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RugyGate : les mécanismes de notre sadisme collectif

Publié le 14 juillet 2019
L'interview au cours de laquelle François de Rugy, au bord des larmes, se défend auprès de Jean-Jacques Bourdin d'avoir jamais financé ses dépenses personnelles grâce aux fonds publics est devenue presque aussi virale que l'article accusateur de Mediapart.
François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’Iris. ...
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L'interview au cours de laquelle François de Rugy, au bord des larmes, se défend auprès de Jean-Jacques Bourdin d'avoir jamais financé ses dépenses personnelles grâce aux fonds publics est devenue presque aussi virale que l'article accusateur de Mediapart.

Atlantico.fr : Comment expliquer que le fait d'observer le Ministre de l'écologie dans une situation délicate peut générer du plaisir et de la satisfaction chez certains ? Quels sont les mécanismes psychologiques à l'œuvre dans ce phénomène ?

François-Bernard Huyghe : Je ne sais pas s’il s’agit réellement de plaisir bien qu’il y ait toujours eu une certaine joie populaire à voir tomber les puissants, je parlerai plutôt ici de colère. 

Pourquoi y-at-il une colère ou une indignation particulière dans ce cas précis ? D’abord il y a quelque chose de symbolique dans tout ça parce qu’il s’agit de nourriture. Ici tout ramène aux expressions telles que s'empiffrer ou encore se remplir la panse. 

C’est la symbolique vraiment de se goberger avec des super homards et des grands vins. C’est donc quelque chose qui parle à tout le monde et en même temps il y a le côté copinage et connivence, vie de chateau. Il y a donc réuni, et en plus visuellement au même endroit, des éléments qui parlent à chacun. 

Contrairement à d’autres affaires, ici chacun peut se rendre compte concrètement des excès. Si l’on vous dit qu’il boit une bouteille de Bordeau à 500 ou 600 euros c’est extrêmement concret. C’est comme les costumes de François Fillon à quelques milliers d’euros, chacun se rend bien compte qu’il n’a pas les moyens financiers de mener un tel train de vie, c’est bien plus parlant qu’une visite en jet privé! 

De plus, il y a un effet feuilleton. L'histoire de la dépense amène le scandale de la révélation de son logement de fonction, puis celui de l’occupation d’un HLM, puis celui de l’achat d’un sèche-cheveux plaqué or par sa femme, puis le licenciement de la sous-préfète Nicole Klein qui perd son poste pour avoir bénéficié d’une habitation à loyer modéré qu’elle habitait très peu à Paris… Tout cela s’est accumulé et en plus il y a un effet de contraste entre la réputation qu’a François de Rugy d’être un moralisateur et qui plus est écologiste (le homard en abondance n’est donc pas du meilleur goût..). Il y a également le contraste entre l’affaire et la rhétorique de LaREM qui se disait dans une phase plus sociale et enfin le contraste avec la révolte des Gilets Jaunes. Tout ceci s'additionne et donne lieu à une certaine colère.

Yves Michaud : On ne va quand même pas déranger Aristote un dimanche matin pour parler du plaisir de la tragédie. D’autant que la tragédie en question est une tragi-comédie dont la théorie littéraire dit qu’elle mêle événements graves et incidents comiques, avec des personnages de haute extraction et un dénouement heureux. Ici tout y est : on est sur RMC, Radio Média et Crustacés, pour une histoire de dîners de « gala » qui tournent mal. Un noble injustement accusé se défend les larmes aux yeux, devant un journaliste Censeur bienveillant ou Commandeur (Bourdin). Finalement tout est bien qui finit bien : le noble rentre chez lui la tête haute et on chasse le valet, je veux dire la directrice de cabinet, qui n’a rien fait. Tant pis pour Scapin et Sganarelle: pour eux les coups de bâton !

La vie politique française a au moins ça de bon qu’elle offre quasiment tous les jours de grands moments de rigolade, de Schiappa et ses Grenelle à Monsieur Goullet de Rugy et ses homards, de Hollande sur son scooter (je n’en reviens toujours pas!!!) à Benalla s’entraînant à la castagne place de la Contre-escarpe, de Mélenchon-le-peuple à Gilles Le Gendre se trouvant trop intelligent pour le peuple. Sans oublier Macron le rappeur. Désopilant. Est-ce que ça finira bien ? C’est une autre affaire… 

En quoi ce sadisme collectif et médiatique constitue-t-il à la fois un danger pour la stabilité de la démocratie et un élément révélateur et intéressant à analyser en tant que tel ? 

François-Bernard Huyghe : La chute des puissants est toujours spectaculaire. Ce n’est pas nouveau, on a en France une tradition d’anti-parlementarisme de droite et de gauche sur le thème “ils en profitent bien avec l’argent de nos impôts, ils ont la belle vie”. De temps en temps, des scandales sont révélés tels que les costumes de François Fillon. 

On se trouve face à deux problèmes, tout d’abord ce sont des dépenses somptuaires or dans tout République il y a des lois contre le luxe et les dépenses excessives. Et d’autre part c’est le côté connivence, classe supérieure, copains etc… 

Cela dit je fais une grosse différence entre les médias classiques et les réseaux sociaux. Sur les seconds tout le monde se déchaîne car il y est bien vu et porteur d’y traiter le thème de l'indignation et du scandale. L’affaire a donc énormément tourné sur les réseaux sociaux mais sur les médias mainstrain je n’ai pas l’impression qu’on l’ait énormément lainché. J’ai même vu des présentateurs qui parlaient d’inquisition, de retour aux années 30 et de danger pour la démocratie. 

La presse française traditionnelle ne s’est donc pas “déchaînée” par contraste avec la presse étrangère qui a sévèrement condamné l’affaire,  il n’y a qu’à lire les articles à ce sujet dans Courrier International. 

Yves Michaud : Je ne vois aucun sadisme collectif : on donne à rire au peuple et celui-ci, bon public, se marre. D’autant que dans le même temps, on va lui enlever Patrick Sébastien ! Non seulement, ce n’est pas un danger pour la démocratie mais, à l’inverse, c’est une soupape de sûreté. Beaumarchais précède la Révolution, ce n’est pas lui qui la cause ! Votre référence au darwinisme médiatique est plus intéressante. Il y a en effet manières et manières de se tirer d’un mauvais pas à la télé-radio. Certains y réussissent mieux que d’autres. Tapie reste le  modèle du culbuto. Fillon aura, lui, été nul dans son mutisme renfrogné. Maintenant, ne soyons pas naïfs : derrière le politicien, il y a des coachs en communication et celle-ci est fabriquée. Ce qui me frappe dans la communication du ci-devant citoyen Goullet de Rugy, c’est sa maladresse – exactement comme ce fut le cas pour l’affaire Benalla. Il est difficile de passer de « donneur de leçons morales » à gamin pleurnichant parce qu’on l’a pris les doigts dans une bouteille de champagne Taittinger. C’est un peu gros.

La maladresse est aussi de virer sa directrice de cabinet comme une malpropre comme si c’était elle qui stockait les homards dans son HLM. En fait, de Rugy, probablement inspiré par sa Lady, se faisait organiser ce qu’on appelle des dîners en ville pour embellir son image dans une carrière qui marche bien et l’a mené assez haut de petites habiletés en petites trahisons. Sauf que « en ville », ce n’était pas n’importe où, et que le carré d’agneau était remplacé par du homard. Maintenant il faut s’expliquer devant les bouseux qui ne connaissent que les homards surgelés du Saint-Laurent qu’on bazarde les veilles de réveillon. A sa place, j’aurais pris les choses de haut : Quoi, moi noble de tant de générations, moi défenseur de la planète, moi président de l’Assemblée du peuple, je n’ai pas le droit de recevoir dignement le gratin des médias de caniveau que vous adorez lire et pas seulement chez le dentiste ? Les Français auraient adoré. Hulot était bien plus malin du haut de ses ULM et de ses 4x4 ! Il ne venait pas à l’Assemblée en quad : il les gardait pour la Corse.

Pour sa défense, François de Rugy dénonce l'immoralité des médias, animés par le "fantasme des coupeurs de têtes". En quoi la surmédiatisation des personnalités politiques, dans la mesure où elle joue sur la psychologie des citoyens et électeurs, risque-t-elle à terme de faire entrer la politique dans une ère émotionnelle, fondée sur le débat de sentiments et non le débat d'idées ?

François-Bernard Huyghe : D’une part François de Rugy a probablement bénéficié de l’une des pires communication de crise que j’ai vu depuis des années. Il a fait vraiment toutes les gaffes c’est-à-dire “méchants médias”, “années 30”, il a limogé sa chef de cabinet Nicole Klein en montrant qu’il appliquait aux autres une rigueur morale qu’il ne respectait pas même lui-même, il a également déclaré organiser ces dîners pour garder le contact avec la société civile… 

De plus, il s’est défendu en arguant qu’il était allergique aux plats de luxe et qu’il ne buvait pas de champagne ce qui a rapidement été démenti sur internet.. C’était donc une très mauvaise défense d’autant plus qu’il a face à lui un adversaire redoutable qui est Mediapart qui en plus de trouver des affaires s’assure toujours d’avoir suffisamment à dire avant de s’avancer.

Tout ça est donc très émotionnel, mais je ne sais pas réellement s’il y a eu une époque à laquelle on faisait de la politique rationnellement en se cantonnant au débat d’idées. En revanche, il est vrai qu’il y a désormais moins de débat d’idée mais c’est peut-être parce que l’on est dans la pensée unique et le politiquement correct en permanence. 

Yves Michaud : Il ne faut pas mettre les choses à l’envers. Ce sont les politiciens et les gens de média qui se surmédiatisent. Voyez les faire la queue pour aller blablater dans les débats, tables-rondes, pour se faire recevoir aux émissions politiques ou aux interviews du matin. Et encore je ne dis rien de la connivence incestueuse entre Médias et Politiques. Apathie qui dit ne jamais « manger » avec des politiques me fait doucement rire : il les trouve où ses ragots de Café du commerce– qu’on appelle des analyses politiques ? Et les « indiscrétions » des magazines ? Et les reportages dans Gala, Closer, dans Voici, dans le JDD ? Et les pleines pages de vies de saints dans Le Monde, le Figaro et ailleurs ?

Voyez l’exhibitionnisme de Madame Macron et sa com familiale à tout-va ! Regardez toutes ces histoires dites « sentimentales »  entre journalistes ou starlettes et politiques qui se retrouvent enlacés dans la presse  people : Hollande, Montebourg, Valls, Baroin, Moscovici, Mélenchon – et même Collomb. Comparez !En Allemagne, les gens pensent que les tremblements de Merkel sont une affaire strictement privée ! Si le débat est affaire d’émotions et non d’idées, c’est parce que la classe politique française le veut bien – et en fait qu’elle n’a pas la queue d’une idée. Alors, rions à la tragi-comédie ! L’histoire de Rugy ? Un drame bourgeois typique, mélange de comédie et de tragédie, qui aurait pu s’intituler aux temps de Diderot et de Beaumarchais : « le Gala indiscret ! ». 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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moneo
- 15/07/2019 - 18:18
le plus meurtrier a été quasiment occulté
Media Part qui a une bonne mémoire avait gardé, pour la fin ,son dernier missile savoir qu'un Parlementaire pouvait légalement en se débrouillant bien ,ne pas payer d' impôt sur le revenu...ce qu'a fait De Rugy en 2014/2015.
la Presse officielle a carrément zappé et même cet article d'Atlantico n'en parle pas .... et pourtant c'est pire que le homard cette histoire.les français à tort ou raison pensent leurs parlementaires sont bien trop payés avec les avantages annexes qui découlent de leurs fonctions.......s'ils finissent par découvrir qu 'il ne payait non plus d'impôt , le goudron et les plumes finiront par sortir et tout cela pour une idée non prouvée que nous serions responsables du réchauffemnt climatique et donc que nous pouvons l'arrêter pour autant qu 'il soit avéré ....De toutes façons, les gauchistes , sont d'accord pour détruire le capitalisme et faire ce que le communisme n'avait pas réussi et la majorité des capitaliste est prête à s'allier avec le diable pour avoir des contrats de" sauvetage du climat" payés par le contribuable présenst et futurs. Risible s quand le monde n'est pas d'accord avec nous et que nous ne représentons plus rien
AZKA
- 15/07/2019 - 04:46
Ça sent la fin de règne
Pour Monsieur de Rugy.
Décidément les perruques poudrées virtuelles deviennent réalité.
assougoudrel
- 14/07/2019 - 18:47
Qui ose m'insulter!
Je suis une moule, moi! Avec toute ma tête. Dire que ce minable a mon QI! A moins que vous parlez de la "coucoune" de la femme.