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Brexit : Chronique d’un chaos annoncé, les trois scénarios possibles
Publié le 19 janvier 2019
Après le rejet massif du projet de deal qui avait été négocié et l‘échec de la motion de censure, Theresa May a certes réussi à garder son poste en renvoyant dos à dos ses deux challengers les plus violents, mais elle plonge le Royaume-Uni dans le vide politique et le risque de chaos économique.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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Après le rejet massif du projet de deal qui avait été négocié et l‘échec de la motion de censure, Theresa May a certes réussi à garder son poste en renvoyant dos à dos ses deux challengers les plus violents, mais elle plonge le Royaume-Uni dans le vide politique et le risque de chaos économique.

La situation paraît inextricable.Theresa May a certes réussi à sauver son poste de premier ministre, mais il faut dire qu‘elle se retrouve aussi piégée par le vide politique, le risque de chaos économique et la compétition féroce entre les deux compétiteurs de la vie politique britannique : d’un côté Jeremy Corbyn, le chef du parti travailliste et de l’autre Boris Johnson, l’invraisemblable leader des Brexiters au parti conservateur.

Tout se passe comme si ces deux-là s’étaient ligués pour conduire Theresa May au bord de la catastrophe et prendre sa place.

Boris Johnson a mené le combat contre le projet de deal organisant un Brexit plutôt soft parce qu’il est un des partisans les plus forcenés du Brexit dur et pur.

Jeremy Corbyn, lui du parti travailliste, a mené le combat contre le projet de deal parce qu‘il est partisan de tout abandonner et de revenir dans le giron de l’Union européenne.

Pour ses amis politiques, Theresa May n’était pas assez dure. Pour ses amis du monde des affaires, elle allait encore trop loin.

La conjonction des deux oppositions a engendré une très forte majorité qui a donc rejeté le projet de deal.

Dans la foulée, les leaders du parti travailliste ont tenté de lancer une motion de défiance contre Theresa May, mais ils ont logiquement perdu la partie.

On est donc revenu à la case départ avec une Première ministre qui reste à son fauteuil et qui va essayer maintenant de sauver son projet d’organiser un Brexit, qui serait le moins perturbant possible pour l’équilibre et le potentiel économique de la Grande-Bretagne, tout en donnant satisfaction à ceux qui, en Grande Bretagne, veulent se protéger des tracasseries européennes.

Autant dire que l’hypothèse d’un plan B qui viendrait se substituer au plan négocié avec Bruxelles et qui apporterait des amendements recevables par les Brexiters les plus convaincus paraît relever de la quadrature du cercle.

Theresa May va donc demander l’instauration d’un statut de libre échange qui rappellerait celui qui préside à la relation avec la Norvège, c’est à dire une quasi liberté de circulation des produits, des services, des capitaux avec des restrictions quant à la libre circulation des hommes - ce qui pour les Européens ne paraît pas négociable. D’autant que des réserves sur la liberté de circulation des hommes nécessiteraient la reconstruction d’une barrière de douane et de contrôle entre l‘Irlande du Nord et l‘Irlande du Sud. Ce projet, qui nous ramenait à plus de 50 ans en arrière et qui a provoqué dans le peuple irlandais tellement de blessures et de misères, paraît complètement inenvisageable aujourd’hui.

Theresa May n’a donc pas de marge de manœuvre pour trouver une solution avant lundi. A partir de cette situation qui paraît incroyable, la Grande Bretagne va au devant de trois scénarios :

Le premier est le plus probable, il conduit tout droit à un Brexit hard. C’est à dire qu’à partir du 29 mars minuit, la Grande Bretagne n’appartient plus à l‘Union européenne. Or, ni la Grande Bretagne, ni les pays de l’Union européenne ne se sont préparés à cette hypothèse à laquelle personne ne croyait vraiment.

Par conséquent, il va falloir s’adapter très rapidement. La Grande Bretagne va sans doute très vite installer des barrières douanières tarifaires et non tarifaires à l’entrée dans le pays pour les produits venant de l’Union européenne.

Quant à l‘Union européenne, elle va sans doute mettre en place les contrôles à l’entrée également des flux de produits importés de Grande Bretagne pour contrôler l’application des normes appliquées jusqu’alors en matière de santé, d’hygiène, de sécurité alimentaire, de nomenclature sur les produits pharmaceutiques et industriels...

Le gros problème, avec une Grande Bretagne qui s’affranchit des normes et des règlements européens, est de voir les entreprises de la Grande Bretagne déverser des produits dont l’origine, la traçabilité, les conditions sociales et fiscales de production ne sont pas certifiées ni garanties conformes.

Car on peut toujours se plaindre des exigences administratives de Bruxelles, mais il faut reconnaître que Bruxelles travaille principalement à la protection de consommateurs européens.

Donc en théorie, la prise en compte du hard Brexit est possible, mais quel temps perdu pour mettre en place les nouvelles procédures ! Le ralentissement du commerce mondial, de l’approvisionnement, des procédures de douanes va fortement peser sur la croissance de la Grande Bretagne et de l’Union européenne. Le FMI vient de sortir une étude dans laquelle il prévoit une baisse du PIB britannique de 3,9% et une baisse du PIB de l’Union européenne de 1,5 % en moyenne. C’est énorme. Pour l’Europe, c’est évidemment un choc, mais pour la Grande Bretagne, c’est une catastrophe.

Ce qui est incompréhensible, c’est que les avocats du Brexit n'ont jamais produit les études et les estimations sur les effets du Brexit. Ils ont donc menti aux électeurs. Boris Johnson a d’ailleurs avoué qu’il n’avait absolument rien comme prévision.

Mais ce qui est encore plus incompréhensible, c’est qu'à partir du moment où le referendum annonçait le Brexit, le gouvernement britannique et son administration n‘ont rien fait pour préparer l’opération. Actuellement à deux mois de la date butoir, personne ne sait en Grande Bretagne quelles seront les normes, les barrières douanières, les formes de contrôle qui seront érigées le jour fatidique. Donc tout le monde est dans une situation inextricable. Mais le Brexit hard est de plus en plus probable.

Le deuxième scénario est moins probable, mais possible. Il reviendrait à obtenir des Européens un délai supplémentaire pouvant aller à un an ou plus, de façon à ce que tout le monde puisse se préparer à passer cette échéance sans trop de douleur. C’est possible, et pour la majorité des milieux d’affaires, ça serait même souhaitable. D’aucuns se disent même, qu’avec un délai supplémentaire, l’opinion publique britannique en arriverait à abandonner le projet de Brexit, ce qui est juridiquement possible. La Cour de justice européenne vient de le rappeler. L’article 50 du traité qui règle les conditions de départ est très souple.

Techniquement, c’est évidemment possible. Politiquement, c’est compliqué à faire accepter par les Européens qui sont heureusement très soudés sur cette question. D’abord, parce que les élections européennes ont lieu en mai et que si les Anglais ont un délai supplémentaire pour réfléchir, la question de savoir s’ils pourront voter ou pas se posera. Ensuite, Bruxelles ne peut accepter d’accorder un délai supplémentaire que si Londres s’engage sur un projet politique cohérent avec les dernières exigences européennes.

Mais Bruxelles ne peut pas accepter les dernières demandes britanniques de créer une zone de libre échange à la carte, parce que, finalement, Bruxelles accepterait un processus qui encouragerait l’autodestruction de la zone européenne.

Ce scénario n’aurait qu’un intérêt pour tout le monde, celui d’acheter du temps. Sans savoir si ce temps serait utile ou pas.

Le troisième scenario est évidemment le moins probable et passerait par un nouveau vote. C’est une hypothèse qui est défendue actuellement par les travaillistes avec en tête de gondole Jeremy Corbyn qui explique que les conditions ayant changé, les Britanniques peuvent aussi avoir changé d’avis. Cette hypothèse pose d’énormes problèmes de principe démocratique. Que le premier referendum ait été pollué par des considérations de politique politicienne, c’est une chose, que le peuple ait été trompé c’est possible et c’est probable. Sauf que les vrais coupables appartiennent surtout à la classe politique qui ont entrainé la Grande Bretagne sur un chemin assez peu sécurisé. Le referendum est difficile à utiliser. Tout dépend de la question. Il est fort probable que la majorité des Brexiters ont surtout voté contre les excès de l’immigration non légale, rendue possible par un certain laxisme de l’Union européenne. Maintenant, on pouvait peut-être corriger la question des migrants sans aller jusqu’à déconstruire une institution, vieille de 50 ans et qui a sans doute contribué à la paix (en Irlande d’abord) et à la prospérité de l’Europe toute entière. Mais c’est une autre question.

L’hypothèse du referendum supposerait surtout qu’on soit d’accord à Londres sur la question à poser aux Anglais.

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lémire
- 19/01/2019 - 19:33
La question irlandaise : épouvantail ? intox ?
Je ne crois pas une seconde à l'épouvantail d'une renaissance de l'IRA : par rapport aux années 70, les Anglais ont appris leur leçon et les catholiques ont acquis l'égalité des droits et des garanties (et les sponsors de l'Ira ont disparu dans les poubelles de l'Histoire). A l'époque où il existait une frontière entre la France et la Suisse (avant 2008), cela n'empêchait pas d'énormes flux de frontaliers de la franchir quotidiennement (comme maintenant, alors que les contrôles douaniers existent toujours).
Tout cela, à mon sens, fait partie de l'inox européiste habituelle et n'est appuyé par aucune donnée. Cela me rappelle les menaces agitées lors du référendum sur Maastricht (le Nouvel Obs avait publié un scénario aboutissant à une guerre franco-allemande à partir des événements de Yougoslavie...).
Quand je pense qu'en contrepartie de la position maximaliste de la Commission, on aurait pu demander à l'Irlande de faire un geste sur son dumping fiscal vis à vis des multinationales US, dont l'évasion fiscale colossale et le lobbying indécent contribue au discrédit de l'UE...