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Crise après crise

De la Centrafrique au Mali : mais de quels maux souffre donc l’Afrique ?

Publié le 25 mars 2013
Les rebelles de la coalition Séléka ont pris dimanche le contrôle de Bangui, la capitale de la République centrafricaine. Une nouvelle crise sur le continent, que le président du mouvement de Libération du Peuple Centrafricain Martin Ziguélé refuse d'attribuer à l'ancien colonisateur blanc.
Alexandre Del Valle
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Les rebelles de la coalition Séléka ont pris dimanche le contrôle de Bangui, la capitale de la République centrafricaine. Une nouvelle crise sur le continent, que le président du mouvement de Libération du Peuple Centrafricain Martin Ziguélé refuse d'attribuer à l'ancien colonisateur blanc.

Depuis le début de la crise malienne, qui a conduit la France à intervenir contre les terroristes islamistes du Nord-Mali, une vieille idée tiersmondiste ne cesse de resurgir selon laquelle tous les maux de l’Afrique seraient dus aux « frontières mal tracées par les colonisateurs », grands coupables.

Selon cette thèse, l’ignorance des différences ethno-religieuses serait la vraie cause des crises, du Mali au Soudan, en passant par le Nigeria, la Côte d’Ivoire ou même la République centrafricaine (RCA), pays qui a fait la une de l’actu ce 24 mars, lorsque les rebelles de la Séléka ont pris d’assaut la capitale Bangui et exigé le départ du président Bozizé, accusé de ne pas avoir respecté les accords de Libreville de janvier 2013.

Cette idée du « nécessaire redécoupage des frontières », véhiculée par les chrétiens-animistes du Soudan du Sud (coupé du Nord, arabo-musulman, qui l’a persécuté pendant des décennies), ou par les indépendantistes musulmans touaregs du MNLA ou islamistes d’Ansar-Eddine, au Nord Mali, est fortement combattue par certains dirigeants africains, tel Martin Ziguele, ex-Premier ministre du Centre-Afrique et président du mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (premier parti d’opposition). Pour Ziguele, en effet, il « n’existe pas dans le monde un seul cas d’Etat dont les frontières aient été parfaitement dessinées ». « Le premier mal de l’Afrique n’est donc pas celui de frontières ‘mal tracées’, idée simpliste et trop facile, mais la mauvaise gouvernance et la gabegie ». Pour Ziguele, qui pourrait dans quelques mois être un candidat de poids à la présidence du pays, après une période de transition, « de même qu’il existe un ‘stress test’ pour les banques, il en existe un pour les Etats. » « Or, les Etats d’Afrique n’ont pas résisté aux chocs, politiques, économiques et militaires car ils sont mal gouvernés ».

Nul intérêt, par conséquent, de dénoncer la supposée « faute originelle des colonisateurs blancs », car le vrai problème de l’Afrique d’aujourd’hui est que les dirigeants africains « n’ont pas su gérer des territoires et des Etats hérités de la colonisation, qu’ils ont laissé sombrer en déliquescence, faute de conscience nationale et de préparation ». L’urgence est donc de « confier ces Etats à des leaders compétents décidés à créer de véritables nations autour de valeurs partagées. Le problème n’est donc pas la façon dont ont été dessinées les frontières, mais l’absence de construction de nations dans ces Etats mal gérés ». Et pour répondre à ceux qui veulent donner aux Touaregs du Nord-Mali un Etat indépendant et affirment que tous les Etats africains devraient être redessinés, Ziguele répond que « même si on redécoupait de nouveaux Etats pour chaque groupe ethno-religieux, les problèmes de mauvaise gestion resteraient, et il est en plus impensable de créer des micro Etats pour chaque ethnie, puisque l’on en dénombre plus de 100 au Cameroun et 300 au Nigeria… ! Aussi imparfait qu’il soit, le vieux principe d’intangibilité des frontières a tout de même plus limité les conflits qu’il n’en a déclenché selon Ziguele, et le problème fondamental de l’Afrique demeure la mal-gouvernance ».

Concernant la crise au Mali, l’ex-Premier ministre répond à ceux qui estiment que l’islamisme terroriste est un « faux problème », que dans cet Etat fragile, « une forme de racisme s’est appuyée sur l’extrémisme religieux non pas pour « libérer le nord-Mali » mais pour détruire tout Etat de droit ». Cette menace terroriste et criminelle (Boko Haram au Nigeria, AQMI au Mali, etc) est selon lui « un vrai danger pour tout l’arc ouest-africain et sub-saharien », du Mali au Tchad, en passant par la Côte d’Ivoire, le Niger, le Nigeria. AQMI, le MUJAO et Ansar-Dine au Mali, ou Boko Haram (Nigeria-Cameroun), à l’origine de massacres de chrétiens et de prises d’otages, notamment français et occidentaux, est selon Ziguele « une des principales menaces des Etats africains, car même les pieux musulmans maliens, sénégalais ou tchadiens sont effrayés par l’islamisme radical », et pas seulement les chrétiens ou les animistes noirs victimes de Boko Haram au Nigeria ou des milices nord-soudanaises islamiques et de l’armée de Khartoum au Sud-Soudan.

Si les islamistes terroristes avaient réussi au Mali ou ailleurs, ce serait donc une « véritable catastrophe », comme on l’a vu en Somalie, par exemple, avec les Shébab et les ‘tribunaux islamiques’, qui ont mis ce pays de la Corne-Est de l’Afrique à feux et à sang, jusqu’à ce que le Kénya et l’Ethiopie, eux aussi menacés, interviennent militairement contre les terroristes qui mettaient en danger toute la région. Cette menace islamo-terroriste doit donc « être éradiquée », selon Martin Ziguele, qui refuse pour cela de condamner l’intervention française au Mali, malgré ses convictions « anti—impérialistes ». Pour lui, il n’est pas du tout surprenant que l’intervention française ait été saluée par tous les Etats de la région, ceci après les échecs successifs des Etats Africains de la CEDEAO qui n’ont pas su s’entendre concrètement et s’organiser ».

Aucune solution pour l’avenir ne pourra donc se résumer à dénoncer le bouc-émissaire occidental. La seule issue responsable pour l’avenir de l’Afrique consistera au contraire de mettre au pouvoir des élites saines et préparées. Pour Ziguele, « il est irresponsable de dire tout le temps que nos problèmes viennent de l’extérieur, il faut faire fasse face à nos problèmes et responsabiliser les Africains, notamment à travers la coopération dans le cadre de l’Union africaine ». Il n’y a donc pas malédiction de l’Afrique, selon Ziguele, car « si jadis, au petit séminaire, nous étions émus d’apprendre qu’en Chine ou en Inde, des milliers de gens mouraient de faim, aujourd’hui, ces pays figurent dans le peloton de tête ! ». « L’Afrique avec ses ressources incroyables humaines et naturelles, peut faire de même si elle le décide et si elle s’organise ».

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Commentaires (3)
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JS
- 25/03/2013 - 17:50
Ca n'est pas compliqué :
Ca n'est pas compliqué : l'Afrique souffre de trop d'ingérence, d'assistanat et de politiques misérabilistes.

En tête de ses fossoyeurs figurent les ONGs..
flogo
- 25/03/2013 - 14:46
L'AFRIQUE EN EST ENCORE ...
aux luttes tribales.
Ce n'est pas ainsi que les africains entreront dans l'histoire moderne de l'HOMME.
Quelques uns émergent, c'est bon signe.
Espérons qu'ils vont se rendre compte enfin que le problème de l'instruction est la seule barrière à leur évolution.
ciceron
- 25/03/2013 - 12:30
« L’Afrique avec ses ressources incroyables humaines
et naturelles, peut faire de même si elle le décide et si elle s’organise »
Merci de m'avoir fait connaitre Martin Ziguélé.
Un homme à suivre
Patience, l'Afrique s'éveillera