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Quand le FN est au pouvoir...
quel bilan ?

Si le Front national peine à obtenir des élus à l'échelle nationale, il dispose cependant de représentants locaux. Ces hommes et ces femmes offrent un exemple de ce que pourrait proposer le parti de Marine Le Pen s'il accédait au pouvoir.

Bilan frontiste

Publié le

Atlantico : Le premier tour des législatives a posé le Front National comme le troisième parti de France. Marine Le Pen affiche sa volonté de ne pas rester dans l'opposition et de gouverner un jour le pays. Mais comment se sont déroulées les quelques expériences qui ont permis au FN d'accéder à un pouvoir local ?

Dominique Sistach : Sans refaire l'historique complet de l'arrivée au pouvoir du parti frontiste depuis 1983, on peut résumer son parcours en deux années majeures : 1995 et 1997. Celles-ci ont vu les élections successives de dirigeants frontistes dans les villes d'Orange, Marignane, Toulon et Vitrolles.

Il faut distinguer deux types de gestion : Orange et Marignane ont connu une gestion conservatrice de droite classique avec Jacques Bompard et Daniel Simonpieri. Tandis qu'à Vitrolles (époux Mégret) et à Toulon (Jean-Marie le Chevalier), la gestion a été plus idéologique et engagée. Vitrolles a ainsi été débaptisée pour devenir Vitrolles-en-Provence et des rues ont changé de nom (la rue principale porta le nom de Jean-Pierre Stirbois, l'ancien conseiller municipal et élu frontiste). Les Mégret ont également pris des décisions relatives à l'idéologie du Front national, comme la mesure de prime d'aide sociale pour les enfants nés de parents européens. On reconnaît là la marque de fabrique du parti : la préférence nationale. Soulignons que le Tribunal administratif de Marseille avait annulé ces mesures, jugées illégales car elles rompaient le principe d'égalité.

Puisque la préférence nationale fait partie du programme frontiste, n'est-il pas logique qu'ils l'appliquent une fois arrivés au pouvoir ?

Cela à sans doute quelque chose de logique, mais Orange, Marignane ou Toulon ne sont jamais allés jusque là. Si ces quatre villes avaient mené de pareilles politiques, on pourrait croire à une forme de cohérence, à un discours centralisé autour des ordres du Front national, mais cela n'a pas été le cas. La ville d'Orange avait par exemple une gestion publique de la ville plutôt mesurée. Il est donc notable qu'il y eut une diversité de comportements au sein des gestions locales des différentes municipalités gérées par le FN.

On retrouve toutefois des grands classiques communs au sein de toutes les collectivités dirigées par le FN. Par exemple, une politique sécuritaire, des policiers municipaux plus importants que la moyenne ou un certain folklorisme dans la politique de la culture (c'est-à-dire qu'ils ont mis en avant le patrimoine régional et non français de ces communes).     

Il y a aussi le versant noir de ces politiques de gestion. Ce que Daniel Simonpieri appelait "la guerre aux subventions mal employées", c'est à dire le changement d'orientation de leurs politiques de dotation, notamment vis à vis des associations. Enfin, à Vitrolles, une politique des ressources humaines arbitraire fut sanctionnée par de nombreuses poursuites (les limogeages d'agents administratifs furent condamnées devant le Tribunal administratif de Marseille). 

Et les électeurs ? Ont-ils sanctionné ou réélu les dirigeants frontistes ? 

L'épisode frontiste des années 1995-1997 a été relativement court, et c'est finalement mal passé. Beaucoup des dirigeants du FN seront battus, voire démissionnaires pour des raisons judiciaires, comme les époux Mégret à Vitrolles. Ils connurent également des difficultés avec leur propre parti et l'ont ainsi quitté pour d'autres formations politiques. 

Cette gestion locale, d'un point de vue purement politique, s'est donc passée non seulement mal dans les urnes, mais aussi face aux juges et au parti. Globalement, on peut donc dire que le Front national a fait preuve d'indigence dans sa gestion politique.

Ainsi les gestions communales ont été très mal perçues par l'électorat, qui l'a fait payé à ceux qui ont pu se représenter. Le seul qui s'en sort, c'est Jacques Bompard, en sachant que c'est celui qui a pratiqué la gestion communale la plus ordinaire. C'est également celui qui fait le plus "figure", sur le plan de la représentation politique et sociologique, de notable local. Il disposait d'une réelle stature.

Comment expliquer le fait que tous ces élus frontistes aient connu des soucis avec leur propre parti ?        

Le Front national connaît un vrai succès dans les années 1990. Celui-ci est incarné par sa figure de proue, Jean-Marie Le Pen qui a très mal vécu les succès des uns et des autres. Par exemple, il en a tellement voulu à Yann Piat, seule parlementaire du FN réélue en 1988 que leur relation restera à couteaux tirés jusqu'à son exclusion du parti en octobre 1988. Jean-Marie Le Pen a tellement personnalisé le parti qu'il a vécu comme un danger toute autre réussite que la sienne.

 
Commentaires

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  • Par Alex de M. - 13/06/2012 - 07:34 - Signaler un abus Tendancieux

    Tendancieux de faire l'impasse sur l'excellente gestion financière des collectivités gérés par le FN ou des ex-FN... Si la France avait été gérée de la même façon, elle aurait encore son triple A et regarderait probablement l'Allemagne de haut. Lire le fait que, contrairement à toutes les prévisions des "spécialistes" auto proclamés, toutes ces villes ont globalement connu un apaisement de la vie locale, comme un manque de cohérence des élus, est comment dire un peu... Extrême ?

  • Par laurentso - 13/06/2012 - 09:32 - Signaler un abus Tiens, enfin un article

    hostile au FN sur Atlantico... le deuxième en un an ! Mais il est bon de rappeler sur quelles bases idéologiques ces vermines du FN ont posé leurs choix, ces vingt dernières années. Jusqu'à interdire des livres (à Marignane, Orange) qui n'étaient pas dans la ligne pétainiste. Et à Toulon, les habitants n'ont pas fini de payer les gabegies financières de l'ancien maire, notamment celles liées à une sombre histoire de tramway.

  • Par brice - 13/06/2012 - 09:43 - Signaler un abus Si l'ump ou le ps avait été au pouvoir

    la France aurait été gérée avec probité et sérieux et ne serait pas endettée jusqu'au cou. Le peuple français vivrait en harmonie, sans communautarisme, sans violence et aurait une certaine estime de ses gouvernants. Non, je rigole!

  • Par la licorne - 13/06/2012 - 10:22 - Signaler un abus Article à peu près objectif, du moins autant qu'il est permis

    Comment peut-on juger l'action d'un petit nombre d'élus locaux quand il a contre lui le Pouvoir Total et que les mesures qu'il prend et pour lesquelles ont voté les électeurs sont régulièrement frappés d'interdit par les Tribunaux. Oui, ils ont eu raison de couper les vivres aux assoces de l'Anti France du moins leurs électeurs le voulaient. En filigrane il ressort que seuls les élus du FN appartenant - sans s'en vanter- à certaines "obédiences" peuvent agir un peu dans le sens pour lequel ils ont été élus..... Et qu'en définitive le suffrage universel est encore contourné par les Notables...

  • Par LudoBan - 13/06/2012 - 11:35 - Signaler un abus Comparer vraiment...

    Oui, débaptiser les rues ne se voit pas ailleurs en France, certainement pas à Paris, comme subventionner certaines crèches communautaristes reposant sur des principes confessionnels n'est pas non plus une rupture du principe d'égalité... Et Alex de M rappelle a raison le désendettement important des villes sous la gestion FN et apparentés...Orange et Bollène font désormais partie des villes les moins endettées du Vaucluse, à capacité d'investissement restée égale. Pour Toulon la même chose a été entamée. Avant que laurentso se récrie, je ne fais que citer le rapport de la Chambre Régionale des Comptes : http://www.ccomptes.fr/fr/Publications/Publications/Commune-Toulon-Var Embêtant ces institutions indépendantes... Et pour les livres oui, bien sûr, la vermine n'a pas aussi donné dans l'autodafé ? Dans l'exil des auteurs peut-être ? La ligne pétainiste... Essayez de demander un ouvrage de Raymond Aaron à Nanterre par exemple.

  • Par laurentso - 13/06/2012 - 12:48 - Signaler un abus Vous rigolez ?

    La Chambre régionale des comptes pointe la "fragilité" des comptes de Toulon jusqu'en 2005, la ville ne s'en sortant que par un gel de tout investissement public ! Falco a mis longtemps à sortir la ville de l'eau, financièrement parlant. Quant à cette histoire de Raymond Aron à Nanterre, je ne vois pas de quoi vous parlez, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait y pas lire des ouvrages de ce philosophe reconnu de tous.

  • Par fpfp - 13/06/2012 - 14:16 - Signaler un abus bruno megret

    article tres poilitiquement correct.en effet il me semble que le couple megret a été réélu et qu'il y avait un fort soutien des votants puisque le "front anti-fn"partait de l ump au pc..... ce qui en dit long sur le divrce des electeurs..... dautre part il est malhn)onnete de ne pas parler de toutes les subventions qui ont étét coupées ds l'instant ou megret est passé alors que tous les incapables qui ont gouverné la mairie beneficiaient de millions deversés..... merci encore pour la neutralité !!!

  • Par LudoBan - 13/06/2012 - 14:46 - Signaler un abus Lecture partielle et partiale...

    Le rapport de la chambre régionale des comptes n'est pas exempt de critiques, c'est évident : par exemple certaines pratiques anciennes – des avantages sociaux remontant aux années cinquante – ont perduré et l’absentéisme est resté à un niveau élevé. Mais l’encours de la dette par habitant a diminué, passant de 1491€ à 1382€ de 1997 à 2000. La capacité d’autofinancement disponible a également augmenté. On fait pire dans le genre dégradation de la situation, genre Clichy-sous-Bois mise sous tutelle vu la dégradation des comptes. Quant à Nanterre, je parle de la difficulté à trouver des ouvrages écrits par des auteurs qualifiés "de droite" dans les bibliothèques municipales.

  • Par Benji4 - 13/06/2012 - 15:53 - Signaler un abus La gestion FN au quotidien c'était...

    J'ai été embauché dans l'une de ces villes. Le recruteur FN voulait un professionnel et non un militant (ouf !), il m'avait précisé que la gestion de cette ville devait être la vitrine du FN. Le constat est bien décevant. Au delà de l'idéologie politique, j'ai vu le manque de cadre FN, l'incompétence des élus et des employés FN, l'absence totale de vision à moyen et long terme, des élus racistes et abjectes et d'autres très humains, le manque d'implication du maire etc....Bref un échec total, d'ailleurs sur ces 4 villes le FN a disparu. Le FN doit exister car c'est le jeu de la démocratie mais il ne résoudra JAMAIS RIEN.

  • Par cednono - 13/06/2012 - 16:19 - Signaler un abus Pour être complet

    il faudrait signaler les attitudes des différentes collectivités locales (conseil général en tête) qui ont toujours tout fait pour mettre des bâtons dans les roues des municipalités FN. Je ne dis pas que le FN aurait été bon, mais en tout cas pas pire que beaucoup d'autres.

  • Par Diego - 13/06/2012 - 21:25 - Signaler un abus charge contre le FN

    Article complètement à charge contre le FN. Je souhaiterai que l'auteur fasse un article sur la gestion de certaines villes communistes. J'ai vécu à une époque lointaine à Blanc Mesnil 93 et je peux vous dire que ce que dénonce l'auteur est une rigolade à coté de la gestion des cocos. Laurentso le socialo est bien sûr content, tant qu'on ne parle pas de Guerini et consorts.

  • Par René - 14/06/2012 - 00:45 - Signaler un abus Impossible....

    de diriger une ville quand vous avez tout l'appareil administratif de l'Etat contre vous... Alors pour rire un peu et pour les jeunes qui n'ont pas connu ça tappez sur Google.par ex. Affaire URBA...Sang contaminé...Jean edern Hallier.. René Lucet... etc..etc..etc.. Vous voulez en savoir plus sur les 26 ans de Mrs Chirac-Mitterrand...Lisez les livres de Jean MONTALDO. Je ne veux pas excuser ceux qui n'ont pas fait leur travail correctement au F.N. Mais ce sont des "SAINTS" à coté de l'Oligarchie R.P.R.-P.S (-l'U.M.P.S.-Une véritable honte pour la France.)

  • Par maxx_paris - 14/06/2012 - 12:42 - Signaler un abus un peu engagé comme article ...

    Un peu orienté comme article monsieur Sistach. Comment être vraiment indépendant de pensée quand on est doublement rémunéré par l'etat (maitre de conf + chercheur) : celà me parait difficile! On comprend d'ailleurs mieux l'esprit de l'auteur qui se dit aussi "politologue" (un veritable multi-cartes) en regardant "Entretien avec Dominique Sistach" sur Dailymotion.

  • Par Tuffgong - 14/06/2012 - 12:51 - Signaler un abus Un parti de bras cassés

    Un parti de bras cassés incapable de diriger. Une équipe de bas du front tout juste bon à aboyer mais inaptes au pouvoir. Des menteurs qui promettent tout et n'importe quoi aux petits cerveaux qui les écoutent. Des propositions electorales intenables, tellement elles sont anti-républicaine. Le F.Haine a eu très très peu de pouvoir mais une proportion incroyable d'échecs ou de démêlés avec la justice. Bref un parti de voyous qui abusent les esprits faibles en leur promettant la lune. Heureusement, cette bande de crétins n'aura JAMAIS le pouvoir.

  • Par Tuffgong - 14/06/2012 - 12:51 - Signaler un abus CORDON SANITAIRE

    CORDON SANITAIRE

  • Par Stéphane - 14/06/2012 - 18:20 - Signaler un abus Sans me faire l'avocat du

    Sans me faire l'avocat du diable l'article me semble un "peu" à charge...

  • Par Diego - 14/06/2012 - 18:39 - Signaler un abus @tufong

    Si le FN est un parti de" petits cerveaux" Je suis surpris que Tufong n'en soit pas un cadre dirigeant.... Parce qu'à lire les conneries qu'il débite sur ce site, on peut s'interroger

  • Par Carcajou - 15/06/2012 - 09:07 - Signaler un abus De tous les bords

    @laurentso - 13/06/2012 - 09:32 Un peu comme les citoyens d'Angoulême avec le bon Boucheron dont la gestion calamiteuse n'a pas empêché le probe Hernu de déplacer un régiment vers cette ville où le quartier était entièrement à rénover alors que celui de la garnison d'origine venait d'être entièrement réhabilité et équipé d'un stand de tir couvert dernier cri. Boucheron, le mec qui a rejoint Médecin en Amérique du sud. Rajoutez à cela le Nord-Pas de Calais, les Bouches du Rhône ou les élus RPR de Lyon à une autre époque et autres amusantes facéties et vous conviendrez, si vous êtes un brin honnête, que les malversations ou la cupidité ne sont pas l'apanage d'un parti. Il semble que les magouilles des Bouches du Rhône et celles du Pas-de Calais aient été assez bien connues des dirigeants du PS lorsque le Premier Secrétaire s'appelait Hollande François. Mais alors, les édiles peu scrupuleux ou mauvais gestionnaires appartiendraient donc à tous les bords? Triste, mais humaine constatation.

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Dominique Sistach

Dominique Sistach est maître de conférences à l'Université de Perpignan Via Domitia, chercheur au CDED/CERTAP (EA n° 4216 UPVD)/MIGRINTER (UMR 6588 CNRS Poitiers).

Il a dirigé l'ouvrage Discrimination et Modernité (PUP / 2007) et participé à l'ouvrage Le Front national au regard du droit  (Editions du Septentrion, 2001).

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