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Loi alimentation

+ 4,2% des prix de la grande distribution en raison de la loi Alimentation ? Comment les autorités démontrent leur impuissance à soutenir les agriculteurs

Publié le 18 février 2019
Selon une étude réalisée par le cabinet Nielsen, les prix des 100 références majeures de marques fabricants de produits de grande con-sommations auraient augmenté de 4.2% dans les hypermarchés entre le 26 janvier et le 9 février, et de 3.1% dans les supermarchés.
Jean-Marc Boussard est économiste, ancien directeur de recherche à l’INRA et membre de l’Académie d’Agriculture.Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont La régulation des marchés agricoles (L’Harmattan, 2007). 
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Jean-Marc Boussard est économiste, ancien directeur de recherche à l’INRA et membre de l’Académie d’Agriculture.Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont La régulation des marchés agricoles (L’Harmattan, 2007). 
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Selon une étude réalisée par le cabinet Nielsen, les prix des 100 références majeures de marques fabricants de produits de grande con-sommations auraient augmenté de 4.2% dans les hypermarchés entre le 26 janvier et le 9 février, et de 3.1% dans les supermarchés.

Atantico : Concrètement qui seront les bénéficiaires de ces hausses de prix constatée dans les hypermarchés par le cabinet Nielsen ?

Jean-Marc Boussard : D’abord, il ne faut pas surestimer ces hausses : elles concernent les prix  de produits de luxe ( comme les alcools,) alors que les surgelés salés sont stables, et que les produits frais ont légèrement baissé. Nielsen évalue à 3€ par an la perte de pouvoir d’achat des ménages concernés : ce n’est tout de même pas grand chose !  

Par ailleurs, si, apparemment,  les bénéficiaires seront d’abord les grandes surfaces concernées, cependant que les victimes seront les consom-mateurs, il ne faut pas se faire d’illusions : ce n’est pas de gaieté de coeur qu’un commerçant vend à perte (du moins, sans bénéfice) : s’il le fait, c’est qu’il y trouve son intérêt. Interdire cette pratique ne pourra donc que nuire au bénéfice du commerçant. Finalement, il se pourrait que personne ne gagne dans cette affaire, qui ne fera que des perdants. 

Enfin, on peut se demander si ces hausses ne se seraient pas produites même en l’absence de cette loi : fin janvier-début février, on fait les comptes après les fêtes. Les spiritueux ne sont plus des « produits d’appel » intéres-sants, car les consommateurs n’ont plus les yeux rivés sur eux. On peut donc les remettre à leurs prix « normaux ». En revanche, à cette époque, les con-sommateurs refont leurs stocks de fournitures de bureau : le papier devient donc un point de comparaison, et c’est pour cela que son prix baisse, comme le montre l’enquête du cabinet Nielsen...

Dans un avis rendu en décembre dernier, l'autorité de la concurrence avait indiqué : "les deux dispositifs (...) reposent sur une élévation des marges de la grande distribution au détriment des consommateurs finaux plutôt que sur une modification de la relation entre producteurs et distributeurs". Peut-on véritablement considérer que cette loi avait pour objectif de "ruisseler" vers les producteurs et les agriculteurs ?  

Assurément,  tel était bien l’objectif affiché.  Mais  sera-t-il atteint ? J’en doute fortement, et pour deux raisons : 

D’abord, les produits en question ne sont nullement des denrées agri-coles vendues en l’état, mais le résultat de transformations profondes de la matière première par les industries alimentaires : Quelle est l’importance de l’anis et de l’alcool dans le coût de production du pastis ? Sans doute à peine celui de la publicité ! Inversement, dans le segment des produits frais peu transformés, les hausses sont très faibles voir négatives : on ne pourra donc pas grâce à elles distribuer aux agriculteurs de juteux bénéfices ... 

Ensuite, en admettant que les bénéfices des commerçants augmentent, on ne voit pas pourquoi ces derniers les répercuteraient sur leurs fournisseurs. Peut-être les dirigeants de super-marchés ont-ils bon coeur ? En réalité, ils se font entre eux une concurrence féroce, et certains, de temps à autre, font faillite: c’est une situation toujours angoissante pour les intéressés, qui verrons dans ces dispositions législatives un moyen de refaire un peu leurs réserves de trésorerie sans prendre de risques supplémentaires puisque les autres seront dans la même situation qu’eux-mêmes.   

C’est pourquoi je crains que cette mesure spectaculaire ne soit rien d’autre qu’un voile pudique jeté sur l’impuissance des autorités, en même temps qu’un geste publicitaire ciblé sur les naïfs... 

Le ministre de l'agriculture, Didier Guillaume avait pourtant an-noncé "Si tout le monde joue le jeu, il n'y aura pas d'augmentation des prix dans les grandes surfaces". Le dispositif mis en place pouvait-il produire un résultat autre que les hausses de prix constatées ? 

De fait, comme on le voit, il n’y aura pas eu de grosses augmentations de prix dans les grandes surfaces, sinon sur quelques produits bien particu-liers, peu susceptibles de justifier des ristournes aux agriculteurs. 

On vient de voir  pourquoi  le bénéfice correspondant, s’il existe,  n’aurait de toute façon pas eu de raison d’être redistribué.  Mais il y a autre chose : les fournisseurs des super-marchés, ce ne sont pas des agriculteurs, mais des industriels. Pour que « tout le monde joue le jeu », il faudrait donc que les industriels eux mêmes transmettent ces hausses aux agriculteurs. Or pour des raisons pratiques, les industriels  sont nécessairement en situation de  monopole vis à vis des agriculteurs, car, évidemment, on ne va pas doubler le kilométrage du camion  qui ramasse le lait pour le seul plaisir de mettre deux laiteries en concurrence ! Dans ces conditions, les industriels (même si ce sont des coopératives...) sont forcément en situation d’imposer leurs prix, qu’il est de leur intérêt de choisir aussi bas que possible. La seule limite en la matière se trouve dans la possibilité, pour l’agriculteur, de renoncer à une production, ce qui peut priver l’industriel de sa source de matière première. Mais renoncer à une production est souvent difficile pour l’agriculteur, qui n’a pas forcément d’alternative.... 

On ne voit donc pas comment de faibles hausses de quelques prix de super-marché pourraient avoir un effet quelconque sur les prix payés aux agriculteurs. Au final, il faudrait savoir si l’on compte sur le marché pour déterminer revenus et quantités produites, ou si l’on veut légiférer directement sur les prix, comme c’était le cas dans les années 1950... (avec un certain succès à cette époque, pour sortir des pénuries de guerre, et d’autres types de problèmes, pour éviter la surproduction ).  

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Sidewinder
- 21/02/2019 - 07:36
Ben oui
Et plus l'état veux se mêler des détails de l'économie et plus l'économie va mal. Bon, quand les Français comprendront-ils que l'économie est fluide et qu'il faut la laisser faire toute seule ?
Caustik317
- 19/02/2019 - 01:25
Monstrueux !
De cette façon, sont volés, et les agriculteurs qui continuent à se suicider et les consommateurs, perdants de 3% ! Honte à ce pays socialo-communiste. Cette société est malade. Sous Mitterrand les benêts socialistes, voulaient transformer les agriculteurs en jardiniers paysagistes ! 40 années de crétins au pouvoir et voici le merveilleux résultat !!
ajm
- 18/02/2019 - 15:33
Crédit interentreprises
GuyBernard: quand le prix de l'argent est pratiquement nul, ce qui est encore le cas , le profit tiré du crédit interentreprises devient insignifiant, en l'espèce pour la grande distribution c'est leur prix de leur refinancement à court terme auprès du système bancaire ou des marchés financiers, pour les grands noms comme Carrefour c'est epsilonesque.