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Cessez-le-feu commercial entre les États-Unis et la Chine : Trump 1, Pékin 0 (Europe combien ?)

La première manche a été remportée par le président américain. Mais attention à la suite !

Le match de l'année

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Cessez-le-feu commercial entre les États-Unis et la Chine : Trump 1, Pékin 0 (Europe combien ?)

 Crédit NICOLAS ASFOURI / AFP

Atlantico : Après une période d'opposition qui a duré quelques mois, Washington et Pékin seraient en passe de s'accorder sur la question de leurs relations commerciales, la suspension par les deux parties des mesures protectionnistes mises en place marquant une forme d'étape intermédiaire. A ce jour, qui de Pékin ou de Washington a gagné le plus de cette opposition ? ​

Rémi Bourgeot : En attendant le détail de l’accord, on peut déjà noter que le scénario de la guerre commerciale ouverte, mis en avant par de nombreux commentateurs, était en décalage avec la réalité de l’enjeu. Outre les répercussions pour l’économie mondiale, la Chine ne pouvait naturellement pas se permettre de refuser de négocier avec les Etats-Unis. Certes l’excédent commercial chinois, à environ 2% du PIB, a nettement reculé ces dernières années, mais il reste considérable vis-à-vis des pays développés et en particulier des Etats-Unis, à 375 milliards de dollars en ce qui concerne les marchandises.

La Chine a très fortement intérêt à un accord qui consiste non pas à subir par la force un abaissement de ses exportations vers les Etats-Unis mais à augmenter ses importations de produits américains. Les éléments dévoilés ces derniers jours vont clairement dans ce sens. L’idée de réduire le déficit bilatéral de 200 mds, qui a été exprimée côté américain, apparait difficilement atteignable par ce biais. La principale faille de l’approche politique de Donald Trump dans les négociations commerciales consiste à annoncer des mesures très larges avec grandiloquence, d’engager une négociation rapide, puis de se contenter de peu. Cet épisode de « guerre commerciale » a permis de confirmer que les négociations commerciales, notamment bilatérales, sont à l’ordre du jour pour rééquilibrer les échanges mondiaux, en particulier avec la Chine. Cela ne signifie pas nécessairement pour autant que la démarche de Trump est couronnée de succès. L’idée d’augmenter massivement les exportations agricoles et d’énergie des USA vers la Chine semble être au cœur de l’accord. On voit évidemment une asymétrie ici sur le plan technologique. La clé du rééquilibrage pour les pays développés ne consiste évidemment pas à exporter plus de biens à faible contenu technologique vers la Chine tout en important des biens de plus en plus avancés. Si un rééquilibrage du montant général du solde bilatéral est bienvenu, notamment du point de vue macrofinancier, la nature précise de ce rééquilibrage est encore plus importante. 

Alors que les détails de la négociation devraient être rendus publics dans les prochains jours, quels seront les points les plus importants concernant ces négociations ? Les deux parties peuvent-elles être gagnantes ? 

Il est évident que cette stratégie concentrée sur ces deux secteurs est insuffisante pour pratiquer un rééquilibrage général, au vu des montants des échanges bilatéraux dans les domaines agricole et énergétique et ne serait-ce qu’au vu de la production américaine dans ces secteurs en comparaison de l’ampleur du déficit bilatéral. Naturellement, alors qu’on craignait des mesures de rétorsions chinoises ciblant l’électorat rural de Trump, la focalisation de l’accord sur l’agriculture et l’énergie lui est politiquement favorable.

 
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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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