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Mata Hari espionne histoire
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Mata Hari espionne histoire
Atlantico Business

Les femmes qui ont changé le monde et le cours de l’Histoire. Aujourd’hui, Mata Hari : du mouvement Metoo au Bureau des Légendes

Publié le 12 août 2020
Comme les années précédentes, nous avons repris notre carnet de notes pour rencontrer les personnages de l’Histoire qui ont changé le monde. Aujourd'hui Mata Hari.
Jean-Marc Sylvestre
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Comme les années précédentes, nous avons repris notre carnet de notes pour rencontrer les personnages de l’Histoire qui ont changé le monde. Aujourd'hui Mata Hari.

Comme les années précédentes, nous avons repris notre carnet de notes et notre crayon pour rencontrer les personnages de l’Histoire qui ont marqué leur époque et au-delà, changé le monde.  Le projet, un peu osé convenons-en, a été de leur demander de nous accorder un entretien pour revisiter le bilan de leur action et vérifier si leur lecture de l’Histoire permettait de mieux comprendre notre actualité.

Alors bien sûr, ces personnages étant aujourd’hui disparus, leurs interviews sont imaginaires, mais beaucoup moins qu’on ne le croirait. Les historiens ne nous en voudront pas, nous avons puisé les réponses dans ce que ces personnages ont écrit dans leurs mémoires et ce que les historiens nous ont apporté sur leur parcours.

Et cette année, nous avons choisi d’interroger des femmes qui ont dominé leur époque, dans tous les domaines, parce que notre actualité aujourd’hui est fortement impactée par les discours féministes, les révoltes et parfois les excès. Ces femmes de l’Histoire ont sans doute été précurseurs, mais pas seulement.

Aujourd’hui, Mata Hari. Egérie de la Belle époque, elle est restée dans l’Histoire autant pour avoir été la danseuse la plus courtisée de Paris, que pour s’être donnée au contre-espionnage en temps de guerre. Mais qu’a-t-elle apporté à la cause des femmes ? A-t-elle vraiment changé le cours de l’Histoire en tant qu’espionne ? Mata Hari : du mouvement Metoo au Bureau des Légendes

Un petit mot sur Mata Hari…

Margaretha Geertruida Zelle nait le 7 août 1876, aux Pays-Bas. Elle vit une enfance plutôt heureuse, choyée par ses parents, et surtout son père, un commerçant de chapeaux qui investit ses économies dans le pétrole. Mais le drame survient à ses 15 ans, quand sa mère meurt et que, la même année, son père se retrouve sans un sou. Margaretha est alors envoyée en pensionnat pour jeunes filles aisées. Alors qu’on la verrait bien institutrice, elle connait une idylle avec le directeur de son école, et devra subitement tout arrêter. A 16 ans, elle vit donc auprès de son oncle, dans une province de La Haye.

A 20 ans, un peu sur un coup de tête, elle décide de se marier à un officier militaire hollandais, Rudolf MacLeod, et le suit rapidement dans les Indes néerlandaises, sur l’île de Java où il est muté. Au bout de quelques années et deux enfants, le mari devient violent et Margaretha divorce.

Le retour en Europe sera un nouveau départ. Margaretha profite de ce qu’elle a vu dans les Indes et se construit un personnage de danseuse orientale, son teint hâlé et ses cheveux bruns l’aidant à crédibiliser son histoire. Elle séduit alors les hommes les plus riches et influents de son époque, se produit dans toutes les capitales, même si sa ville de prédilection reste Paris. Son activité de danseuse déborde rapidement, et elle devient une courtisane qui se fait couvrir de cadeaux. Elle excelle tellement dans cette activité qu’elle devient millionnaire.

Mais la guerre arrive. Alors qu’elle connait des difficultés financières dues au fait qu’elle se produit moins, le consul d’Allemagne aux Pays-Bas, au courant de sa situation, lui propose de se refaire en lui livrant des informations concernant les Français. En 1916, elle devient l’agent H-21. Mais à Paris, elle trouve sur sa route le chef du contre-espionnage français, duquel elle accepte une mission. Pour cela, elle continue de voyager à Madrid, en Angleterre et à Paris. Mais les suspicions d’agent double arrivent vite, Mata Hari est surveillée de loin. Elle sera finalement arrêtée à Paris le 14 février et aura bien du mal à défendre sa cause, face au capitaine militaire qui l’interroge de longues semaines. Alors que la guerre s’enlise côté français et que l’armée fait face à plusieurs affaires de mutinerie, le Conseil militaire choisit de frapper un grand coup et de faire de Mata Hari un exemple, en la condamnant à mort. Après plusieurs mois de prison dans des conditions qu’elle juge dégradantes, elle est exécutée le 15 octobre 1917 par le peloton d’exécution du Fort de Vincennes.

Femme intelligente pour beaucoup, séductrice qui savait arriver à ses fins, polyglotte - elle parle à la perfection 5 langues, et qui s’est créée un formidable carnet d’adresses en Europe, Mata Hari avait sans doute toutes les qualités requises pour faire une bonne espionne. C’est aussi ce qui l’a perdu et participé à la faire condamner. On n’a jamais su pour quel camp elle a finalement roulé, mais de fortes probabilités existent pour que les pièces, des télégrammes chiffrés des services secrets allemands, qui ont contribué à la faire accuser, aient en fait été falsifiées pour précipiter la perte d’une femme décidément trop libre et trop libertine.

Bonjour Mata Hari. Merci de nous recevoir dans ce quartier de l’Opéra , au Café de la Paix que vous avez si souvent fréquenté autrefois, en bonne compagnie. Je vois que vous portez votre costume de scène, ce bustier de pierreries qui a fait votre renommée.

Mata Hari : C’est quand même beaucoup plus agréable que les habits dont m’ont affublée les militaires quand ils m’ont enfermée. Ils n’avaient aucune manière, ceux-là. Je n’avais pas accès à ma garde-robe et vivait dans un confort lamentable. J’ai seulement eu le droit à une malle de vêtements pour être habillée en femme digne de ce nom le jour de mon exécution.        

Nous allons y revenir justement, puisque, tuée en 1917, vous avez eu une vie plutôt courte. 41 ans d’une vie courte mais terriblement animée. L’Histoire a fait de vous une espionne légendaire, mais vous avez surtout été une des courtisanes les plus en vue de la vie parisienne, et une danseuse exotique qui savait dévoiler ses charmes. Mais commençons par le début. Enfant, déjà, vous étiez à part. L’« enfant-orchidée », disait-on…

Mata Hari : C’était mon surnom, oui. Il faut dire que je détonnais un peu au milieu d’une ribambelle de cheveux blonds aux yeux bleus. Moi, j’avais le teint ambré, des cheveux noir ébène et des yeux gris, gris puissants, m’a-t-on souvent dit. Mais surtout, j’avais des tenues divines que m’achetait mon papa, des robes à volants et des chapeaux colorés, parce que lui vendait des chapeaux. Et même une calèche tirée par deux chèvres, c’était cocasse. Il gagnait beaucoup d’argent, au gré de ses investissements boursiers dans le pétrole. Lui, il savait se faire respecter, les gens l’appelaient le « Baron ». Mais un jour, sa société a coulé. Il s’en est allé vivre une autre vie, sans nous. Et pour moi, ça a été direction le pensionnat. Entre jeunes filles bien éduquées, nous apprenions les langues, le piano ou à monter à cheval.

Mais vous, Margaretha, à ce moment-là, vous apprenez surtout que vous pouvez séduire. Et vous faites tomber dans vos filets de jeune fille de 15 ans, pas moins que le directeur de cette école. On vous renvoie chez votre oncle, à La Haye. Qu’est-ce que vous faites, à ce moment-là ?

Mata Hari : Dans la campagne de La Haye, oui ! Je m’ennuyais à mourir… Un jour, dans le journal, une petite annonce m’interpelle. Un officier militaire cherchait une épouse. Il disait être basé aux Indes néerlandaises, à un poste de commandant. Il avait 40 ans, mais peu importe, ça sentait l’aventure, le voyage. Je voulais vivre comme un papillon au soleil. J’ai tout de suite écrit ! Et nous nous sommes rencontrés et fiancés dans la semaine.

Mariée à vingt ans, tout semblait rentrer dans l’ordre. Vous avez été une épouse docile, femme de militaire mais cela ne durera que quelques années. C’est quand vous avez divorcé que tout a basculé. Qu’est-ce qui vous a mené à ce moment-là, à reprendre votre liberté ?

Mata Hari : Mon mari était alcoolique, endetté, jaloux, volage et violent. Vous voulez que j’en rajoute ? Ah oui, il m’avait refilé la syphilis, ce qui a causé la mort de notre petit garçon. Je crois que le tableau est complet. Le divorce n’était pas très répandu à l’époque, mais mes parents avaient eux-mêmes finis par divorcer, ce qui avait d’ailleurs coïncidé avec le début de leurs soucis. Pour moi, ça a été le début de la liberté. Et contrairement à ce que vous dites, je n’ai pas la prétention d’avoir été une épouse docile ou éperdument amoureuse.

J’ai cru au prestige de l’uniforme, la réalité financière était toute autre, et j’ai vite déchanté.

Quand mon divorce a été prononcé aux Pays-Bas, sans la garde de ma fille d’ailleurs, malgré tout ce qu’il a pu faire, je me suis dit que c’était le début d’une nouvelle aventure. Je ne voulais plus rester en Hollande et voulais une ville qui raisonne avec gloire, amour et fortune. La destination de Paris m’a donc parue évidente.

Vous êtes arrivée en tant que Margaretha Zelle à Paris. Comment êtes-vous devenue Mata Hari ?

Mata Hari : Pas 100% Margaretha, Mata Hari était déjà un peu dans ma tête à Java. C’est là qu’on m’a appris les danses orientales et j’ai pu y trouver mon inspiration pour des costumes suffisamment suggestifs. Et Mata Hari, c’est de l’indonésien et ça veut dire l’œil du jour, le soleil qui illumine vos nuits…

Mais Paris a été un catalyseur, vous avez raison. La vie culturelle y était très développée, les opportunités pour commencer étaient donc nombreuses. Moi, j’ai démarré au Musée Guimet, qui appartenait à un collectionneur d’art. L’orientalisme était à la mode. Comme je ressemblais un peu à une fille des îles, je disais que j’étais métissée et ça passait. Dans mon spectacle, j’ai fait figurer Shiva, le dieu hindou suprême à quatre bras. Il y avait aussi de l’huile parfumée qui encensait la pièce. Et ce costume que je porte en ce moment-même, avec cette ceinture de pierres qui finit par lâcher la vaporeuse tunique et les tissus d’or, le tout sur des musiques et des danses sacrées qui m’ont été enseignées dans les temples indiens.

Quelle histoire que vous racontez, c’est du pur story-telling ! Vous feriez une redoutable marketeuse aujourd’hui, Mata Hari. Sauf que, quand même, vous faites scandale dans le petit milieu parisien. Parce que votre danse sacrée, c’est ni plus ni moins qu’un strip-tease…

Mata Hari : C’est ce qu’aimaient dire les journalistes, oui, eux qui aimaient se moquer de mon art dans leurs papiers. Mais ils me rendaient service, au moins on parlait de moi. Et croyez-moi, si officiellement, pour la morale, beaucoup d’hommes s’insurgeaient contre la nudité, le soir venu, ils étaient nombreux à venir me découvrir et se laisser envoûtés. Des journalistes, j’en ai vus ! Mais aussi des ambassadeurs, des ministres, des industriels, des financiers, des militaires… En me produisant en plein cœur de la bibliothèque du musée Guimet qui célèbre les arts, l’alibi culturel attirait tous ces messieurs importants. Enfin, c’est ce qu’ils racontaient…

Vos photographies de vous presque nue ont fait le tour du monde. Ça a été une pub remarquable. D’enjôleuse professionnelle par la danse, vous êtes vite passée à courtisane.  Le succès et l’argent vous sont un peu montés à la tête. Qu’est-ce que ça vous apportait de plus ? Certains soirs, à l’Olympia, vous rapportiez près de 10 000 francs, ce n’était pas assez ?

Mata Hari : On m’a dit courtisane, parce que ma liberté vis-à-vis des hommes dérangeait la bourgeoisie traditionnelle. Ça ennuyait les autres que j’ai plusieurs amants, en même temps et que j’aime faire de nouvelles rencontres. Alors, j’assume totalement d’avoir été gâtée par beaucoup de mes amants, mais tout ça était bien normal, s’ils voulaient passer du temps avec Mata Hari. Quel autre moyen y avait-il à l’époque, quand on était une femme, de s’émanciper et gagner sa vie dans une société encore très religieuse et carrément machiste ?

L’autre moyen justement, on est venu vous le proposer quand votre carrière a commencé à décliner et que les esprits étaient un peu moins à la fête. La guerre de 14. A un moment donné, vous basculez du côté sombre. Un général allemand vous a proposé de continuer à vous entretenir en échange d’informations sur la France. Vous devenez, dans les fichiers, l’agent H21.

Mata Hari : A ce moment-là pourtant, je ne pensais qu’à ma carrière de danseuse. Les gens n’avaient plus le cœur à passer des soirées au music-hall. Les temps avaient changé et c’était donc, pour moi, un moyen de durer. Le succès est éphémère, vous savez.

Les Allemands sont venus m’offrir d’espionner pour eux. J’ai accepté parce qu’ils me versaient un acompte. Mais je n’ai jamais voulu leur livrer des informations d’importance. Je tenais trop à la France, où j’avais beaucoup plus d’attaches.

Le comble, c’est que c’est ensuite la France, avec le général Ladoux, qui est venu à moi pour me demander d’être à son service.

Pourquoi prendre le risque de voyager dans deux pays belligérants, quand vous avez justement la nationalité d’un pays neutre ! Vous auriez pu avoir une retraite tranquille, avec tout ce que vous aviez dû mettre de côté…

Mata Hari : Une retraite à 40 ans, mais de quoi parlez-vous ! J’avais encore de si belles années. J’aurai pu rester en Hollande mais pour quoi ? Pour prendre le thé avec des dames de la bourgeoisie hollandaise, à parler couture ou école. Même si j’y connaissais quelques bienfaiteurs, cet endroit n’était pas synonyme d’aventure ou de succès. Les gens sont trop convenus et trop classiques. Ils n’aiment pas l’exotisme ou ce qui dérange. Au fond, ils sont un peu incultes.

Et puis figurez-vous que l’amour avait fini par m’attraper. L’homme que j’aimais, dont j’étais vraiment amoureuse, était russe. Le beau Vadim Maslov, capitaine militaire. Mais pauvre de moi, il était au service de la France.

Du coup, vous avez accepté la mission du Général Ladoux, en l’échange de la modique somme d’un million de francs anciens, soit environ 300 000 euros actuels. Quelle somme !

Mata Hari : Pour séduire le fils du Kaiser, je précise. J’ai mis plusieurs semaines à me décider mais j’ai dit oui, parce que je n’aurai plus de problème de laissez-passer pour voyager. Que je demande que ces services me soient payés, c'est légitime. Dans la vie, on n'a rien pour rien. Je n’avais pas honte d’accepter de l’argent et surtout, je n’avais pas honte d’en parler et d’en demander. Alors, ils m’ont trouvée trop chère, la France n’avait plus les moyens de m’assumer. Alors ils m’ont trahie. Je n’ai jamais touché cet argent et je n’ai jamais revu Vadim.

Mon plus grand tort, c’est aussi d’avoir été une femme internationale, à un moment où il fallait choisir sa patrie. Mais tout a changé si vite en quelques années. La France et l’Allemagne qui étaient des sœurs sont devenues ennemies, prêtes à tout pour se déchirer.

Et moi, j’avais des attaches un peu partout. Que voulez-vous, je regardais le portefeuille des hommes, pas leur passeport.

Lors de vos nombreux interrogatoires, vous donnez autant de versions à votre histoire que vous n’aviez d’amants. Votre stratégie de défense n’était pas claire. Le capitaine Bouchardon lui-même, qui a instruit votre procès, a dit des années plus tard que « ce n’était peut-être pas une affaire importante, je ne sais pas si elle a apporté grand-chose en tant qu’espionne ». On dit de vous que vous n’étiez pas une bonne espionne, et une raison à ça, c’est que vous n’étiez pas très cultivée.

Mata Hari : On dit ça de beaucoup de femmes pour les discréditer. On les fait passer pour des cruches. C’est tellement plus facile que d’aller les affronter sur le terrain des idées. Mais tout cela prouve que c’est surtout mon personnage de femme indépendante qu’ils ont voulu faire disparaitre.

Vous voulez dire que vous avez été sacrifiée ?

Mata Hari : J’ai été jugée par un conseil militaire, autrement dit, que des hommes et ce n’était pas ceux qui avaient eu l’habitude de profiter de mes faveurs. Certaines de mes révélations les ont fait sauter au plafond. J’ai autant été condamnée pour mon espionnage que mon libertinage. Pour certains, c’était de la dépravation.

Une tentative de muselage de la société qui ne voulait que s’exprimer. Heureusement pour d’autres, les années folles ont suivi. Et après des années sombres, vous vous amusez de nouveau beaucoup aujourd’hui. J’aurai beaucoup aimé être des vôtres, même si les starlettes de téléréalité ont remplacé les cocottes de la Belle Epoque. Nous avions plus de classe, plus de pouvoir aussi…

Vous avez participé à l’émancipation de la femme, c’est incontestable. Vous auriez participé au mouvement #metoo, si vous aviez été de notre époque ?

Mata Hari : Que de tweets et de hashtags, si j’avais dénoncé tous les petits pervers de l’époque ! Mais, même en mission d’espionnage, je n’ai jamais balancé personne. Et je n’ai jamais voulu qu’on me traite en victime, même fusillée. Vous devriez trouver une autre porte-parole.

Vous avez réussi votre coup en tout cas, vous avez finalement gardé tout votre mystère et votre splendeur. Merci Mata Hari, j’espère que vous ne nous avez pas raconté trop de mensonges…

Propos recueillis par Aude Kersulec

 

Pour aller plus loin

Film : Mata Hari, la chasse aux espions de Alain Tasma, 2006.

Livre : Mata Hari, La Poudre aux Yeux, Anne Bragance, Éditions Belfond

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jurgio
- 13/08/2020 - 14:14
Ce serait plutôt les femmes
qui n'ont jamais changé le monde et l'ont continué dans la déchéance libertaire