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Le revenu de base : une mauvaise solution à un vrai problème
Publié le 16 octobre 2015
Le revenu de base est une idée de moins en moins marginale, dont on parle de plus en plus. Elle mérite donc d'être examinée de plus près.
Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.
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Le revenu de base est une idée de moins en moins marginale, dont on parle de plus en plus. Elle mérite donc d'être examinée de plus près.

De quoi s'agit-il ? D'une idée très simple - c'est là toute sa puissance, et aussi tout le problème. L'idée du revenu de base est simple : verser à chaque citoyen un revenu de base minimal, absolument inconditionnel. Pour la gauche, c'est l'aboutissement de la solidarité : chacun a droit à un revenu de base minimal, simplement parce qu'il est citoyen. Pour la droite - Christine Boutin en France, par exemple, a proposé l'idée du revenu de base - ça permettrait de simplifier la bureaucratie qui administre les différentes aides, et ça éviterait l'effet pervers de nombreuses aides au chômage, qui additionnées peuvent être plus rentable que le fait de trouver un emploi. Ce problème n'existe pas avec le revenu de base, puisqu'il est versé sans conditions à tout le monde.

Selon les partisans du revenu de base, celui-ci ne baisserait pas l'emploi, justement parce que quelqu'un qui travaille gagnerait plus que le revenu de base. Il permettrait à un chômeur de choisir l'emploi qu'il veut vraiment, plutôt que n'importe quel emploi, et forcerait les employeurs à mieux payer les emplois les plus pénibles, puisqu'un détenteur de revenu de base aurait le choix entre plusieurs emplois.

Le problème est que ce n'est pas crédible. Des expériences entreprises au Canada et aux Etats-Unis dans les années 70 et 80 ont montré que, de fait, les revenus inconditionnels baissent l'appétit au travail. Et c'est un vrai problème. La possibilité qu'on se retrouve à payer énormément de gens à ne rien faire est réelle et sérieuse, et ça aurait des conséquences graves non seulement pour l'économie, mais pour les gens en question, étant donné que le fait de travailler est une composante importante du bien être pour la plupart d'entre nous.

Le vrai échec du revenu de base, c'est tout simplement sa simplicité. Le chômage de masse est un vrai problème très épineux, mais justement. L'histoire nous enseigne que les solutions simples à des problèmes complexes, le plus souvent, n'en sont pas du tout.

Ceci dit, le renouveau de l'idée du revenu de base est une réponse à des problèmes bien réels. Qu'il s'agisse de la mondialisation, ou de l'automatisation, ou d'autres tendances, la peur du travail précaire, ou du travail tout simplement inexistant, est réelle.

Que faire alors ?

Il y aurait de nombreuses idées beaucoup plus intéressantes à explorer. L'une d'entre elles serait l'abolition des charges sociales sur les bas salaires, voire même des charges sociales négatives, qui baisseraient de manière très importante le coût du travail. Si un employé payé 8€ de l'heure, soit proche du SMIC, coûtait 6€ de l'heure à son employé, plutôt que plus de 10€ de l'heure comme c'est le cas actuellement, de nombreux emplois seraient créés.

Une autre idée serait d'offrir aux travailleurs plus de flexibilité avec l'emploi de leurs diverses cotisations. Tout le monde sait qu'il faut allonger la durée de travail et repousser l'âge de la retraite, mais c'est difficile politiquement ; une solution serait de permettre au salarier de prendre des années de “retraite” maintenant, comme années sabbatiques, pour prendre une pause du monde du travail dans la force de l'âge, quand ils et leurs familles peuvent mieux en profiter. Une autre possibilité serait de permettre aux employés d'affecter une partie de leurs cotisations chômage à leur compte formation, pour pouvoir entreprendre des formations ambitieuses.

Des réformes comme celle-là non seulement résorberaient beaucoup du chômage, mais auraient un impact plus large que simplement économique. Nous avons besoin de travail pour nous réaliser, mais le monde du travail est trop souvent aliénant. De telles mesures offriraient du travail pour tous ceux qui peuvent en avoir, mais permettraient aussi aux travailleurs de lever la pédale lorsqu'ils en ont besoin ; la combinaison des deux pourrait apporter un équilibre personnel, professionnel et familial beaucoup plus facilement.

C'est un peu plus compliqué à expliquer que le revenu de base. Mais la vie est compliquée. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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adroitetoutemaintenant
- 18/10/2015 - 13:29
@Texas
Merci pour votre commentaire. Permettez-moi de dire que de l’avoir traduit par La Grève est une autre preuve de l’imprécision typiquement française. La Grève Des Talents aurait été mieux. Car il ne s’agit en aucun cas des grèves habituelles et si fréquentes des nuls comme la France les connait trop bien mais de la grève des talents qui se fait de plus en plus avec un nombre croissant d’expatriés. Si leur nombre est encore petit, la somme de leurs QI est largement supérieure à celui de l’armée d’invasion. Comme vous le faites remarquer, il a fallu attendre près de 60 ans pour traduire un livre de chevet de toutes les Universités Américaines qui s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaire. L’autre livre de référence aux Etats Unis est un livre français totalement ignoré en France et dont l’auteur est pourtant Français : Frédéric Bastiat ! Il ne se passe pas un mois sans que je reçoive une demande d’un de mes collègues docteur français pour l’aider à s’expatrier car leur raison est toujours « j’en ai marre de soigner les cons pour une pitance et sans même un remerciement» !
Texas
- 17/10/2015 - 12:37
@ adroitetoutemaintenant
Atlas Shrugged n' a été traduit qu' en 2011 , sous le titre " La Grève " , de Ayn Rand . Un livre qui devrait être la Bible de l' opposition .
l'enclume
- 17/10/2015 - 11:41
Un peu de courage messieurs, mesdames les politiques
Ganesha - 16/10/2015 - 19:22 - Je suis libéral, j'espère dans le bon sens du terme. Cela ne m'empêche pas d'être un fervent supporter du "revenu de base", cela depuis de nombreuses années. La première à en parler fut Christine Boutin, j'ai interpellé de nombreuses personnalités politiques, de droite comme de gauche. Les réponses furent toujours négatives. Je suis ravi que ce sujet revienne au goût du jour et, j'espère que pour une fois, la France montrera l'exemple.