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D'Irak au Pakistan : comment l’Occident est en train de perdre la guerre contre la terreur

Depuis le lendemain du 11 septembre, des moyens considérables ont été déployés pour lutter contre le terrorisme. Mais selon les derniers chiffres, le nombre d'attaques s'est multiplié par dix. La défaite de l'Occident face au phénomène semble imminente...

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Publié le - Mis à jour le 13 Juin 2014
D'Irak au Pakistan : comment l’Occident est en train de perdre la guerre contre la terreur
  • Près de treize ans après le 11 septembre et la réplique américaine par l'invasion de l'Afghanistan, le terrorisme international ne semble pas avoir subi le coup fatal que l'on croyait pourvoir lui porter.
     
  • D'après le média américain Rand Corporation, l'on dénombrait en 2007 vingt-huit formations salafistes-jihadistes comme Al-Qaïda. En 2013 le chiffre double pratiquement pour atteindre 49 groupes du même type. Dans le même temps, le nombre d'attaques par an a pratiquement été multiplié par dix (d'une centaine à près de 950).

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  • En moins de dix ans, le simple budget militaire américain a pourtant été augmenté de 400 à 600 milliards selon les différents décomptes.
     
  • Des résultats qui sonnent comme un désaveu pour l'administration Bush et la sphère néo-conservatrice, bien que l'ère Obama ait aussi connu son lot d'échecs comme en témoigne l'actuelle désintégration de l'état lybien. 

 

Mossoul, deuxième ville d'Irak, bordée de champs pétroliers, est tombée, mardi 10 juin, aux mains de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Mercredi matin, cinq cent mille civils fuyaient la ville, selon l'Organisation internationale pour les migrations. Après le gouvernorat Al –Anbar avec la ville de Falloujah (200 000 habitants 15ème ville d’Irak), mythique pour les Marines américains qui est aux mains des djihadistes qui ont trouvé appui ou neutralité auprès des tribus sunnites écœurées par le  sectarisme du Premier Ministre Maliki, voici Mossoul (2 000 000 habitants-3ème ville d’Irak) qui est aux mains des Djihadistes. Ils contrôlent désormais une zone à cheval sur le Nord Est de la SYRIE et le Nord Ouest de l’Irak.

 

Carte des ethnies du Machrek (Proche-Orient)

 

Cette offensive djihadiste tombe au plus mauvais moment pour le Premier Ministre sortant Al Maliki. Certes sa liste “coalition pour l’Etat de droit” est arrive en tête aux dernières élections législatives de fin  Avril 2014 mais avec 92 députés il a besoin de nouer des alliances pour atteindre la majorité de 165 sièges. Or les deux autres grands partis shiites, la coalition libérale de Moktar Al Sahr (34 députés) et la Coalition des citoyens de Ammar Al Hakimi (27 députés)  ont déclaré être prêts à s’allier avec la coalition de l’Etat de droit pour gouverner à condition que ce parti désigne un autre chef de file que Maliki. Est-ce l’urgence de la  situation militaire nouvelle va infléchir leur position et voter l’Etat d’urgence et les pleins pouvoirs que réclame Maliki.

A-t-il d’autres solutions alternatives ? Une alliance avec les Kurdes qui ont 62 députés[1] n’est réalisable qu’à deux conditions : qu’il cède sur le statut de Mossoul et de Kirkuk et des champs pétroliers qui les entourent. Les Kurdes en revendiquent le contrôle. Et, de plus,  qu’il autorise le Kurdistan à attribuer des concessions et à exporter directement son pétrole via la Turquie sans autorisation préalable de Bagdad. A ce prix politique que Maliki a toujours refusé de payer jusqu’à présent, les peshmergas qui disposent d’une force de plus de 150 000 hommes bien entrainée et équipée sont en mesure de chasser les islamiques des positions qu’ils viennent de conquérir. Ce n’est malheureusement pas le cas de l’Armée irakienne qui  a été dissoute par les américains et a été reconstituée à partir de 2009 en incorporant notamment des milices sans tradition ni valeur militaire. De plus Maliki s’est toujours méfiée  de l’Armée et elle est donc   mal équipée et mal entrainée. 

Jean-Bernard Pinatel

Atlantico : La ville de Mossoul, deuxième agglomération du pays, est récemment tombée dans les mains de l'Etat islamique en Irak et au Levant, organisation d'inspiration djihadiste aussi impliquée sur le front syrien. L'Occident est-il d'une certaine manière en train de perdre la désormais fameuse "guerre contre le terrorisme" ?

Jean-Charles Brisard : Les groupes terroristes exploitent la faiblesse des gouvernements centraux sur leur territoire pour s’y implanter durablement, cela n'a rien de nouveau. Hier, Al Qaeda a su tirer profit de pouvoirs en déliquescence en Somalie, au Yémen ou en Afghanistan. Ce qui est radicalement différent dans le contexte actuel tient au fait que les Etats concernés ont une importance stratégique dans leur contexte régional, qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Irak ou du Pakistan. L’impact stratégique est important pour l’Occident, mais il l’est tout autant sinon plus pour la stabilité de ces régions. A la question de savoir si nous sommes en train de perdre une bataille en Irak dans la lutte contre le terrorisme, la réponse est oui, d’autant qu’il faut se souvenir qu’aucun groupe djihadiste n’était actif en Irak avant l’invasion américaine de 2003, et que par la suite le gouvernement irakien s’est montré incapable d’endiguer la vague terroriste.

Au-delà de ce constat, ce qui se joue en Irak avec l’avancée de l’EIIL aura des conséquences majeures sur la géopolitique et le leadership djihadistes. L’EIIL devient un acteur central sur la scène djihadiste mondiale, au point même de surpasser Al Qaida par ses capacités militaires et financières, sans parler de sa capacité de mobilisation. La situation actuelle, avec le déplacement de l’épicentre du djihad mondial de la zone afghano-pakistanaise vers la zone syro-irakienne, le désaveu par Al Qaida de l’EIIL et l’impuissance des Etats régionaux et occidentaux, préfigure une recomposition du paysage djihadiste sans précédent depuis 30 ans.

Jean-Bernard Pinatel : Les djihadistes contrôlent aujourd’hui en Irak toutes les zones à  forte implantation sunnite  qui sont situées essentiellement à l’Ouest de l’Irak, créant un continuum avec le Nord Syrien où ils règnent aussi par la terreur. Mais aujourd’hui ils ont atteint le point ultime de leur conquête. Et ils ne pourront pas conserver ces zones bien longtemps soit du fait de l’alliance de Maliki avec les Kurdes qui serait une solution irakienne et dont la mise en œuvre peut être rapide soit à moyen terme du fait de l’intervention des Turcs et des Iraniens qui ne peuvent accepter de voir se constituer à leurs frontières un nouveau sanctuaire djihadiste. Notons que si l’Arabie Saoudite et le Qatar, les Etats-Unis, voire la France de François Hollande ne les avaient pas aidés à fonds perdus en Syrie en croyant pouvoir les utiliser pour atteindre leurs objectifs stratégiques on n’en serait pas là. Mais les terroristes se sont émancipés de la tutelle de leurs sponsors grâce à des trafics de tout ordre dont la contrebande du pétrole extrait des champs pétroliers de Syrie qu’ils contrôlent. Au final ce sont toujours les populations civiles qui sont les victimes des erreurs de jugement de leurs dirigeants au Moyen-Orient aujourd’hui et demain en Europe.
 
Commentaires

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  • Par vangog - 12/06/2014 - 08:00 - Signaler un abus Et pendant ce temps...les benêts gauchistes

    qui nous gouvernent diminuent, heureux et contraints, les budgets de l'armée, organisent nos prisons en centre d'enrôlement Djihadistes, permettent à nos associations caritatives de financer le djihâd et d'inflltrer des combattants, paient pour les otages du djihâd, nous imposent des diplomates faibles et sans convictions nationales... En bref, les Français méritent leur destin pourri! La prochaine fois, ils voteront mieux...peut-être!

  • Par winnie - 12/06/2014 - 08:08 - Signaler un abus Malheureusement

    Seuls des dictateurs etaient capable de lutter contre ce cancer qu est l islam radical,et l equilibre du monde etait preserver,ainsi que la laicite dans ces etats, mais nous autres qui voulons inqulquer nos droits de l homme gauchistes a la terre entiere, avons deboulonner tous ces regimes et cela nous revient en pleine figure avec en plus des millions d immigres qui nous apportent leur cortege de " valeurs " auquelles nos gouvernement veulent que nous nous plions.

  • Par tubixray - 12/06/2014 - 08:59 - Signaler un abus assez parlé de géopolitique

    Notre pays est menacé par ce fléau, c'est de l'intérieur qu'il nous faut nous protéger et ce n'est surement pas notre ministre de la justice d'estrade qui va s'en charger ....

  • Par Benvoyons - 12/06/2014 - 10:15 - Signaler un abus Avant d'être contre l'occident l'Islamisme qui représente 25%

    de la population Musulmane, n'est qu'une guerre religieuse entre Chiites et Sunnites et autres groupes religieux de l'Islam. Malheureusement pour l'Occident intervenir directement dans cette fourmilière est contre productif et a donc ouvert une voie de rassemblement des différents acteurs. L'occident ne doit pas intervenir directement mais utiliser (comme l'a fait le Roi Fayçal d'Arabie au temps de Lawrence en utilisant les Anglais pour assoir son pouvoir) et donc aider les différents protagonistes suivant leurs puissances localement. Comme en Syrie. C'est vrai que cela fait beaucoup de mort mais malheureusement il n'y a que comme cela que ces guerres de religions islamiques ne pourront s'éteindre. Autre exemple: Il faut utiliser la méthode de Red Adder. En effet pour éteindre un puits de pétrole en feu et bien il faut utiliser la méthode Red Adder. C'est à dire il faut mettre des charges d'explosifs très importantes sur le Feu. Mais bien évidemment en étant à distance.

  • Par ISABLEUE - 12/06/2014 - 10:49 - Signaler un abus pas de quartier.

    Il faut envoyer des avions et vitrifier tous ces abrutis.

  • Par Lna - 12/06/2014 - 12:29 - Signaler un abus Une question, en général, sur les titres choisis pour les articl

    Il faut appeler un chat, un chat certes. Mais, la plupart du temps, les titres choisis pour vos articles entretiennent (à dessein ?) un climat de peur déjà trop présent dans cette société, et plus largement les sociétés occidentales. Vous devez pourtant savoir que la peur paralyse et qu'elle est, en autres choses, une source de problèmes dans ce pays.

  • Par ISABLEUE - 12/06/2014 - 14:04 - Signaler un abus Lna

    Je ne suis pas d'accord avec vous. Pourquoi cacher des choses ? Vous êtes pourtant d'accord pour appeler un chat un chat. Je pense que les Européens savent maintenant ce qu'il en est exactement sur ce sujet. Pourquoi jouer aux autruches ... et je ne crois pas , mais alors pas du tout que les Européens aient peur.... mais alors pas du tout.

  • Par adroitetoutemaintenant - 12/06/2014 - 15:56 - Signaler un abus La cour de récréation et Bush

    Imaginez la cour de récréation d'une école primaire. Laissez-les faire ce qu'ils veulent sans surveillance. En très peu de temps, les plus forts contrôleront les autres et en particulier les filles. Maintenant mettez-les dans des corps d'adultes et la barbarie commence. Quand Bush est parti, il a laissé derrière lui une cour de récréation plutôt bien contrôlée où les conflits avaient largement diminué grâce à sa politique très simple de "le premier qui bouge se prend une claque". Bush a été remplacé par un des mômes de la cour de récré et la pagaille à recommencée. CQFD

  • Par von straffenberg - 12/06/2014 - 16:03 - Signaler un abus Poutine un allié indispensable

    Bonjour comme je l'ai écrit plusieurs fois sur ce site il est grand temps que la diplomatie française se réveille et fasse tout , je dis bien tout pour traiter Poutine en grand chef d'état et surtout fortifier nos alliances avec ce pays .En dehors de nos relations anciennes il est le seul à pouvoir protéger l 'Europe rapidement en cas de conflit (et faire pression sur l'Iran) généralisé au proche orient ;Ceci ne veut pas dire qu'il faut se fâcher avec Obama .

  • Par ISABLEUE - 12/06/2014 - 17:02 - Signaler un abus Poutine

    oui, il est indispensable. C'est l'homme fort du moment.

  • Par MEPHISTO - 12/06/2014 - 20:24 - Signaler un abus Le manque de courage des pays occidentaux

    L ' IRAK a été envahie , sous prétexte d ' armement de destruction massive qui n ' existait plus ou n' avait jamais existé , et occupée pendant plus de 10 années. les forces armées AMERICAINES se sont retirées, de même pour l ' armée FRANCAISE qui a quiité l ' AFGHANISTAN . le terrorisme islamique ,malgré la perte de son " guide suprême OUSSAMA BEN LADEN , a t- il été éradiqué ? absolument pas. la nébuleuse AL QAÏDA et les groupuscules salafistes sévissent toujours du fait du manque de détermination ,de " la faiblesse de nos dirigeants occidentaux " et de conseil de sécurité de l ' ONU ; ils se sont propagés en LYBIE , au MALI , au NIGER , au NIGERIA , au SOUDAN ... pour lutter contre ces barbares , il faut des lois internationales d 'exceptions qui ne sont pas appliquables dans les démocraties. il faut être plus radical qu 'ils ne le sont parce que s'est ainsi qu 'on pourra anéantir " toutes les structures de soutien à leur cause " à défaut de les anéantir. la liberté , quelqu' en soit le prix , doit toujours l 'emporter sur " l ' obscurité "

  • Par Ex abrupto - 13/06/2014 - 12:48 - Signaler un abus C'est pourquoi

    apres avoir raté l'utilisation correcte du dictateur vaguement laique Saddam hussein en le chassant , on ré itère le ratage en ne soutenant pas bachar el assad+poutine+l'iran. Et celà fait des années qu'on le sait; mais quand l'idéologisation bien pensante fait que Fabius soutient (avant de se "dégonfler") un soutien (avec obama) des "rebelles" en refusant de reconnaitre qu'ils sont djihadistes.......

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Jean-Bernard Pinatel

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.

Il est l'auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

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Jean-Charles Brisard

Jean-Charles Brisard est spécialiste du terrorisme et ancien enquêteur en chef pour les familles de victimes des attentats du 11 septembre 2001.

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Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de  Questions internationales en fiches (Ellipses, 2013 (deuxième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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