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Le gouvernement est en retard sur ses prévisions de croissance.
Avenir incertain

Pourquoi le gouvernement a structurellement deux ans de retard sur ses prévisions de croissance (et comment ça creuse le chômage et les déficits)

Publié le 22 novembre 2013
Les prévisions de la croissance potentielle ou réelle sont basées sur des outils discutables qui empêchent de prendre la vraie mesure de la situation économique.
Patrick Artus est économiste.Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis. Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les...
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Patrick Artus est économiste.Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis. Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les...
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Les prévisions de la croissance potentielle ou réelle sont basées sur des outils discutables qui empêchent de prendre la vraie mesure de la situation économique.

Atlantico : Dans une analyse publiée pour le compte de Natixis, vous avancez que les principaux indicateurs utilisés pour prévoir la croissance et le chômage sont basés sur des potentiels dépassés. Comment arrivez-vous à cette conclusion ? 

Patrick Artus : L’entreprise Markit publie des indicateurs et notamment le "PMI" utilisé partout qui sont historiquement conçus pour qu’à un niveau au-dessus de 50, on soit dans une expansion, et en-dessous de 50, c’est la récession. Le problème, c’est que la crise a changé la perception, et on se satisfait d’un niveau plus faible de croissance. Aujourd’hui, pour avoir une croissance, il faut donc atteindre un niveau qui soit supérieur à 50 (plutôt 52 dans la zone euro, et 53-54 au Royaume-Uni). En France – on a eu les chiffres hier matin – on a des chiffres qui sont entre 46 et 48, cela veut dire en fait que nous sommes très profondément dans la zone de récession, alors que l’Allemagne est entre 53 et 54.

Partant de votre postulat, les prévisions de la croissance et de l'emploi, déjà peu élevées, sont encore trop optimistes. Quelles sont selon vous, les vraies prévisions pour l'avenir ?

En 2013, il est acquis que nous aurons entre 0,1 et 0,2% de croissance tandis que le consensus pour 2014 en France est pour l’instant de 0,6 à 0,7%. La plupart des indicateurs dont je vous parlais reste cependant des indicateurs de conjoncture sur deux ou trois mois, et ne peuvent donc pas s’appliquer à toute l’année 2014. Ce que cela nous indique cependant, c’est que les entreprises sont tétanisées et que la consommation des ménages ne suit pas. L’investissement des entreprises ne repart pas alors qu’on voit des signes de reprise même en Italie et en Espagne. On voit que même la remise à plat de la fiscalité annoncée génère des inquiétudes à un point tel que l’on se demande s’il n’aurait pas mieux valu accepter une fiscalité excessive mais qui au moins ne bougerait pas, pour stopper l’incertitude.

Concernant le chômage, ces mauvais indicateurs ne veulent pas dire qu’il ne baissera pas, même si je suis pessimiste pour l’année 2014 quand on voit les prévisions de croissance. A moins bien sûr de créer un grand nombre d’emplois aidés, ce qui le fera baisser artificiellement… Mon estimation, c’est que la crise a beaucoup fait monter le chômage structurel – celui qui ne dépend pas de la seule conjoncture – et il est selon moi autour de 8,5 ou 9%. Comme le chômage est actuellement autour de 11% cela veut dire que si l’économie allait mieux (ce qui n’est pas le cas), on pourrait le faire redescendre à 9%, mais après on coincerait et il faudrait envisager des réformes.

Quels sont les inconvénients concrets pour l'économie de l'utilisation présente d'indicateurs erronés générant des prévisions infondées pour l'avenir ? Passe-t-on à côté de mesures efficaces qui pourraient être prises en ayant conscience de la situation ? 

A court terme, la politique économique ne peut pas grand-chose. Le plus gros sujet pour les choix politique, c’est de combattre les erreurs à long terme qu’apporte une mauvaise estimation de la croissance. Je pense que la croissance potentielle de la France est nettement plus basse que ce qui est annoncée. Je crois qu’elle se situe au maximum à 1% alors qu’on utilise des chiffres de 1,5 à 2%. Quand vous travaillez sur des sujets comme la retraite ou la protection sociale, l’impact est considérable. Par exemple, quand le Conseil d’orientation des retraites utilise le chiffre de 1,7% et que l’on est en réalité à 1%, ça ne fait certes pas grand-chose la première année, mais au bout de dix ans, cela représente 7 points de PIB, c’est-à-dire 4 points de déficit public en plus, et donc l’incapacité à équilibrer les systèmes de retraite.

Plusieurs de ces indicateurs erronés selon vous proviennent de l'OCDE. Y a-t-il donc un vrai déficit de la mesure des indicateurs macroéconomiques ? Connaît-on vraiment la situation réelle des économies des pays développés ?

L’OCDE, en effet, souligne l’écart qu’il existe entre la croissance réelle et la croissance potentielle pour souligner la marge de progression possible si la demande repart. Et il n'y a pas qu’en France que l’on surestime le niveau du PIB potentiel. Cela a été beaucoup étudié aux Etats-Unis où les chercheurs ont montré qu’après chaque période de crise et de récession, on surestime le PIB potentiel. Pourquoi ? Parce que l’on sous-estime la destruction de l’appareil productif perdu pendant la récession. Les entreprises qui ont évidemment fait faillite pendant la crise ne peuvent plus produire mais il faut attendre un délai généralement compris entre deux et trois ans pour avoir l'information réelle et son ampleur. Pendant cet intervalle, le capital dont on dispose est surestimé, et on sous-estime donc l’effort à fournir pour réduire le déficit. La surestimation du PIB potentiel est en tout cas valable pour tous les pays après les récessions. Dans deux ou trois ans, quand l’OCDE aura les chiffres, elle révisera évidemment les PIB potentiels et les taux de chômage structurels. En France en tout cas, si l’on essaie d’estimer les chiffres – sachant que l’on peut déjà estimer le potentiel de production de l’industrie et de la construction – nous avons probablement 1,5 points de PIB potentiel de moins que ce l’on croit.  

Propos recueillis par Damien Durand

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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LeditGaga
- 23/11/2013 - 00:45
Economiste, pas économe !
Patrick Artus est peut-être économiste mais sûrement pas économe puisqu'il lui faut pas moins de 12 pendules pour nous indiquer qu'il est entre 11H04 et 11H05... et en plus assez imprécis, or donc !
brouwo
- 22/11/2013 - 13:26
DE LA RELATIVITE
Enfin un expert exprime publiquement son interrogation sur les montagnes de chiffres dont on nous assomme et sur leur usage Il est déjà difficile de prendre pour absolument exactes les données communiquées sur la croissance trimestrielle ;il faut en effet 9 mois ou un an pour les consolider Quant aux prévisions ………………..Tous ces chiffres ne sont que des indicateurs , et les erreurs de lecture sont une constante .Ainsi, dire que la France a connu la croissance au 2eme tr2013 c’est omettre de dire que cette croissance provient d’une hausse de la consommation d’énergie due à un climat froid ; On ne peut en aucun cas en conclure que cela a généré de l’emploi ,il faut même s’interroger si cela n’a pas eu un effet inverse. Idem, hors les effets de la dépense publique ,1% de croissance en France et en Allemagne ne produiront pas le même nombre d’emplois Ce qui décribilise les économistes aux yeux de la population ,c’est l’usage tordu de ces données par des politiques qui n’ont d’autre but que de faire de la communication et par là de continuer à répandre de fausses promesses
gegemalaga
- 22/11/2013 - 10:35
et si c'etait
à cause de leurs mensonges ??

ce n'est pas l'économie qui est en retard ,
mais eux qui ont trop menti ? non ?