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Chaos en Libye : mais que fait (et que veut) l'Algérie ?

Alors que Jean-Marc Ayrault revient d'une visite à Alger au cours de laquelle il a été question du dossier libyen, l'implication des Algériens dans la résolution de la guerre civile en Libye semble plus que jamais cruciale. Pourtant, certains aspects de la doctrine stratégique de l'Algérie et sa rivalité avec le Maroc parasitent son action.

Trouble diplomatique

Publié le - Mis à jour le 3 Avril 2016
Chaos en Libye : mais que fait (et que veut) l'Algérie ?

Atlantico : Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, a effectué une visite à Alger mardi 29 mars au cours de laquelle il a largement abordé la question de la Libye avec les autorités algériennes. Quels sont les grands axes de la position de l’Algérie sur le dossier libyen ? Et quelle est son action réelle dans le conflit ?

Jean-François Daguzan : La politique internationale algérienne est très claire. Elle a une doctrine stratégique qu’elle suit depuis toujours qui est de ne jamais intervenir dans les affaires intérieures des autres pays. Par tradition, les armées algériennes ne sont ainsi pas censées dépasser les frontières de leur territoire national. Par ailleurs, l’Algérie privilégie toujours la solution politique aux conflits, en s’appuyant sur les institutions comme les Nations unies ou l’Union africaine. Cette tradition doctrinale est très lourde en Algérie, il n’est pas possible de la rompre facilement.

Malgré le fait que le problème intérieur de la Libye devienne également de plus en plus le problème intérieur de l’Algérie et de tous les pays de la région, cette doctrine la contraint à limiter son action à des tentatives d’influence politique et diplomatique. Cependant, on peut affirmer sans trop risquer de se tromper que l’Algérie viole à la marge ce principe doctrinal de cantonnement de ses troupes à l’intérieur de ses frontières, en exerçant un « droit de suite » en Tunisie par exemple, ou en envoyant ses forces spéciales mener des actions sur le territoire libyen.

Il faut dire que l’Algérie est directement concernée par la situation en Libye pour plusieurs raisons. La première c’est que l’instabilité de ce pays a pour effet de répandre l’insécurité dans toute la région. La deuxième raison c’est que ce conflit est une menace directe sur ses frontières. L’Algérie a subi de nombreuses incursions de djihadistes sur son territoire depuis la Libye. L’attaque du site gazier d’In Amenas en janvier 2013 a été ainsi conduite par des djihadistes en provenance du territoire libyen. Sans parler des nombreux réfugiés libyens ayant quitté leur pays pour arriver en Algérie.

Enfin, la troisième raison pour laquelle la guerre en Libye concerne au premier plan l’Algérie, c’est le fait que la Tunisie, élément clé de la sécurité algérienne, est déstabilisée par le chaos libyen.

Que préconise concrètement l’Algérie pour régler ce conflit ?  

L’Algérie a très tôt voulu jouer le rôle de médiateur entre les belligérants afin de trouver une solution politique au conflit libyen. D’abord via l’Union africaine dont elle dirige la sécurité, puis par l’action de ses moyens propres rendus crédibles par sa longue expérience en matière de médiation internationale.

L’Algérie a ainsi abrité sans succès plusieurs réunions entre les différentes parties au conflit afin de les conduire à négocier un arrêt des hostilités. Les choses se sont compliqué quand le Maroc, ne voulant pas laisser l’exclusivité de l’exercice du rôle de médiateur à son rival algérien, a également organisé des négociations, qui ont abouti, il y a quelques semaines, à la signature d’un accord sous l’égide des Nations unies et de l’Union européenne. Même si l’application de cet accord est très incertaine, cela a été une déconvenue pour les Algériens, eu égard aux relations tendues qu’entretiennent les deux pays.

Une résolution politique du conflit libyen comme le préconise l’Algérie est-elle réaliste ? Sa position de non-ingérence de l’Algérie est-elle tenable à terme ?

C’est un vrai problème pour l’Algérie. Cette doctrine correspondait à une époque et un contexte passé. Lorsque cette doctrine a été élaborée, l’Afrique du Nord était bien plus stable. Par ailleurs, l’Algérie ne voulait pas reproduire le modèle français d’interventionnisme qui était considéré par elle comme du colonialisme déguisé. Aujourd’hui, on voit bien que cette doctrine stratégique plonge l’Algérie dans une situation de moins en moins tenable. Si l’Algérie veut vraiment contribuer au rétablissement de la paix et la stabilisation de sa zone périphérique, elle va être obligée de s’engager d’avantage qu’elle ne l’a fait maintenant.

La rivalité entre le Maroc et l’Algérie s’est manifestée dans la compétition que se sont menés ces deux pays pour récupérer le statut de médiateur du conflit libyen. Quel est l’impact de cette rivalité entre ces deux pays leaders du Maghreb sur la résolution du conflit en Libye ?

Cette rivalité est un des problèmes de fond majeurs de la région. Cela a bien sûr un impact important sur l’absence de résolution du conflit libyen, comme c’est le cas pour le conflit malien. Plus largement, cette rivalité a un impact très négatif sur la sécurité du Sahara, du Sahel et de l’Afrique du Nord en général. Ce vide stratégique créé par l’absence de coopération entre ces deux pays majeurs de la région est utilisé par les djihadistes pour prospérer. Les conséquences sont catastrophiques. Il y aurait un accord algéro-marocain sur le Sahara, cela changerait totalement la donne sécuritaire dans la région. Les deux pays pourraient agir ensemble pour régler le problème. Tant que ça n’est pas le cas, le chaos qui se répand de plus en plus vite en Afrique du Nord ne pourra pas être durablement résorbé.

 
Commentaires

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  • Par tubixray - 31/03/2016 - 17:31 - Signaler un abus excellent article mais il manque un élement

    Comment évoluerait la situation dans le nord de l'Afrique si Bouteflika était remplacé ?

  • Par Anguerrand - 31/03/2016 - 20:45 - Signaler un abus Ayrault en Algérie

    Envoyer ce type amorphe négocier, c'est une blague !.... Pourquoi ne pas envoyer les Chevaliers dû Fiels, à moins ils auraient bien rigolé et allez savoir pu obtenir un accord, avec Ayrault s'il ne s'est pas endormi il n'y a aucune chance.

  • Par brennec - 01/04/2016 - 11:31 - Signaler un abus Doute

    La doctrine en béton citée par l'auteur est elle vraiment compatible avec ce qui s'est passé au sahara occidental?

  • Par zouk - 01/04/2016 - 13:01 - Signaler un abus Algérie

    Probablement paralysée par les luttes au sommet, autour de Bouteflika et sa mafia, auxquelles il faut sans doute ajouter des relents d'islamisme et le souvenir de leur terrible guerre civile, menée précisémént contre des islamistes.

  • Par zouk - 01/04/2016 - 13:47 - Signaler un abus LYBIE

    Savez vous que B.H. Levy est régulièrement consulté par CNN sur l'Islam en France ou le djihadisme, lui, dont les très profondes analyses ont conduit à la destruction de la Lybie. Quand donc cessera-t-il de se faire croire un "philosophe", triste pantin! Nous ne verrons bientôt prétendre conseiller tous les ministres des Affa

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Jean-François Daguzan

Jean-François Daguzan est directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche StratégiqueIl a publié de nombreux livres traitant des questions de terrorisme, dont La fin de l'Etat-Nation : de Barcelone à Bagdad (CNRS Editions, 2015).

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