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Macron-Trump, vrais ou faux opposés ?

Publié le 22 septembre 2017
Le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron se sont exprimés à tour de rôle et pour la première fois devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, ce 19 septembre, à New York. La quasi-totalité des analystes et des médias ont souligné l’opposition fondamentale sur tous les sujets entre les deux hommes. Alexandre del Valle souligne au contraire leur complémentarité et leur et convergence.
Alexandre Del Valle
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron se sont exprimés à tour de rôle et pour la première fois devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, ce 19 septembre, à New York. La quasi-totalité des analystes et des médias ont souligné l’opposition fondamentale sur tous les sujets entre les deux hommes. Alexandre del Valle souligne au contraire leur complémentarité et leur et convergence.

Si l’on analyse les mots qui ont été prononcés ainsi que le ton de chacun des deux dirigeants, la première impression est que le président français a répondu point par point au discours jugé, par beaucoup, outrancier du chef d’État américain. Qu’il s’agisse de la Corée du Nord, de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, du réchauffement climatique et des accords de Paris, ou encore de l’immigration et de la crise des réfugiés, les discours des deux novices charismatiques ont semblé révéler une opposition autant de fond, de forme, que de méthodes et de valeurs. Que l’on songe au climato-scepticisme de Donald Trump, à son idéologie antimondialiste ou de ses propos guerriers aux relents néo-conservateurs sur l’éventualité de “détruire totalement la Corée du Nord”, les propos du président étatsunien sont apparus en tous points contredits par Emmanuel Macron qui a même semblé remplacer la chancelière Angela Merkel dans le rôle de champion de l’anti-trumpisme et de leader de l’Europe multilatéraliste et politiquement correcte face au populisme menaçant de Trump.  Quoi de plus opposé en en effet aux appels à la générosité et à l’ouverture du jeune prodige-président français que le slogan « Amérique d’abord » du milliardaire américain chantre du souverainisme et verbalement si hostile aux immigrés musulmans et mexicains.

Mieux, après sa fameuse vidéo d’Emmanuel Macron en anglais qui dénonçait, le 1er juin dernier, le retrait américain de l’accord de Paris et proposait que la France comble le vide laissé par l’Amérique climato-sceptique (« Sur le climat, il n'y a pas de plan B parce qu'il n'y a pas de planète B »), le président français a lancé un nouveau défi à Washington en affirmant que l’accord de Paris sur le climat ne serait pas renégocié contrairement aux dires de Donald Trump.

On se rappelle aussi des premières poignées de main viriles -bras de fer- entre les deux dirigeants qui semblent opposer presque physiquement les deux hommes, avant qu’Emmanuel Macron n’invite finalement son homologue Donald Trump au défilé du 14 Juillet à Paris. Cette rencontre dévoila une forme de proximité humaine entre les deux dirigeants, et ce qui deviendra même un moment une complicité de façade n’a pas été démentie depuis et même le 19 septembre dernier au siège new yorkais des Nations Unies.

En réalité, l’image manichéenne de la France universelle et progressiste qui s’opposerait totalement et courageusement au modèle belliqueux et réactionnaire de l’Amérique nationaliste-populiste mérite d’être relativisée.

Derrière les mots, derrière les styles différents, il convient en fait surtout de lire les messages non-dits, lesquels sont trahis autant par les gestes chaleureux que par les accointances humaines qui unissent plus les deux hommes, presque mutuellement fascinés, qu’il n’y paraît. Premièrement, il n’échappe à aucun analyste avisé que les mots ne sont jamais que les mots, en politique comme en diplomatie. De même que les preuves d’amour comptent plus que les mots d’amour pour jauger la sincérité des prétendants, seuls les faits et les actes sur le moyen et long terme comptent sur le plan politique et géopolitique. En effet, à l’instar du célèbre duo de variété incarné il y a des décennies par Alain Delon et Dalida, « parole, parole », les mots ont souvent peu de cohérence avec la pratique, tant en matière de stratégie de séduction galante que de stratégie de communication politique.

Ceci est d’autant plus vrai pour des politiques en baisse dans les sondages et en quête de regain de popularité, chacun tentant aussi et surtout de briller aux yeux de ses propres électeurs, même en parlant d’universalité comme l’a fait Macron, car en France, où l’histoire même de la République a fondé le néo-patriotisme révolutionnaire sur des thèmes à prétention universels, parler au monde ne veut pas dire que l’on parle à tout le monde.

Certes, les désaccords existent vraiment entre les deux hommes. Toutefois, Trump et Macron ont comme premier point commun, très important, un pragmatisme à toute épreuve, fait de capacité de souplesse multidirectionnelle, puis de maniement des paradoxes et contradictions hors du commun. En effet, si Donald Trump, l’ancien démocrate pro-Clinton devenu l’adversaire républicain d’Hillary, l’américain libéral très peu chrétien et favorable à l’avortement devenu le héros des fondamentalistes protestants ; le globaliste favorable aux guerres interventionnistes des démocrates et néo-conservateurs devenu anti-interventionniste, isolationniste et nationaliste, est coutumier des paradoxes et revirements, de son côté, l’ancien banquier Emmanuel Macron n’est pas mal non plus : le chou-chou de l’Establishement politiquement correct et du progressisme a su gagner le respect des deux chefs d’Etat les plus politiquement incorrects et diabolisés de la planète, Trump et Poutine ; il a su séduire en France autant la droite que la gauche ; il a dans son gouvernement un ministre des Affaires étrangères issu du parti socialiste du président sortant qu’il a trahi, puis un ministre de l’Education nationale plus conservateur que ceux de tous les présidents de droite passés ; et celui qui incarne soi-disant les Bobos de la finance mondialiste fit l’une de ses toutes premières visites pré-électorales de courtoisie chez le plus à droite des politiques français catholiques et anti-mondialistes, Philippe de Villiers, qui le reçut alors avec joie au Puy du Fou.

En réalité, les oppositions de parole et de principe entre Trump et Macron, qui imposent ainsi chacun à leur manière leur image de marque et fidélisent de la sorte leurs électeurs et appuis respectifs, sont dans les faits avant tout des pragmatiques capables de deals, de grands écarts, de réalisme cynique et même d’une forme particulière de tolérance puisqu’ils n’ont pas de socle idéologique défini mais plutôt des postures de communication, même celle du premier est vulgaire et basique quand celle du second est raffinée et empreinte de haute cullture.

Des points de convergences potentiels….

Les deux hommes peuvent parfois même se rejoindre en dehors de leurs créneaux centraux. Par exemple sur la Corée du Nord, de même que les propos outranciers du « tigre de papier » Trump sont à relativiser et masquent mal les négociations cyniques en cour avec la Chine et à venir avec le régime du dictateur nord-coréen, que Trump avait d’ailleurs salué positivement durant la campagne, de même les propos apparemment plus pacifiques de Macron n’ont pas empêché celui-ci de déclarer, dans une interview en marge du sommet onusien, que tenter de négocier ne signifiait aucunement écarter l’éventualité d’une guerre... Sur la Syrie, les deux hommes ne sont pas si éloignés que l’on croit non plus, en tout cas dans les faits, et ils partagent les mêmes ambiguïtés et paradoxes : s’ils ont dit tour à tour qu’il fallait « punir » le « criminel » dictateur syrien, Bachar al-Assad, ils ont également tous deux précisé à plusieurs reprises que le régime syrien n’était « pas l’ennemi » des Etats-Unis, au contraire du terrorisme islamiste.  

En paroles, Emmanuel Macron, qui fait l’apologie du métissage et de l’immigration, semble depuis le début ouvert au communautarisme musulman, tandis que Donald serait un nationaliste raciste et xenophobe d’ailleurs lié aux suprémacistes. En réalité, Macron est bien plus méfiant envers l’islamisme que l’on croit, et même envers l’islam, qu’il a invité à se réformer, ce qui est très islamiquement très incorrect, et quant aux réfugiés qu’il a vanté aux Nations Unies, la France en a accueillis récemment bien moins que les autres grands pays d’Europe de l’Ouest. De son côté, Donald Trump, le soi-disant « islamophobe » qui apostrophait les pays sunnites du Golfe durant sa campagne et qui dénonçait le danger « islamique », il s’est en fin de compte couché devant son épicentre de ce danger, l’Arabie saoudite wahhabite, également grand allié de la France « laïque » de MM Hollande et Macron. Et le président américain courtise depuis le début la Turquie nationale-islamiste néo-ottomane d’Erdogan, tout en épargnant le Pakistan parrain des Talibans, pays tous absents de la soi-disant liste du « muslim ban », en réalité un « travel ban » à portée très limitée et sélectif... Pour ce qui est de « la lutte contre les migrants » ou le projet de mur « payé par le Mexique », le président américain n’y a jamais réellement cru lui-même et il a déjà renoncé dans les faits, au moment même où il se débarrassait des droitistes « civilisationnistes » et pro-russes Bannon et Flynn.

On pourrait parler également de l’OTAN, que Donald Trump voulait soi-disant démanteler, mais que ses généraux de collaborateurs ne cessent de vanter et rassurer. En fait, les menaces de Trump vis-à-vis de l’Otan, comme celles vis-à-vis des Nations unies, ne sont que des éléments de langage dans le cadre de « deals » visant à obliger les partenaires à contribuer à un niveau plus élevé au fardeau, ce qu’un certain Obama lui-même avait commencé à exiger.

Dernier point commun et pas des moindres, à la différence des très idéologues et moralistes Hillary Clinton ou François Hollande, Macron et Trump n’ont jamais caché leur souhait de réhabiliter la Russie de Vladimir Poutine, l’homme le plus diabolisé de la planète avec Kim Jong Un et Bachar al-Assad. Mais fidèles à leur goût du paradoxe, ils n’ont pas moins critiqué Moscou et son Tsar tout en n’hésitant pas à reconduire les sanctions anti-russes…

Une autre comparaison politique achève de démontrer qu’il n’y a rien de plus naïf et erroné que de juger et comparer les hommes politiques et les séducteurs sur leurs propos avant de considérer leurs actes : rappelons-nous de Jacques Chirac, lors du débat sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne (2001-2005), qui ne cessait de vanter la vocation européenne de ce pays et diabolisait les turcosceptiques, au point de nier les racines chrétiennes de l’Europe et de dénoncer le « club européen » que serait une UE sans la Turquie musulmane. Face à lui, Nicolas Sarkozy inscrivait dans ses campagne pour le contrôle de l’UMP puis pour la présidence de la République en 2007 le refus catégorique de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, et il rappelait en permanence les limites de l’Europe et ses racines « judéo-chrétiennes », tout en fustigeant l’islamisme et la persécution des chrétiens dans les pays musulmans. Et pourtant… Le premier fit inscrire en grande pompe dans la Constitution française une disposition visant à conditionner l’entrée d’un pays important comme la Turquie à un référendum qui serait remporté à coup sûr par les opposants à l’intégration de la Turquie ; tandis que le second fit sauter cet obstacle en catimini pour rassurer les Turcs et compenser - par un fait concret - son refus rhétorique qui ne se traduisit d’ailleurs jamais par un arrêt du processus de négociations en vue de l’adhésion…

C’est pourquoi Macron et Trump, l’un en tant que roi du deal pragmatique, et l’autre en tant que séducteur et adepte de la philosophie du paradoxe, ont bien plus en commun que l’on croit et s’entendent bien mieux qu’il n’y paraît, jusqu’à trahir même une sorte de fascination mutuelle favorisée par la complémentarité des âges et des parcours, ce qui supprime de surcroit les rivalités de personnalités et d’egos. Pour cette même, raison, tant l’ours Poutine que l’Oncle Trump ont accepté les critiques franches mais courtoises de leur cadet qui les apostrophait rhétoriquement au moment même où il les réhabilitait dans la pratique tout en se réhaussant lui-même en se montrant avec eux. Bref, une association wini-win comme dirait Trump…

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gerint
- 23/09/2017 - 12:12
Trump a les moyens, pas Macron
Trump est peut-être un saltimbanque, mais il peut projeter une armée de 100 000 hommes ou plus par ses propres moyens un peu partout très bien équipés tandis-que Macron aurait bien du mal à expédier un petit corps bien constitué et ce que le Général de Villiers est venu dire pour son malheur. Quand on est faible on glose comme Macron mais quand on est fort on mène la danse et dans de nombreux domaines cruciaux ce sont les USA qui dirigent (bien ou mal c’est un autre débat)
vangog
- 23/09/2017 - 08:18
Identité contre mondialisme!
Chacun de ces chefs d'états a pris la bannière de son combat. Donald a endossé le combat pour l'dentité protectrice et créatrice. Il ne se paie pas de mot et dit ce qu'il a à dire aux dictateurs, les yeux dans les yeux. Macron a endossé la vieille armure de la dilution mondialiste orwellienne. Macron préfère la vieille diplomatie de phoques à la française, qui caresse les dictateurs dans le sens du poil, un brin munichoise et collaboratrice...Un se finance tout seul. L'autre est financé par Goldmann-Sachs, Soros et Rothschild...cherchez l'erreur!