Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 19 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les chiffres du baccalauréat 2016, symboles du déclin impérial français

Il paraît que 80% des candidats ont eu le baccalauréat du premier coup. Certains l'ont même remporté avec la brillante moyenne de 21,22 (record battu!) sur 20. La France se rassure! ça va mieux! les traditions sont respectées et les objectifs du plan éducatif quinquennal sont dépassés! L'espèce de communisme éducatif français est au bord de l'effondrement type Union Soviétique des années 80, mais le Parti produit des statistiques qui promettent une longue vie au système.

0/20

Publié le
Les chiffres du baccalauréat 2016, symboles du déclin impérial français

Les quelques mensonges de la propagande officielle

L'intérêt d'un bon taux de réussite au baccalauréat est de faire plaisir aux familles dont un membre passe l'examen. Ce faisant, c'est l'arbre qui cache la forêt. Il permet d'oublier d'un seul coup la terrible baisse de niveau qui frappe le système dans sa globalité, avec des pans entiers de l'orthographe et de la conjugaison qui s'effondrent comme des icebergs frappés par le changement climatique.

Foin des contre-performances françaises au classement PISA! Foin de la scandaleuse sélection sociale qui transforme chaque année un peu plus l'Education Nationale en ascenseur descendant pour les pauvres et leurs enfants.

Et bien sûr, personne ne prend soin de rappeler que les progressions d'une classe d'âge au baccalauréat tiennent d'abord à la filière professionnelle, qui a porté l'essentiel de l'effort de massification scolaire depuis vingt ans.

Les mauvaises langues se souviendront que si le pourcentage de bacheliers dans une classe d'âge a quasiment quadruplé depuis 1970, il a simplement doublé pour le baccalauréat général.

Les tares profondes du baccalauréat

Au-delà de ces problèmes franco-français, le système éducatif n'ose pas dire la vérité aux Français.

Premier point: le baccalauréat de 2016 ressemble furieusement à celui des années 1800, au moment de son invention sous le Premier Empire. Toujours du papier et de la plume d'oie. Toujours des dissertations, des compositions, des exercices individuels. D'une certaine façon, le baccalauréat n'a pas pris une ride.

Le problème est qu'autour de lui, tout a changé. L'introduction d'Internet a définitivement ringardisé le stylo et le papier. L'accès permanent à une bibliothèque de Babel sur Internet a profondément changé le savoir et ses formes. Mais... l'Education Nationale française est toujours incapable de proposer à ses élèves de composer leurs examens sur Internet.

Deuxième point: le baccalauréat reste une affaire d'artisanat et d'inégalités de traitement. Une même copie sera notée très différemment selon le correcteur, sans aucune possibilité de recours pour les élèves. Pourquoi un tel sera-t-il évalué à 7/20 par un jury, et 14/20 par un autre? Mystère, et la machine entend bien le préserver. Personne ne semble décider à briser la solitude et l'arbitraire de l'enseignant devant sa copie.

Troisième point: la forme même de l'examen relève de l'amateurisme. Non seulement les sujets sont majoritairement choisis sans aucune règle carrée ni professionnalisée, mais la forme même de la dissertation, du commentaire, de la composition, sont considérées comme des données brutes dont nos pédantesques pédagogues seraient bien incapables de prouver le bien-fondé.

Le triomphe si prévisible des Anglo-Saxons

Face à cette légèreté, cette espèce d'arrogance teintée d'un profond amateurisme, le système anglo-saxon aligne les performances.

L'utilisation quasi-généralisée du questionnaire à choix multiples flatte probablement moins la fatuité française en donnant à chaque bachelier le sentiment (assez réaliste au demeurant) qu'il peut concurrencer Bernard-Henri Lévy sur le terrain de la pensée. Mais cette forme d'examen, utilisée dans les enquêtes PISA, permet de tester efficacement les capacités de lecture, de compréhension, d'analyse, des candidats.

Le QCM a d'autres avantages. Sa correction est normée, égalitaire, objective. Sa formulation est professionnalisée, grâce à des études docimologiques poussées qui manquent cruellement à la France.

Bref, l'examen anglo-saxon brille par son professionnalisme là où le baccalauréat brille par son amateurisme et son triomphe de la bidouille.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Anguerrand - 07/07/2016 - 11:40 - Signaler un abus À quand les 100% de réussite ?

    Plus le niveau est bas, plus il y a de bacheliers, c'est pas formidable ! Les grèves étudiantes n'auraient donc eu aucune influence sur les résultats. On peut déjà parier apres les oraux un taux de réussite de 'au moins 90%.

  • Par attila - 07/07/2016 - 11:46 - Signaler un abus Dernièrement

    je regardais des jeunes réviser dans les arrières salles de bistrot, écouteurs , TV allumée et se marrant !! je suis d'accord pour 110% de réussite ! merci à l' éducation nationale pour ces excellents résultats !!

  • Par attila - 07/07/2016 - 11:55 - Signaler un abus Ce qui est certain :

    la paix sociale est assurée pour 02 mois !!!! un grand merci !!!

  • Par Alain Proviste - 07/07/2016 - 12:26 - Signaler un abus Les mentions...

    ...sont ainsi devenus très répandues, dans des proportions qui n'ont rien à voir avec ce qui en était il y a 30 ans par exemple et il n'est pas certain que ce soit dû à une hausse du niveau :(.

  • Par zeliclic - 07/07/2016 - 15:35 - Signaler un abus Bac 2020 : 101,5% de réussite ...

    Une nouvelle règle permet désormais d'être bachelier automatiquement 1 an après son 3ème échec, sans présenter l'examen :-)

  • Par Marie-E - 07/07/2016 - 21:21 - Signaler un abus je voulais dire à Attila

    que dans les années 70, je passais beaucoup de temps dans les bistrots (on buvait un ou 2 cafés dans l'après midi) et on révisait. Chez moi, je révisais en écoutant la radio. J'ai eu une mention bien à mon bac en 73 et j'ai eu une mention Bien également en maîtrise de droit des affaires en 77. Comme quoi ce n'est pas forcément lié. D'ailleurs aujourd'hui dans mon travail, quand nous sommes en open space et qu'il y a du bruit, cela ne me dérange pas et je peux m'isoler sans problème. Par contre je ne comprends pas les notes qui sont données. Je me souviens qu'en histoire contemporaineoù j'étais tombée sur le sujet la montée du nazisme, le profession m'avais attribué l

  • Par Marie-E - 07/07/2016 - 21:23 - Signaler un abus suite

    le professeur m'avait attribué 19 en me disant qu'il ne pouvait pas me donner plus car sinon j'aurais dû prendre sa place, ce qui m'avait bien fait rire. Mais que les bacheliers aient un taux de réussite de près de 80% du premier coup m'interpelle quelque peu.

  • Par vangog - 07/07/2016 - 21:45 - Signaler un abus La dernière éducation nationale socialiste...

    au monde! dogmatisme et incompétence réunis, un véritable concentré des erreurs de l'union soviétique, ...la féminisation de l'EN a coïncidé avec l'accentuation de sa médiocrité, la perte de l'autorité et de la transmission des valeurs ( plutôt dévolues aux hommes, Wouah! Wouah!). Il faudra attendre les patriotes pour rétablir les savoirs fondamentaux, l'autorité, et désintoxiquer l'EN de son ideologie passéiste et malfaisante...courage!

  • Par JG - 07/07/2016 - 23:56 - Signaler un abus Assez d'accord sur le niveau du bac mais pas du tout

    sur les QCM qui ne permettent absolument pas de tester l'expression écrite, sauf si vous estimez plus important de savoir dialoguer avec un ordinateur qu'avec un être humain. Je trouve les QCM (et j'en ai subi une collection pour avoir passé les concours de médecine...) d'une bêtise insondable car ils nient complètement les capacités de raisonnement et dans le pire des cas, cherchent la petite bête ...pour sélectionner tout simplement.... Un petit exemple pour vous donner une idée : quelle est la taille du tunnel crée dans la peau par le parasite de la gale ? avec 3 ou 4 chiffres au choix... Non mais franchement, vous croyez que pour soigner une gale, on doit connaître au 1/10 de mm ce genre d'ineptie (allez je vous le dis : 0,4 mm...ça m'a tellement marqué ce genre de conneries....) Voilà pourquoi Mr Verhaegue, si je suis d'accord avec vous pour déplorer la baisse de niveau, je reste frontalement opposé à la généralisation des QCM mais puisque vous y tenez tant que cela, proposez moi quelques QCM de philo ... ou montrez moi comment analyser un poème de Rimbaud avec des QCM....chiche !!

  • Par C3H5.NO3.3 - 08/07/2016 - 00:00 - Signaler un abus @JG

    Voilà votre réponse : http://palf.free.fr/testpoesie/poesie.htm

  • Par C3H5.NO3.3 - 08/07/2016 - 00:03 - Signaler un abus @ JG bis

    Bon, c'était juste pour le chiche ! Je suis assez d'accord avec vous, dans les QCM on cherche souvent la petite bête, et en modifiant les règles d'attributions de points on peut facilement manipuler une série de notes pour éliminer 80% d'un échantillon d'élèves, ou au contraire faire réussir la plupart.

  • Par cremone - 08/07/2016 - 00:21 - Signaler un abus confusion

    Éric Verhaeghe confond l'EdNat avec une entreprise. L'instruction (à laquelle l'école devrait pourvoir, et devrait être capable de pourvoir) n'est pas une formation professionnelle, et ne doit viser aucune rentabilité. Elle doit se limiter à la transmission du savoir (ce qui serait déjà un miracle si elle y arrivait) et à la confrontation avec les oeuvres classiques et modernes. Les nouvelles technologies ne remplacent pas les maîtres. Les problèmes de l'école en France ne sont pas d'ordre matériel, ils proviennent de l'abdication de toute forme d'autorité, parentale, professorale, face aux enfants; l'école a été transformée en salle de patronnage, avec pour mission de faire en sorte que l'enfant ne s'ennuie jamais, et n'ai jamais aucun effort à fournir. Nos futurs médecins seront sortis de ces écoles. espérons que l'enseignement dans les facs de médecine ne subira pas la même dégradation que celui de l'école, du CP à la Terminale, et restera assez exigeant pour que ceux qui décrocheront leur diplôme l'aient vraiment mérité.

  • Par Deudeuche - 09/07/2016 - 08:36 - Signaler un abus 100%

    puis le bac est supprimé, logique non? Ensuite différents examens pour différentes études, ou différents seuils de moyenne au lycée pour différentes études. Probablement plus certains une sélection par l'argent; des études pour riches ou surendettés! Comme ça l'EN aura atteint son ultime logique du paradoxe égalitaire.

  • Par Silver569 - 09/07/2016 - 10:33 - Signaler un abus Un petit bémol sur l

    Un petit bémol sur l'encensement des QCM. Le QCM propose des réponses, la question brute non. Qu'est ce qui est le mieux ? Les deux selon moi suivant ce que l'on recherche comme compétence. Le QCM ne permet pas de jauger de la construction d'un raisonnement, d'une réflexion.

  • Par cloette - 09/07/2016 - 13:12 - Signaler un abus Pas du tout d'accord sur les QCM

    Mis en place au début des années 2000 , ils participent au contraire à l'abaissement du niveau . Ces % d'obtention et de mentions au bac sont trompeurs : Tous ces bacheliers ne passent pas l'épreuve d'une première année dans le supérieur . Noter aussi que dans ces % il y a les bac professionnels .

  • Par Olivier K. - 09/07/2016 - 17:24 - Signaler un abus Vieux dictons Russe:

    Ne jamais croire une statistique que l'on a pas calculé soi-même !

  • Par vangog - 13/07/2016 - 10:14 - Signaler un abus En fait...plus les notes PISA de la France baissent...

    plus les notes du BAC augmentent...c'est mathématique, quoi!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€