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Sur Internet, de jeunes musulmanes se font copieusement insulter parce qu'elles "osent" boire de l'alcool.
© Reuters
Sur Internet, de jeunes musulmanes se font copieusement insulter parce qu'elles "osent" boire de l'alcool.
Vérité voilée

Ce harcèlement religieux qui progresse : les jeunes filles de banlieue sont-elles abandonnées à leur triste sort par la société française ?

Publié le 10 mai 2013
Sur Internet, de jeunes musulmanes se font copieusement insulter parce qu'elles "osent" boire de l'alcool et ne pas porter le voile en permanence.
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Guylain Chevrier et Camille Bedin
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Sur Internet, de jeunes musulmanes se font copieusement insulter parce qu'elles "osent" boire de l'alcool et ne pas porter le voile en permanence.

A lire sur le même sujet : Du racisme ? A condition de ne vraiment pas vouloir savoir qui maltraite les jeunes filles arabes...

Atlantico : Facebook suscite à nouveau la polémique avec l'affaire des "beurettes", ces jeunes musulmanes qui se font copieusement insulter sur la Toile à cause de leurs comportements "décadents". Alors que ce sujet est quasi inaudible dans le débat public, peut-on dire que ces filles et femmes de banlieue sont aujourd'hui livrées à leur sort ? Pourquoi ?

Camille Bedin : C’est en effet vrai pour une minorité, d’autant plus qu'il est difficile d'en parler car toute tentative de parole publique sur ce thème précis est aussitôt caricaturée, voire qualifiée de fascisante. La vérité est qu’il est aujourd’hui très dur de faire en sorte que la société s’intéresse concrètement à ce débat, alors qu'il s'agit de faits avérés. Ce phénomène de dénonciation se retrouve dans certains quartiers bien circonscrits et sont le fait d’une minorité, même s'il faut rester prudent et ne pas commencer à dénoncer l’islam de France dans son intégralité. Néanmoins, il est aujourd’hui difficile de nier la multiplication de ces actes dénonciateurs, à des niveaux plus ou moins graves.

On trouve aujourd’hui, parmi les exemples les plus "communs", de plus en plus d’hommes qui refusent de serrer la main des femmes. Et les insultes à l’encontre des femmes ne sont pas rares, en particulier contre celles qui refusent de porter le voile. Donc oui, il y a une vraie inquiétude à avoir sur le repli identitaire et communautaire qui s’opère dans plusieurs zones, et dont les conséquences sont aujourd’hui de plus en plus visibles. Il est du rôle du politique de prendre ce problème à bras le corps, comme d'ailleurs la communauté musulmane qui a la responsabilité d’être audible sur ces sujets. Un islam de France en accord avec les règles de la République est possible, mais cela n’empêche pas d’être extrêmement ferme quant à toute dérive impliquant des discriminations, notamment lorsque celles-ci concernent le rapport homme-femme.

Guylain Chevrier :  Effectivement, un racisme d’un nouveau genre sévit au sein de ce que l’on appelle parfois un peu vite la "communauté musulmane", sur le réseau social Facebook. On y voit apparaître de plus en plus de groupes discriminants et injurieux à l’encontre des "beurettes", des jeunes femmes maghrébines aux mœurs dites "libérées" accusées de "salir" leur religion. D'autre part, les insultes vont aussi aux couples formés par des filles d’origine maghrébine avec des jeunes hommes de couleurs. Cela dans des termes extrêmement violents à caractère raciste.

Il faut effectivement bien voir dans quel contexte intervient cette nouvelle manifestation de l’intolérance religieuse sur Facebook. Nous assistons à un retour en force de la revendication à vivre un islam authentique par une partie des musulmans, sous une influence parfois venue de l’étranger, que le développement du port du voile révèle dans l’espace public. La montée des revendications à caractère religieux dans l’école, dans l’entreprise, dans l’hôpital, à la piscine…, sous l’argument du respect de la liberté religieuse, crée un climat favorable à ces réactions.

Il y a la volonté, à travers des associations influentes comme l’Union des Organisations Islamiques de France jusqu’au sein du Conseil Français du Culte Musulman, d’aller vers un retour à la tradition et à une lecture littérale des préceptes religieux de l’islam, où se trouve en bonne place l’inégalité hommes-femmes, se traduisant par un rapport de soumission de la femme à un ordre masculin dominant, explicitement décrit dans la sourate IV du Coran. Une sourate dont le contenu n’est officiellement remis en cause par personne parmi les organisations considérées comme représentatives des musulmans.

On ne veut pas voir que s’opère lentement mais surement une dérive à travers cette recherche d’un islam authentique vers une radicalisation qui va de pair avec l’enfermement communautaire. C’est aussi le retour à travers cela du sacré, de l’opposition entre le pur et l’impur. Celle qui respecte les préceptes de soumission (traduction littérale d’al islam) en portant le voile, en cachant de façon générale ses attributs féminins qu'elle réserve à l’homme auquel elle se soumet ou auquel elle est promise à se soumettre, sera considérée comme pure par rapport à l’autre, l’impure, qui se souille en adoptant les mœurs occidentales et la liberté de vivre sa vie qui va avec.

Ce qui est accompagné d’ailleurs d’une nouvelle hiérarchisation entre arabes et noirs qui relève d’une logique identitaire puisant sa lecture dans l’histoire du mouvement de conquête des premiers vis-à-vis des seconds, qui ont été soumis et convertis. Une attitude qui peut aller jusqu’au racisme comme les insultes sur Facebook le montrent. On peut voir ainsi surgir un ethnicisme que réactive une certaine vision de l’islam qui entend revenir aux fondamentaux, à une soi-disant authenticité, extrêmement dangereuse pour notre vivre ensemble.

Ces mises au pilori en règle sont-elles récentes ? A quand remonte le phénomène ?

Camille Bedin : Le repli identitaire de certains hommes musulmans dans les quartiers est bien réel. Bien que je suis incapable de dater précisément l’émergence du phénomène, on peut dire que ces problèmes sont en augmentation. J’ai commencé à fonder des associations de quartiers il y a six ans et il est clair que la situation n’était pas la même qu’aujourd’hui : elle s’est aggravée. Je vois notamment des gens qui aujourd’hui refusent de me serrer la main alors que cela se faisait automatiquement il y a quelques années. Il ne s’agit pas, je le redis, du comportement d’une majorité de musulmans, mais bien d’une réalité propre à certains quartiers, faisant régner une violence morale et quotidienne.

Guylain Chevrier : On sous-estime, au nom du respect des cultures et du respect des croyances ce qui est en train de s’opérer ici, de tout à fait contraire à nos libertés communes, à l’esprit des conquêtes de l’égalité entre les sexes de notre société. Nous devenons oublieux de l’émancipation de toute la société à laquelle cette conquête a participé au nom d’une notion de tolérance totalement déplacée. Ce que révèle ces commentaires sur Facebook, c’est la volonté de traiter de tout écart des prescriptions religieuses comme blasphématoires autorisant toutes les insultes.

Le statut de la femme est toujours au cœur de la construction du dogme et son infériorité décrétée n'est démentie par aucune religion, toutes issues de sociétés patriarcales. Mais le phénomène particulier, c’est qu’aujourd’hui, les membres d’une religion revendiquent ce statut d’infériorité pas seulement pour les femmes maghrébines censées êtres musulmanes, mais aussi pour toutes les autres. Ces phénomènes témoignent d'une problématique bien plus large, qui concerne toute la société française.

Comment expliquer la prolifération de ces dénonciations alors que la société française a toujours considéré la dignité féminine comme un acquis depuis le début du XXe siècle ?

Camille Bedin : Le combat à mener ne doit pas tant l’être au nom du féminisme qu’au nom de la lutte contre les communautarismes et une forme d’islamisme. C’est là selon moi que se trouve le cœur du problème. Il faut évidemment défendre l’égalité homme-femme mais les causes sont ici bien plus profondes : ghettoïsation des communautés, crise de l’éducation et crise de l’identification aux principes républicains. 

Guylain Chevrier : Il faut voir que le mauvais exemple vient de très haut. On se rappelle comment a été imposée une judokate voilée aux derniers JO par l’Arabie Saoudite, sous prétexte que ce pays y présentait pour la première fois deux femmes. Pour Jacques Rogge, président du CIO, la présence de la judokate saoudienne était "une nouvelle positive" vue comme le signe d'une évolution encourageante, favorable selon lui à l’égalité hommes-femmes. Voilà comment on se laisse prendre au jeu de ceux qui entendent imposer leur religion partout. L’Arabie Saoudite, un pays qui interdit la conduite pour les femmes et a une police religieuse qui veille à la séparation entre les sexes dans l’espace public ! La judokate n’avait d’ailleurs pas le niveau et s’est ridiculisée sur le tatami. Il en allait de la volonté de certains d’imposer, encore une fois, l’image de la femme musulmane soumise à la religion à travers le voile, avec une tribune olympique transformée en véritable instrument de propagande.

On laisse déjà sur différents sites à caractère communautaire se développer un discours discriminatoire envers les femmes sous couvert de l’attachement à une religion ayant pour référence une vision qui serait celle de la "véritable" femme musulmane. Celle, respectable en quelque sorte, c’est-à-dire, soumise au dogme, acceptant un rapport de domination de l’homme sur la femme. On justifie ce modèle discriminatoire sous prétexte que celles qui l’épousent le font de façon libre et qu’il n’y aurait là aucune atteinte à leur personne.

Ne pas réagir à cela au non du respect des cultures et des croyances peut devenir suicidaire voire criminel pour notre République. C’est justifier que des individus détruisent leur propres droits. Il manque là des réactions qui sont attendues comme salutaires mais qui, dans la confusion actuelle, risquent de continuer à se faire attendre d’autant que le clientélisme politique est déjà passé par là.

Quelles réponses peut aujourd'hui apporter la République sur un sujet amené à devenir de plus en plus sensible?

Camille Bedin : La question de l’école est pour moi centrale : elle est celle qui est censée nous apprendre le vivre ensemble alors qu’aujourd’hui elle reproduit en son sein tous les maux de la société. Il est important de ré-apprendre à tous ce qu’est la République et ce que sont les valeurs qu’elle porte. A partir du moment ou la notion d’avenir commun recommencera à émerger, il sera possible de dire que les problèmes actuels de discrimination, notamment à l’encontre des femmes, sont en voie de résolution. La question de l’égalité des chances se pose aussi évidemment, dans le sens où les jeunes de banlieues n’ont souvent aucune autre perspective d’avenir que celle du trafic de drogue dans leurs quartiers. L'école doit donner à chacun sa chance et l'espoir de s'en sortir, selon son travail et son mérite. Enfin, les parents ont une responsabilité également. Des écoles des parents doivent voir le jour le plus possible, afin que tous - enfants, parents, communauté éducative - travaillent à nouveau à construire une identité et un avenir communs.

Guylain Chevrier : Elle devrait montrer bien plus de cohérence en interdisant, par-delà le niqab, le salafisme lui-même sur notre territoire, qui prône clairement l’infériorité des femmes, la négation générale de leurs droits sous prétexte de leur liberté de choix, un intégrisme religieux qui se double de la revendication de la polygamie interdite et normalement lourdement condamnée, mais jamais en pratique. De sérieuses voies d’eau qui encouragent les insultes dont nous parlons sur Facebook, qui devraient être condamnées sans ambiguïté publiquement et judiciairement. On laisse les choses aller en créant des fractures qui vont compter dans les choix politiques à venir qui ont de quoi inquiéter, car ce terreau ne peut engendrer que des réponses à la mesure de cette violence, de cet antihumanisme.

Il y a d’ailleurs dans ce retour à la tradition quelque chose qui flatte l’envie chez certains hommes de retrouver, à travers l’embrassement de cette religion, un rapport de domination que certaines femmes parfois recherchent, selon un modèle traditionaliste qui peut apparaître comme sécurisant. Le repli sur ce dernier peut être malencontreusement trompeur dans un contexte de postmodernité qui fait tout reposer sur la promotion d’un hyper individualisme et l’idée d’en finir avec toute logique collective, toute morale sociale, chacun selon son éthique et ses choix de vie. La religion apparaît comme la sauvegarde de ce qui reste de morale dans notre société, ce qui n'aide pas à combattre le phénomène.

Il y a effectivement une morale laïque, une morale républicaine, ancrées dans l’idée de progrès des droits et des libertés, sans oublier la responsabilité qui en revient à chacun. Mais là encore, la crise de la représentation politique n’aide pas non plus à redonner de la force d’attraction à l’idéal républicain égalitaire. La justice sociale est mise à mal par l’économisme qui donne le sentiment que tout se décide en dehors du pouvoir politique. La fameuse devise Liberté-Egalité-Fraternité, on n’a rien inventé de mieux, est un programme qui demande encore à ce que les citoyens, le peuple s’en mêle, pour infléchir ce mouvement de l’histoire où la femme se trouve particulièrement exposée comme on le voit sur les réseaux sociaux.

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caliclès
- 10/05/2013 - 17:44
Responsabilités
Je ne connais pas cette ordonnance de 45 concernant l'immigration France mais je connais le très fameux décret de 1976 concernant le regroupement familial. Ce texte est a l'origine de l'EXPLOSION de l'immigration de peuplement en France.
Et à ce que je sache ce n'était pas les socialistes au pouvoir mais un certain Valéry Giscard d'Estaing. Alors il fait arrêter les conneries du type: "c'est à cause des socialistes !". Non, c'est l'ensemble de la classe politique française qui a organisé ce bouleversement historique sans précédent dans l'histoire française. De Pompidou jusqu'à Sarkozy qui atteint des chiffres records en la matière qui seront sans doute encore dépassées par Hollande.
Leucate
- 10/05/2013 - 16:29
@r yvonman53 - Histoire à revoir ....
"""L'ordonnance du 2 novembre 1945 sous-tend une politique d'immigration durable, notamment via le regroupement familial, et l'acquisition de nouveaux droits au fur et à mesure de l'allongement la durée du séjour de l'étranger, supposée signifier son intégration."""
Je ne sais pas ce que vous voulez "sous-tendre" mais je peux vous affirmer que l'immigration de peuplement n'était pas prévue au programme, en tous cas avant les socialistes en 1981.
Il s'agissait de main d'oeuvre migrante qui faisait un temps de séjour en France puis repartait chez elle.
Par ailleurs le visa (qui était de deux ans, renouvelable) était lié au certificat de travail. Seuls une minorité de métiers (rares ou intellectuels) bénéficiaient du visa dit "d'étranger privilégié" qui était de dix ans.
Bien sur, durant cette époque, il y a eu des étrangers qui se sont fixés, mariés, et ont demandé la nationalité, mais c'était une minorité eut égard au turn over des travailleurs étrangers.
Lesquels par ailleurs étaient majoritairement des européens voisins, italiens puis espagnols et enfin portugais qui formaient le bas du panier, la main d'oeuvre à tout faire.
Leucate
- 10/05/2013 - 15:57
@ triton4 - croisades
L'occident qui avait subi l'agression musulmane jusque sur son sol (Espagne, Poitiers et Charles Martel) tandis que l'empire romain en Orient avait du concéder la Palestine, l'Egypte, les deux Maurétanies (Césarienne, l'Algérie - Tingitane, le Maroc) ainsi que l'Afrique (la Tunisie) commença à se réorganiser et à se reconstruire sous Charlemagne durant ce qu'on a appelé la "renaissance carolingienne".
L'empereur soutint les wisigoths d'Espagne et les aida a construire des défenses solides, bases de la future Reconquista.
En Orient, il fut suffisamment fort pour envoyer des troupes reconquérir la Ville sainte de Jérusalem et fonder les royaumes latins d'Orient.
On en parlait pas de "croisades" mais de "pèlerinage".
Un tube très connu dans tout l'occident latin retrace cette époque, "Seigneurs sachiez qui or ne prendra" ... composé par Thibaut de Champagne (roi de Navarre sous le nom de Teobaldo 1er de Navarra) qui participa à une des croisades en 1239 http://www.youtube.com/watch?v=k-gTUUgZCQo