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Bobos ou ruraux, qui vote vert : les leçons de l’analyse détaillée des Européennes 2014

Publié le 20 août 2014
Du jeudi 21 au samedi 23 août, le parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV) tient ses journées d'été à Bordeaux. Ce sont les premières depuis que les écologistes ont refusé d'intégrer le gouvernement Valls. L'occasion pour Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion publique à l’Ifop, de faire un point sur le vote vert en France. Extrait d'une note destinée à la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol), à paraître dans son intégralité en septembre.
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Du jeudi 21 au samedi 23 août, le parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV) tient ses journées d'été à Bordeaux. Ce sont les premières depuis que les écologistes ont refusé d'intégrer le gouvernement Valls. L'occasion pour Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion publique à l’Ifop, de faire un point sur le vote vert en France. Extrait d'une note destinée à la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol), à paraître dans son intégralité en septembre.

En dépit des difficultés rencontrées par le gouvernement socialiste, EELV n’est pas parvenue pas cette année à rééditer l’exploit réalisé en 2009 où avec 16% des voix, elle avait fait jeu égal avec le PS. Bien que le PS soit très affaibli, on l’a vu, les Verts ne franchissent pas la barre symbolique des 10% (9,2%) et le pari de Cécile Duflot et de ses proches visant à capitaliser sur le rejet du PS en quittant le gouvernement quelques semaines avant le scrutin n’a été que partiellement remporté. Les Verts ont certes capté une part non négligeable des voix de gauche (et sont apparus comme la seconde force à gauche en distançant assez nettement le Front de Gauche) mais au regard du contexte politique, leur résultat ressort en demi-teinte. Les écologistes sont en recul sur quasiment tout le territoire avec des baisses plus accusées en Rhône-Alpes[1] et en Paca, mais aussi en Alsace et en Ile-de-France, régions qui correspondent à leurs zones de force traditionnelles. En Bretagne, autre région traditionnellement acquise aux écologistes, la baisse n’est pas générale mais néanmoins réelle dans l’agglomération rennaise et le littoral du Morbihan.

Ces baisses s’expliquent sans doute en partie par l’absence de Daniel Cohn-Bendit qui avait joué le rôle de locomotive électorale en 2009 et tiré, notamment en Ile-de-France où il était tête de liste, le score des Verts. Dans cette région, leur résultat passe ainsi de 20,9% en 2009 à 9,5% cette année, quand le PS maintient ses positions (14,3% contre 13,6% à l’époque) et devance ainsi ses alliés alors que ces derniers l’avaient largement surclassé il y a cinq ans dans la région-capitale, que convoiterait Cécile Duflot dans la perspective des prochaines élections régionales.

Si les Verts ont donc pâti de l’absence de Daniel Cohn-Bendit, le choix de réinvestir José Bové, autre figure médiatique du mouvement, comme tête de liste dans la circonscription Sud-Ouest a été judicieux et porteur.

 

Vote pour les listes EELV aux élections européennes 2014

(en pourcentage des suffrages exprimés)

 

On constate ainsi à la lecture de la carte que c’est dans cette grande région que les écologistes ont le mieux résisté (11,5% contre 15,5% en 2009). José Bové est même parvenu à améliorer son score dans toute une partie de son fief aveyronnais et dans quelques cantons limitrophes de la Lozère, du Gard et de l’Hérault. L’analyse détaillée des résultats sur le seul département de l’Aveyron fait bien ressortir cette logique de fief et l’existence d’une prime au candidat local comme si José Bové était devenu en quelque sorte un notable bien malgré lui. Il obtient ainsi 22,2% dans son canton de Peyreleau et des scores élevés dans les cantons voisins : 27,3% à Nant, 26,7% à Saint-Beauzély, 24,2% à Cornus ou bien encore 23,7% à Millau. Quand on s’éloigne davantage de son fief du Larzac, les résultats déclinent (15,6% dans le canton de Laissac et 16,2% dans celui de La Salvetat-Peyralès) pour atteindre ensuite des niveaux nettement plus faibles à l’autre extrémité du département dans l’Aubrac : 9,9% dans le canton de Mur-de-Barrez, 9,4% dans celui de Laguiole et 8,9% dans celui de Sainte-Geneviève-sur-Argence par exemple.

Hormis les régions où l’écologie politique est historiquement bien implantée (Rhône-Alpes, Alsace, Bretagne, Ile-de-France), les villes universitaires ou les territoires d’élections de tel ou tel responsable du parti[2], on peut également se demander si le vote Verts a pu bénéficier localement de mobilisations environnementales contre différents projets, sachant que le thème de l’environnement était jugé « déterminant » pour 86% des électeurs écologistes (contre seulement 34% de citations dans l’ensemble de l’électorat), ce sujet arrivant en tête de leurs motivations, 26 points devant « l’emploi et le développement économique ».

Dans le nord de la Loire-Atlantique, il ressort très clairement de l’analyse des résultats au niveau communal que le vote écologiste a profité d’un effet « Notre-Dame-des-Landes ». Le vote pour EELV a en effet atteint 26,8% dans cette commune mais également des niveaux élevés dans la plupart des communes voisines (22,6% à Vigneux-de-Bretagne et 21,5% à Fay-de-Bretagne par exemple). L’importante mobilisation populaire contre ce projet d’aéroport a concerné un large périmètre allant bien au-delà des seules communes limitrophes. On retrouve la traduction électorale de cette mobilisation dans des résultats pour les Verts nettement supérieurs à la moyenne dans un rayon de 20 à 30 kilomètres autour de Notre-Dame-des-Landes comme le montre la carte suivante[3].       

D’autres mobilisations ont eu lieu localement pour s’opposer à des projets d’implantation d’activités au nom de la protection de l’environnement. A Nonant-le-Pin dans l’Orne, par exemple, des riverains contestent un projet de création d’une vaste décharge dans une région agricole qui compte plusieurs haras. Or dans cette commune, la liste d’Europe Ecologie les Verts a obtenu un très bon score (19,5%) ce qui signifie que, là aussi, le vote écologiste a été porté par ce type de mobilisation. L’effet s’est également faire sentir alentour mais sur un périmètre bien plus restreint que dans le cas de Notre-Dame-des-Landes.

Le vote en faveur d’EELV à Nonant-le-Pin (Orne) et dans les communes voisines

On a pu observer un autre effet du même type mais cette fois encore plus localisé à Drucat dans la Somme. Cette commune s’est fait connaître suite au projet dit de « la ferme des 1000 vaches ». De multiples manifestations et actions, parfois violentes, ont eu lieu pour empêcher ce projet de ferme agro-industrielle de voir le jour et toute une partie de la population locale s’est mobilisée. Ici encore, le vote EELV a constitué un débouché électoral naturel à ce type de mobilisation de défense du cadre de vie et les Verts ont obtenu 31,4% des voix à Drucat, soit un score tout à fait inhabituel pour une commune rurale de la Somme. Néanmoins, l’effet électoral de ce mouvement social n’a guère dépassé les limites communales comme le montre le tableau suivant.

Le vote en faveur d’EELV à Drucat (Somme) et dans les communes voisines


 Si les projets d’implantation des différents équipements ou activités ont eu localement un effet « dopant » sur le vote écologiste, tel n’est pas le cas à proximité des centrales nucléaires. Alors que les Verts sont clairement identifiés de longue date comme des opposants résolus au nucléaire et que l’abandon de cette filière énergétique constitue l’une de leurs principales revendications, ils ne bénéficient pas d’un soutien plus important, et c’est même le contraire, parmi les électeurs vivant à proximité immédiate de l’une des 19 centrales françaises. Alors que d’aucuns auraient pu penser le contraire, le vote en faveur d’EELV a plutôt tendance à augmenter au fur et à mesure que l’on s’éloigne d’une centrale et il atteint en moyenne son niveau le plus bas dans un rayon de moins de 5 kilomètres de ce type d’installation.

 

Note de lecture : dans les communes situées à moins de 5 kilomètres d’une centrale nucléaire, EELV a obtenu en moyenne 6,7% des voix.

C’est en fait assez logique dans la mesure où les communes dans laquelle est installée une centrale nucléaire et les communes limitrophes « vivent » des retombées économiques de cette activité. De nombreux salariés d’EDF et de sous-traitants résident dans ces communes, ils contribuent ainsi par leurs revenus à faire fonctionner le commerce local et grâce aux taxes versées par EDF, ces communes ont pu financer de nombreux équipements publics tout en maintenant relativement bas le niveau des impôts locaux. Tous ces éléments contribuent à expliquer pourquoi le vote Verts est moins audible à proximité des centrales nucléaires.

Au terme de ce parcours, on peut se demander si le vote écologiste est avant tout un vote émanant des grandes agglomérations (et de leurs quartiers « bobos ») ou s’il se développe aussi dans le monde rural à la faveur notamment de mobilisations environnementales. L’hypothèse d’un vote hyper-urbain serait confortée par les données sociologiques issues de nos sondages. EELV a en effet obtenu 15% parmi les cadres supérieurs et les professions libérales, mais seulement 10% auprès des professions intermédiaires et les employés et 7% chez les ouvriers. L’analyse du vote selon la distance à la grande ville la plus proche fait également ressortir le fait qu’EELV obtient ses meilleurs résultats dans le cœur ou à proximité immédiate des principales aires urbaines (11,1%). Comme la forme inversée du vote FN, le vote vert atteint son point bas dans le grand péri-urbain (7,7 %) mais remonte ensuite et s’établit à des niveaux conséquents à plus de 80 kilomètres des principales aires urbaines. Il est donc caricatural de présenter ce vote uniquement comme métropolitain, EELV disposant aussi d’un électorat dans certains territoires très ruraux, dont nous présenterons le profil un peu plus loin.

Note de lecture : Dans les communes situées entre 10 et 20 kilomètres de l’aire urbaine de 200 000 habitants la plus proche, EELV a obtenu en moyenne 8,7% des voix.

 


[1] Notamment à Grenoble où si sur la lancée de la victoire d’Eric Piolle aux municipales les Verts devancent de nouveau le PS, leur score est néanmoins passé de 29% en 2009 à 20,4% cette année.

[2] A Bègles par exemple, ville dirigée par Noel Mamère les écologistes obtiennent 17,9% bien que ce dernier ait quitté EELV.

[3] Et, si dans ce périmètre, le vote écologiste a reculé par rapport à 2009 avec la même amplitude qu’au plan départemental (-7,2 points sur l’ensemble de la Loire-Atlantique), il a résisté dans l’épicentre : seulement -1,9 point à Notre-Dames-des-Landes et -0,1 à Fay-de-Bretagne.

 

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