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Bonnes feuilles
Comment la surenchère mémorielle empêche aujourd’hui le vrai travail de mémoire
Publié le 21 avril 2019
Après "Génération j'ai le droit", "Une France soumise" et "Les territoires perdus de la République", Barbara Lefebvre analyse dans son nouvel ouvrage "C'est ça la France…" (ed. Albin Michel) les origines et les enjeux des hontes françaises et nous explique comment les conjurer. 2/2
Barbara Lefebvre, enseignante et essayiste. Auteur de C’est ça la France (Albin Michel). Elle a publié en 2018 Génération « j’ai le droit » (Albin Michel), était co-auteur en 2002 de l’ouvrage Les territoires perdus de la République (Pluriel)
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Barbara Lefebvre
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Barbara Lefebvre, enseignante et essayiste. Auteur de C’est ça la France (Albin Michel). Elle a publié en 2018 Génération « j’ai le droit » (Albin Michel), était co-auteur en 2002 de l’ouvrage Les territoires perdus de la République (Pluriel)
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Après "Génération j'ai le droit", "Une France soumise" et "Les territoires perdus de la République", Barbara Lefebvre analyse dans son nouvel ouvrage "C'est ça la France…" (ed. Albin Michel) les origines et les enjeux des hontes françaises et nous explique comment les conjurer. 2/2

En niant l’unité culturelle française, Emmanuel Macron ne sert pas la cause de la diversité, il alimente les divisions. Ses propos révèlent qu’il est le produit de la technocratie postmoderne : la liquéfaction de la culture française est une marque de modernité, un signe de sa grandeur ! Et pendant qu’on récuse la culture classique française, on bat la troupe pour préserver de la dissolution multiculturelle les cultures « minoritaires », celles des « opprimés ».

Les effets concrets de ce projet, nos élites politiques, médiatiques, intellectuelles ne les ressentent pas car elles ne vivent cette diversité enrichissante que dans l’entre-soi des « gens bien nés » avec qui ils partagent les mêmes intérêts socio-économiques. On parlait de la classe des « privilégiés » en un autre temps. De ces circonstances sociologiques de grande uniformité découle une cécité sur le réel de la vie des « gens mal nés ». Le discours lénifiant sur la diversité culturelle est une hypocrisie dont la majorité des Français ne sont plus dupes. La grogne populaire monte face aux aveuglements de la minorité dirigeante qui a décidé d’abandonner les Français à leur colère pour ensuite les discréditer. Cela s’appelle la stratégie du pire.

Sur l’identité, la sensibilité des Français est grande. Au cours des deux dernières décennies, les tensions culturelles se sont durcies et les enjeux intellectuels et idéologiques clivés entre tenants d’une vision unitaire de la culture française et ceux qui en défendent une conception diversitaire. Il n’est qu’à observer l’enseignement de l’histoire et de la littérature aujourd’hui pour constater les ravages de la déconstruction, privant les nouvelles générations de repères communs qui serviraient pourtant à former un peuple ayant en partage quelque chose de plus grand que des habitudes de consommation. Or, comme toujours en France, quand les clivages identitaires et politiques se font plus profonds, c’est l’histoire qu’on convoque. On l’interpelle comme si elle était un juge ou un procureur, on la somme de « dire la Vérité ». Que l’histoire refuse de trancher en vertu de la complexité des phénomènes qu’elle analyse ou bien qu’elle tranche parce qu’un large consensus académique existe, on la conspuera tout aussi vivement.

Le métier d’historien est en crise. C’est pourtant une profession moderne. Au cours du xixe  siècle, l’historien est devenu un professionnel, un « expert » dans l’écriture du passé, dans sa reconstruction, sa représentation et son interprétation. Son travail repose sur des méthodes d’analyse critique des sources qui l’obligent à des recherches exhaustives et à l’honnêteté intellectuelle. Si les sources viennent contredire ou nuancer ses hypothèses, il a obligation d’en tenir compte. Si d’autres historiens avancent d’autres interprétations, il faut accepter le débat et non le récuser au nom de la morale ou d’un engagement idéologique. Un historien ne ferme aucune porte. Il accepte de creuser le même trou pendant des décennies, éventuellement sans jamais conclure. Mais ne soyons pas naïfs, l’idéologie a beaucoup affaire avec l’écriture historique. Les historiens sont des individus insérés dans leur époque, dans leur classe sociale, dans leur culture, dans leur vécu intime. Et la politisation de certains historiens a transformé chez eux l’analyse critique en prêchi-prêcha idéologique.

À partir des années 1980, l’histoire a été prise dans les filets des sciences sociales. Cela a modifié sa position vis-à-vis de son objet d’étude – notre passé – et l’opinion lui a réclamé de décréter « les vérités » ou de déconstruire illico presto « les mensonges ». Plus question que l’histoire soit un manteau d’Arlequin, elle doit ressembler à l’habit immaculé du pénitent. Ainsi ces revendications purificatrices ont pris le nom pompeux de « demande sociale sur les sujets sensibles »  : l’esclavage, la colonisation, l’extermination des juifs d’Europe, l’immigration. Comme l’explique Pierre Nora, « le passé a cessé d’être un savoir pour devenir un enjeu ». Nous avons été emportés depuis bientôt quatre décennies dans la fureur d’un tsunami politico-mémoriel dont l’identité française est sortie dévastée.

Extrait de "C'est ça la France…" de Barbara Lefebvre, publié aux éditions Albin Michel

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