)

On a bien compris que LW depuis quelques mois est devenu la tête de turc privilégiée de certains médias qui ont besoin de s'acharner à l'encontre d'une personnalité qui à la fois leur déplaît et les dépasse.

J'ai conscience, comme tant d'autres observateurs, que les Républicains stagnent et que LW n'est pas encore parvenu à imprimer non seulement sa marque mais celle du parti dans l'espace public.

Mais il est vrai que ce qui lui incombe relève du tour de force.

On n'a jamais connu une configuration politique où la droite classique était autant prise en étau entre la soie, le velours et l'imperium macroniens - les électeurs de gauche s'en plaignent de plus en plus - et le RN ex-FN dont la moindre idée juste fait peur à la direction de la famille voisine qui craindrait d'être stigmatisée si elle l'adoptait.

A l'évidence LW est désarçonné par la vision d'un paysage qui apparemment ne donne plus de marge de manoeuvre à la droite qui est la sienne et qui a été tout de même largement validée lors de son élection comme président.

Il a tort à mon sens - comme les adversaires de Nadal s'obstinant à jouer sur ses points forts - de s'en prendre au président de la République dans les domaines où ce dernier n'est pas vraiment critiquable. Il devrait plutôt combattre ce qu'il y a encore de gauche chez Emmanuel Macron et qui concerne le champ sociétal et judiciaire. Sur ce plan il aurait les coudées franches et du grain à moudre. Il y aurait de la place pour une opposition intelligente et pugnace.

S'il avait l'intelligence stratégique et l'audace intellectuelle d'un François Mitterrand qui n'ayant pas eu peur du parti communiste a su l'étouffer par l'union, il ne rejetterait pas mécaniquement l'hypothèse d'une union de la droite classique avec la droite extrême. Quand celle-ci sera débarrassée d'une Marine Le Pen qui pour le meilleur - elle a purgé le FN des délires et des provocations historiques - et pour le pire - sa démagogie attrape-tout - a rendu cette union à la fois plausible mais en l'état inconcevable.

Mais faut-il, alors que LW est en proie à des difficultés considérables et qu'on ne peut pas l'imaginer heureux dans cette conjoncture, rajouter de la bile qui revient à peu près à exiger que Laurent Wauquiez ne reste pas Laurent Wauquiez et que la droite se passe du réel ? Tout cela pour s'obtenir les bonnes grâces de ceux qui ne voteront jamais pour elle dans sa pureté et son intégrité ?

Il y a eu déjà il y a quelques semaines le ridicule "pétainiste" de Dominique Bussereau. Les tweets n'autorisent pas, aussi simplets qu'ils soient parfois, à dire n'importe quoi !

 
Commentaires

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  • Par GP13 - 13/06/2018 - 10:47 - Signaler un abus Bravo

    Comme cela fait du bien de lire un texte vigoureux, bien écrit et plein de bon sens.

  • Par padam - 13/06/2018 - 12:26 - Signaler un abus Chapeau bas, monsieur Bilger

    On ne peut que saluer la lucidité du propos et le courage de son auteur

  • Par Orchidee31 - 13/06/2018 - 14:08 - Signaler un abus Je ne suis pas souvent d'accord avec vous

    Mais là, félicitations pour cet article -

  • Par ajm - 13/06/2018 - 15:49 - Signaler un abus Bon sens.

    PB tape dans le mille avec ses propos de bon sens nourris par le réel.

  • Par Atlante13 - 13/06/2018 - 15:50 - Signaler un abus Merci,

    mr Bilger.

  • Par cloette - 13/06/2018 - 19:16 - Signaler un abus Bravo

    bravissimo !

  • Par vangog - 14/06/2018 - 00:09 - Signaler un abus Avoir l’intelligence politique de Mitterrand...

    et accepter une alliance des RN avec les LR?...oui, sauf que le Parti communiste faisait jeu égal avec le Parti socialiste, à l’époque de Mitterrand-l’hypocrite...ce qui lui a permis de phagocyter son allié en deux ans à peine. Aujourd’hui, les LR représentent à peine le quart des électeurs RN...Alors, qui phagocytera l’autre? C’est une crainte de Laurent Wauquiez assez légitime et qu’on peut comprendre...

  • Par mymi - 14/06/2018 - 09:13 - Signaler un abus Bravo Monsieur Bilger

    Excellent article

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Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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