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Arretmaladie.fr permet d’obtenir un arrêt maladie en 3 minutes sur internet mais déclenche la colère de la sécurité sociale. Sauf que...

Publié le 13 janvier 2020
Arretmaladie.fr déclenche une vraie polémique. L’assurance maladie attaque en justice un service qui fonctionne dans d’autres pays et qui répond pourtant à une vraie demande que le système de santé français est incapable de satisfaire avec le risque d’encourager les abus.
Jean-Marc Sylvestre
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Arretmaladie.fr déclenche une vraie polémique. L’assurance maladie attaque en justice un service qui fonctionne dans d’autres pays et qui répond pourtant à une vraie demande que le système de santé français est incapable de satisfaire avec le risque d’encourager les abus.

Les uns crient au scandale éthique, les autres à l‘arrivée des fake-doctor, et certains y voient une uberisation du système de santé... D’autres considèrent tout simplement que la médecine sur internet est inéluctable tant que le système sera incapable de répondre à la demande, ce qui est le cas actuellement.  Les mêmes mesurent le risque d’accroitre l’abus d’arrêts de travail de complaisance. Plus besoin de chercher un médecin conciliant. Il suffira d’un clic de souris. 

Le lancement du site internet Arretmaladie.fr a provoqué un beau débat dans le petit monde français de la santé et surtout la colère de l’assurance maladie qui y voit une marchandisation de la santé, d’autant plus choquante qu’elle peut se développer aux frais des assurés sociaux. Tout est dit. 
En bref, le site arretmaladie.fr offre la possibilité de donner après une téléconsultation rapide des arrêts de travail jusqu’à trois jours et le tout pour 25 euros remboursés (mais c’est pas encore sur)  par la sécurité sociale.  A peine ouvert début janvier, ce site a été attaqué en justice par l’assurance maladie. 

Le concept est très simple : quand vous vous sentez fatigué, avez mal à la tête ou au dos, vous avez attrapé une gastro. Vous n’avez pas le courage d’aller au travail, d’autant qu’il y a des grèves de transport, vous allez sur Internet sans sortir de chez vous, vous remplissez un questionnaire rapide sur le "pourquoi du comment", votre numéro d’assuré social ...vous attendez trois minutes et on vous rappelle pour vous mettre en lien via une plateforme de téléconsultation avec un médecin en téléconférence et qui, en quelques minutes et deux questions, va valider votre certificat d’arrêt de travail, lequel est transmis à l’assurance maladie et à votre employeur. Le tour est joué, et vous pouvez rester au chaud 3 jours. 
 
Ce site a donc été ouvert en France il y a une semaine mais il s’est retrouvé immédiatement dans le collimateur de l’assurance maladie et de l’Ordre des médecins. Une action en justice est en cours pour tromperie.  
Le concept a été lancé par un avocat allemand et il fonctionne très légalement en Allemagne. Le marketing est très simple, très efficace et l’annonce sans détour « Arrêt maladie sans se déplacer » sur la page d’accueil, en promettant l’obtention en quelques clics, 7 jours sur 7 et sur simple demande, de trois jours « off ». Le tout sans être obligé de se déplacer chez le médecin qui est surbooké. 
En pratique, l’utilisation du site est ultra facile. On sélectionne ce dont on croit souffrir : coup de froid ou gastroentérite, mal de dos ou de ventre, cystite ou douleurs de règles, l’internaute doit cocher ses symptômes (diarrhée, fièvre supérieure à 38,5 °C, etc.), et indiquer s’il a un médecin traitant disponible dans un délai raisonnable, avant d’être renvoyé vers une téléconsultation avec un médecin. Il ne s’agit donc pas d’un self-service. Tout est légal, depuis que la téléconsultation a été autorisée par l’assurance maladie elle-même, et qu’elle peut effectivement se solder par un arrêt de travail (et/ou par une ordonnance de soins). 
Reste que, dans cette configuration, le médecin consulté ne connaît pas vraiment la personne qui le sollicite, ni quel métier elle exerce et si son affection l’empêche réellement de se rendre au travail. Pour éviter les abus, l’arrêt accordé ne peut pas excéder les trois jours et le nombre d’arrêts est limité à quatre par an. Quand même ! 
Alors, l‘impact pour les finances publiques n’est pas énorme puisque les arrêts de trois jours ne sont pas couverts par la sécu : le salarié n’est donc pas payé, ou alors c’est son employeur qui couvre le manque à gagner. Dans la fonction publique, deux jours sur les trois possibles, peuvent être pris en charge. Il existe simplement une zone d’ombre sur les 25 euros qu’on doit payer au site. Arretmaladie.fr laisse entendre qu’ils sont remboursables. Or, légalement, une téléconsultation doit s’inscrire dans un parcours de soins : si le médecin consulté n’est pas le médecin traitant, elle n’est pas couverte. Toutefois, il y a des exceptions. En toute logique, une téléconsultation via Arretmaladie.fr ne devrait pas être remboursée et l’assurance maladie espère obtenir gain de cause par le tribunal, sur ce point. En dehors tout semble légal.   

Alors, tout est légal sauf que l’entreprise allemande s’est engouffrée dans des failles opérationnelles du système de santé français. En offrant un tel service, elle permet au patient de se servir lui même et peut-être de trouver une solution qu‘il ne trouve pas dans le système qui existe depuis des lustres 
Et c’est vrai principalement sur deux points :
D’abord, les médecins sont débordés, ils ne sont en mesure de répondre rapidement à des demandes de consultation. La médecine de ville a pratiquement disparu, il y a des régions entières en France qui sont devenues des déserts médicaux. D’où la crise des urgences dans les hôpitaux qui sont complètement encombrés. Dans quelques cas, la seule solution pour le patient est d’aller aux urgences. 

Ensuite, et c’est un problème beaucoup plus grave, une moitié des arrêts de travail sont justifiés par des maladies chroniques ou pas, mais très identifiés et souvent graves : cancer, maladies cardio vasculaires  etc...
Mais un gros tiers des arrêts de travail sont demandés pour des « raisons sociales ou sociétales ». Le mal de dos, la fatigue, la migraine, la sensibilité aux infections, les allergies... Tous ces maux sont réels, mais ils sont provoqués par un mal être familial ou professionnel, un dysfonctionnement dans le travail ou la vie de famille, un stress etc... Tous ces maux sont plus souvent du ressort de la DRH de l’entreprise que du médecin, surtout s’ils sont pris au début. Ce sont des symptômes de maux plus profonds.  
L’arrêt de maladie est très souvent utilisé comme amortisseur de crise personnelle ou sociale et on demande au médecin de réparer les méfaits d’une mauvaise ambiance au travail ou une arrogance insupportable de son chef ou tout simplement, on lui demande du temps parce que les enfants ne peuvent pas aller à l’école ce jour là pour fait de grève. Ça arrive ! 
La plupart de médecins sont évidemment très conscients du rôle qu’ils tiennent au delà même des actes médicaux techniques, mais ils ne représentent pas la solution miracle aux dysfonctionnements de la société. 
Ce débat pourrait être l’occasion pour le ministère de la Santé de redéfinir précisément les conditions de l’arrêt de travail pour éviter ou freiner les abus. 
Cette affaire n’est pas sans rappeler les débats qui avaient suivi l’arrivée de Uber ou même Airbnb. 
Uber est arrivé dans le monde de la mobilité parce que les acteurs officiels ne réussissaient pas à répondre à la demande. Uber a permis de satisfaire un marché, mais Uber a aussi obligé les acteurs traditionnels à modifier leur offre. Les acteurs d’Uber ont eux aussi fait un effort pour respecter les règlementations, un peu comme les propriétaires d’Airbnb. 
Arretmaladie.fr accroit l’offre de médecins pour des actes mineurs. Cette initiative devrait accélérer la mutation du secteur. Les organisations professionnelles (le conseil de l’Ordre et les syndicats) auraient tout intérêt à s’interroger sur la façon dont ils doivent faire évoluer leurs pratiques. 
Quand la plateforme de réservation Doctolib est sortie sur le marché, elle a soulevé un concert de protestations. Puis peu à peu, les médecins se sont aperçus que Doctolib leur permettait d’optimiser leur secrétariat et leur temps utile. Aujourd’hui, dix ans plus tard, Doctolib est un énorme succès et aucun médecin adhérent n’accepterait de s’en passer. L‘assurance maladie elle-même y trouve son compte parce que le système favorise les contrôles. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (6)
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Forbane
- 13/01/2020 - 23:06
JMS
« D’abord, les médecins sont débordés, ils ne sont en mesure de répondre rapidement à des demandes de consultation. La médecine de ville a pratiquement disparu, il y a des régions entières en France qui sont devenues des déserts médicaux. D’où la crise des urgences dans les hôpitaux qui sont complètement encombrés. Dans quelques cas, la seule solution pour le patient est d’aller aux urgences. »
Mais ces médecins ( bien français) qui teleconsultent, ils ont du coup encore moins le temps de voir de vrais malades en chair et en os et donc Ils répondent encore moins aux besoins de leurs patients ( j’espère aussi moins que le site vérifie les diplômes....)!
En même temps, ça réjouira Mme de Menthon, des arrêts à la carte pour tous!
Au moins les salles d’attente des médecins seront peut-être remplies de vrais malades et moins des glandus fatigués chroniques!
JBL
- 13/01/2020 - 16:13
Doctolib
Quelle magnifique application pour enregistrer les pathologies des gens. Et bien entendu, personne ne vous demande l'autorisation pour accepter ou refuser un tel service. Quand Doctolib vendra son fichier à des assureurs, des banquiers ou des cabinets de recrutement, ( si ce n'est déjà fait) ils ne viendront pas vous prévenir, qu'ils ont diffusé votre vie privé. Tout part d'un bon sentiment, mais vous retrouvez sur votre smartphone (google apple....), votre messagerie (microsoft ou autre....) votre rendez vous avec le cardio, le cancérologue, le neurologue et ainsi de suite. Et la Cnil dans tout ça ?????
vauban
- 13/01/2020 - 13:51
Coukoucemoi
Tout à fait d’accord avec votre propos
Le salariat privé est condamné. Vive l‘uberisation des tâches!Pas de salariés boulets....pas de déclaration X de contribution Y et de prud’hommes partiaux.....À trop tirer dessus la ficelle rompt