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Le quiz à la Palmade de l'été

«Pour gérer ta ville, tu préfères une fripouille qui fait le boulot ou un carriériste totalement inefficace ?»

Publié le 12 août 2018
A Levallois comme à Marseille, on reconduit les mêmes maires improbables depuis 1995 sous le regard intrigué du reste du pays. Mais pas forcément pour les mêmes raisons semble-t-il.
Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019  
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A Levallois comme à Marseille, on reconduit les mêmes maires improbables depuis 1995 sous le regard intrigué du reste du pays. Mais pas forcément pour les mêmes raisons semble-t-il.

Invité à Levallois pour un dîner de famille un jour où les Balkany faisaient la une des journaux pour une turpitude ou une autre (on me pardonnera de ne pas me souvenir du scandale spécifique, je vous laisse en sélectionner un dans la liste), j’en avais naturellement profité pour persifler sur ces real life Thénardier sans obtenir le succès escompté...

Puis, m’étonnant de voir toutes mes plaisanteries sur leur apparente insubmersibilité tomber à plat ou, au mieux, ne récolter que des sourires gênés, j’avais fini par demander carrément à cousin et belle-cousine s’ils ne contribuaient pas eux-mêmes au renouvellement permanent du bail balkanyen à la mairie. « Ce sont des gangsters et des profiteurs, OK, je m’étais entendu répondre, mais regarde un peu comment la ville s’est transformée depuis 95. Entre des crapules qui font du bon boulot et des canailles qui n’en fichent pas une rame, le choix est vite fait. Alors oui, voilà, c’est vrai, ça paraît dingue mais on vote Balkany... ».

 

Et effectivement, entre deux mises en examen pour détournement de fonds publics, corruption, fraude fiscale ou blanchiment, le couple infernal des Hauts-de-Seine s’est débrouillé pour transformer un patelin de banlieue sans intérêt particulier en un modèle de propreté, de sécurité, d’organisation et d’urbanisme. Il y a des emplois à la pelle, des logements qui poussent comme des champignons, des crèches, des piscines, des médiathèques, des transports efficaces, des jardins bien entretenus... Bref, Levallois est une ville gérée par un duo de fripouilles où tout fonctionne bien et où il fait bon vivre.

 

A l’autre bout du pays, à Marseille pour être précis, Jean-Claude Gaudin est également invariablement reconduit depuis 23 ans en dépit d’une réputation disons, au minimum, assez peu positive. Bon, on ne lui reproche pas de taper directement dans la caisse (ou alors dans celle du Sénat, mais il paraît que tout le monde le fait), mais plutôt d’être au coeur d’un système clientéliste sophistiqué ou les ressources municipales sont notoirement réparties entre obligés petits et grands.

 

Pour quels résultats ? A Marseille, une ville sur le berceau de laquelle les fées se sont pourtant penchées en nombre (cadre somptueux, climat splendide, arrière-pays magnifique, foncier abondant et bon marché, universités, TGV, aéroport international, port majeur, centres de recherche de pointe, etc.), ce qui n’était manifestement pas le cas de Levallois, rien ne marche.

 

Mais vraiment rien du tout. C'en est même fascinant. Les écoles sont en ruines ; les transports publics sont une vaste galéjade ; les bibliothèques sont en rade ; la saleté est légendaire ; la pollution bat des records ; les parcs publics sont abandonnés aux rats ; les plages sont insalubres en cas d’orage, faute d’infrastructures de gestion des eaux usées ; le stationnement est anarchique ; le personnel municipal est totalement désinvesti ; les rares piscines sont fermées la plupart du temps ; les chaussées et les trottoirs sont pleins de trous ; les kalachs ont remplacé les fifres et les tambourins comme instruments de musique emblématiques…

 

Et le vieux maire au débit à la Fernandel, au moins aussi haut en couleurs que Patrick Balkany dans un autre genre, s’il passe un jour à la postérité, le fera sans doute sous la forme d’une note de bas de page dans un bouquin sur les périodes sombres de l'histoire de la ville quand son homologue de banlieue ouest suscitera au moins l’intérêt des étudiants en urbanisme (celui des étudiants en droit aussi, mais c’est une autre histoire).

 

Mettre ces deux-là en parallèle ne signifie pas forcément, n’en déplaise à mes cousins cyniquement pragmatiques, qu’il n’y ait le choix qu’entre crapules efficaces et incompétents notoires au moment d’un scrutin local. Un tas de villes en France sont très correctement administrées par des types ou des nanas dont l’ambition ne se limite pas à la préservation d'un statut prestigieux jusqu’à la tombe ou à la constitution d’un gros patrimoine. Mais confronté à un tel choix à la Palmade, je crois que je choisirais aussi la fripouille.

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