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Grand débat
93,2% des chefs d’entreprise considèrent que les Français comprennent mal le fonctionnement de l’économie, et voilà les propositions qui pourraient y remédier
Publié le 08 mars 2019
Un sondage du mouvement Ethic effectué auprès des chefs d'entreprise du mouvement dans le cadre du grand débat rapporte que 90% des sondés estiment que le travail ne paie pas assez en France.
Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)
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Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Un sondage du mouvement Ethic effectué auprès des chefs d'entreprise du mouvement dans le cadre du grand débat rapporte que 90% des sondés estiment que le travail ne paie pas assez en France.

Atlantico : Le mouvement Ethic dont vous êtes la Présidente a effectué un sondage auprès de chefs d'entreprise de son mouvement dans le cadre du Grand débat. Votre enquête montre que 90% des chefs d'entreprises trouvent que le travail ne paie pas assez en France, et 77,4% pensent que c'est à eux d'améliorer leur bassin d'emploi. L'Etat ne serait-il pas jugé fiable aujourd'hui pour améliorer/simplifier la situation ? 

Sophie de Menthon : Les chefs d'entreprises d'Ethic  pensent que l'État n'est pas fiable, qu'il est davantage un empêcheur de tourner en rond alors qu'il devrait créer des conditions favorables. Les chefs d'entreprises ont pris conscience que c'est à eux de redresser le pays, 93 % regrettent un manque de compréhension économique. Bien que le ministre Blanquer ait leurs faveurs, ils voient que les jeunes ne comprennent rien à l'économie, le pays et les Français non plus. La confiance en l'État est fortement érodée.

Vous évoquez une confiance érodée de manière générale, mettez-vous également en cause l'éducation ?

Sophie de Menthon : Oui bien sûr, l'éducation des dernières années a été dramatique ! Nous n'avons pas su former les jeunes, les envoyer dans des filières où on avait besoin de recrutement. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas une immense majorité à vouloir faire confiance à Macron, car il est très "entreprise friendly".

Quelles sont les principales pistes que vous avancez pour répondre à la situation actuelle ?

Sophie de Menthon : Premièrement, il faut redonner aux régions du pouvoir, on a par exemple le droit de choisir régionalement à quelle vitesse on va rouler. Deuxièmement, les chefs d'entreprises se rendent compte qu'ils sont prêts à prendre des responsabilités dans les bassins d'emplois, 77 % pensent qu'ils ont un rôle à jour. Ils pensent qu'il faut se rapprocher des maires, qu'ils doivent le faire par eux-mêmes, qu'ils doivent prendre les choses en main car ils ont perdu toute confiance en l'Etat. D'ailleurs au début, 90 % des chefs d'entreprises interrogés, s'ils n'étaient pas nécessairement Gilets Jaune, adhéraient à la conclusion que le travail ne payait pas suffisamment en France.

Le mouvement Ethic a demandé au ministre de l'économie de pouvoir donner une prime défiscalisée a ses salariés, et en dehors de toutes charges sociales. Cette prime "Patron" a été renommé "prime Macron", ce qui a énervé beaucoup de chefs d'entreprises, car ils voulaient prouver qu'avec un coût du travail moins élevé eux aussi pouvaient donner plus aux salariés. Les charges patronales sont trop importantes pour 87 % des patrons, et surtout 99 % pensent que l'Etat est trop dépensier. Si vous leur donnez à choisir, ils ne préfèrent même pas de payer moins d'impôts, car ils savent que c'est impossible, mais ils disent que l'Etat doit absolument réduire ses dépenses.

Quelle place doivent prendre les chefs d'entreprises dans l'apprentissage de la culture économique ?

Sophie de Menthon : Il faut reconnaitre de vrais efforts faits par le Premier Ministre, nous somme prêts à faire nous aussi des efforts, si l'on ne nous impose pas des règles de contrôle qui brisent toutes les bonnes volontés. Par exemple l'apprentissage est une très bonne chose, mais il y a énormément de contraintes, l'apprenti n'a par exemple pas le droit de manipuler des outils, de monter sur une échelle, il doit partir et avoir tous les avantages des salariés. Lorsqu'on a envie de prendre un apprenti, il y a aussi la peur de le voir partir à la fin de l'apprentissage, car la formation nous coute cher. On paye l'école, les absences, et on est content de le faire mais si l'apprenti ne reste pas à la fin, c'est embêtant, encore plus aujourd'hui où les gens ne sont plus attachés à leur entreprise comme avant.

Les patrons sont inquiets, car nous savons par expérience que lors des débats en entreprise, si nous ne répondons pas dans les deux mois aux exigences des salariés, un mauvais climat s'installe. Quand on voit le Grand Débat, il est inquiétant de voir les récriminations qui sont toutes contradictoires, génératrices de coûts, et qui va payer ? Les entreprises.  

Les patrons sont 93,2% à considérer qu'il y a un manque de compréhension de l'économie face à la crise que traverse la France aujourd'hui. Faut-il s'y résigner ? Le monde économique est-il de fait devenu trop complexe ?

Michel Ruimy : Certes l’activité économique est complexe à comprendre. D’une part, parce que l’économie construit des théories et cherche à tester leur validité empirique le plus rigoureusement possible. Mais ces modèles théoriques sont, au mieux, valables dans un contexte donné. La pluralité des théories étant irréductible, la meilleure solutionpour comprendre l’économie n’est pas, en conséquence, d’opposer les modèles mais plutôt de choisir le plus pertinent dans chaque cas particulier.
D’autre part, le monde est encore plus complexe pour un certain nombre d’entre nous car, selon un sondage IFOP de 2016, près de 85% des Français n’ont pas bénéficié d’enseignements d’éducation budgétaire et financière, que ce soit à l’école, à l’université, dans leur entreprise ou dans un institut spécialisé.
Pour autant, il ne faut absolument pas se résigner devant cette situation pour au moins trois raisons : tout d’abord, parce qu’il y a un enjeu social (lutte contre le surendettement et la pauvreté), ensuite du fait d’un enjeu économique (les réformes économiques ne seront efficaces que si elles sont comprises) et enfin en raison d’un enjeu démocratique (la compréhension des mécanismes de base de l’économie permet d’éviter les dérives populistes).
Que faudrait-il alors pour mieux comprendre notre environnement économique ? Une stratégie d’éducation économique et financière devrait avoir pour ambition de permettre à quiconque de disposer des bases économiques, budgétaires et financières afin de prendre des décisions financières éclairées, en connaissance de cause, tout au long de sa vie. Concrètement, elle recouvrerait aussi bien l’éducation budgétaire (budget personnel ou familial), l’apprentissage des outils bancaires (banque au quotidien, épargne, assurance) que la connaissance et la compréhension des notions économiques (fonctionnement et financement de l’économie), des risques financiers et des politiques publiques.
A cette fin mais aussi pour améliorer le bien-être financier des individus et de la société et permettre de participer à la vie économique, un espace dédié a déjà été créé (portail www.mesquestionsdargent.fr) et des actions de formation et de sensibilisation ont été mises en place à destination des indépendants, artisans et petites entreprises.De son côté, le ministère de l’Éducation nationale devrait lancer prochainement l’expérimentation d’un passeport d’éducation financière dans une académie auprès d’élèves de classes de 4ème.Enfin, le musée de l’économie Citéco, sera bientôt ouvert par la Banque de France. Cette dernière développera, par ailleurs, des outils pratiques et ludiques à destination, notamment, des jeunes et des entreprises. L’accompagnement des entrepreneurs est renforcé grâce au réseau des correspondants TPE de la Banque de France.

 

Les patrons insistent sur le fait qu'ils attendent aujourd'hui qu'on libère les entreprises, notamment du poids administratif et fiscal. On retrouve une volonté de simplification dans toute la société. Comment l'Etat pourrait-il aujourd'hui répondre à cette demande ?

Michel Ruimy : Environ 25% de la population française considère sa relation avec l’Administration comme compliquée. Le chef d’entreprise est fier de son œuvre. Il ne souhaite pas perdre son temps à des activités de gestion auxquelles il est peu préparé. Il n’entend pas s’encombrer de gestion et de paperasses. Les démarches administratives peuvent être longues, ou demander des contacts et des déplacements répétés, les renseignements paraissent parfois inadaptés aux situations particulières des usagers, les services administratifs manquent de proactivité… telles sont les principales sources d’insatisfaction des usagers. Ceci est notamment corroboré par la place occupée par la France dans le classement mondial du Global Competitiveness Report établi par le Forum économique mondial : en termes de fardeau administratif, notre pays occupe généralement les dernières places du classement !La simplification administrative répond donc à une forte attente des usagers et constitue l’un des principaux axes d’amélioration de la qualité du service public. 
D’autant que simplifier est un enjeu de compétitivité pour les entreprises, les TPE et PME, les entrepreneurs, les indépendants, qui consacrent trop de temps aux démarches administratives. C’est également un enjeu d’attractivité pour la France qui doit convaincre les entreprises étrangères qu’elle n’est plus le pays de la complexité. C’est bon pour la croissance : lever les verrous qui peuvent freiner les initiatives permettra d’accélérer la reprise et de créer plus d’emplois. Il a été estimé qu’une réduction d’un quart des charges administratives pourrait engendrer, en France, des économies de l’ordre de 15 milliards d’euros pour les entreprises et, selon la Commission européenne, permettrait une augmentation du Produit intérieur brut européen de 0,8 % à court terme et de 1,4 % à plus long terme.
Mais simplifier les démarches et les formalités administratives pour les entreprises est un chantier important qui dure depuis des années. Beaucoup a déjà été fait pour faciliter la vie quotidienne des entreprises et des particuliers : bâtir une relation de confiance entre l’Administration et ses usagers, favoriser un gain collectif de temps et d’argent… De nouvelles mesures de simplification en faveur du développement économique et de l’emploi sont régulièrement présentées. Cette dynamique doit continuer afin d’avoir un État plus réactif au service des citoyens.

 

Dans cette enquête, les patrons insistent beaucoup sur le retour à l'échelle du bassin d'emploi. Quels sont les obstacles ?

Michel Ruimy : Il ressort de cette consultation que l’omniprésence de l’État dans toutes les décisions fiscales et sociales doit laisser la place aux entreprises. Celles-ci seraient mieux placées pour savoir ce qui est bon pour leurs salariés et pour elles sur les sujets ayant un impact direct ou indirect sur leur activité comme, par exemple, pouvoir être consultées sur l’éducation et la formation afin que les diplômes correspondent à la demande en matière d’emploi. 
Cette idée sur la place de l’entreprise dans la société est un débat ancien.Bien que selon le Code civil, une entreprise n’existe qu’« en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter », son rôle ne se limite pas qu’à la réalisation de profits.Par exemple, ladéfinition de l’entreprise dans le droit ne reconnait pas la notion d’intérêt social et n’incite pas les entreprises à s’interroger sur leur raison d’être.C’est pourquoi, aujourd’hui, l’article 61 du projet de loi PACTE relatif à la place des entreprises dans la société veut renforcer la prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux dans la stratégie et l’activité des entreprises.
L’idée exprimée par les patrons d’entreprise est intéressante mais semble être aussi un vœu pieu. Être un dirigeant de PME, à l’image d’un homme politique,est une occupation à plein temps. Cette idée n’a de sens et d’effet que si elle accompagne une évolution dans les cultures et les mentalités.
Au moment où chacun s’accorde à reconnaître le rôle sociétal de l’entreprise, plus que d’obstacles, il conviendrait, peut-être bien de parler de la valeur ajoutée d’un parrainage d’un politicien expérimenté pour accompagner les chefs d’entreprise dans leurs initiatives.En la matière, il y a encore beaucoup de choses à faire, notamment contribuer à créer un vrai climat de confiance. Si cela fonctionne, nous ne pourrons que nous réjouir de l’émergence d’un nouveau paysage économique dans lequel les petites entreprises pourront - enfin - jouer un grand rôle dans la définition de notre Société.

 

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Sidewinder
- 09/03/2019 - 03:08
Labarthe
Vous êtes l'archétype du Français qui comprend bien l'économie. Nous avons un très bon économiste en France : Jean Tirole, prix Nobel, qui l'écoute ? Surtout pas vous parce que vous êtes plus connaisseur en économie. Bravo, je m'incline.
edac44
- 08/03/2019 - 20:50
Devenir moins con en économie en trente minutes : c'est ici ==>
https://www.youtube.com/watch?v=u8Sx0C7pVkI

Il y a mieux mais c'est un bon début pour ne pas mourir idiot !...

Ceci dit,
mourir intelligent ne saurait être une finalité non plus :-)
Anouman
- 08/03/2019 - 20:22
Compréhension
Les Français ne comprennent peut-être pas grand chose à l'économie mais les chefs d'entreprises n'ont pas l'air de comprendre beaucoup plus. Pour beaucoup ils sont à peine capables de comprendre les comptes de leur propre entreprise, sans doute la raison pour laquelle certaines sont si mal gérées. Dire que si on baisse les charges on pourra payer plus les salariés est une évidence mais en général on préfère augmenter le résultat. Et quand on baisse les charges sans baisser les dépenses il y a quelqu'un d'autre qui paye. Et c'est qui? Quand on est capable de sortir des raisonnements aussi cons on ne peut pas être pris au sérieux. Juste des pleureuses.