En direct
Best of
Best of du 6 au 12 juillet
En direct
© SEBASTIEN BOZON / AFP
Bonnes feuilles

Crise démocratique : le sentiment d’abandon des citoyens français

Publié le 15 décembre 2018
Combien, dans la France d'aujourd'hui, se sentent en réalité ignorés, laissés pour compte ? Combien estiment que leurs voix ne sont plus entendues ? L'enquête de François Miquet-Marty, "Les oubliés de la démocratie" (publiée chez Michalon), dresse un portrait inquiétant de notre société clivée et sourde à elle-même. Extrait 1/2.
Sociologue et sondeur, François Miquet-Marty est président de Viavoice, institut d’études et de conseil en opinions. Il a notamment publié L’Idéal et le Réel : enquête sur l’identité de la gauche (Plon, 2006).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
François Miquet-Marty
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Sociologue et sondeur, François Miquet-Marty est président de Viavoice, institut d’études et de conseil en opinions. Il a notamment publié L’Idéal et le Réel : enquête sur l’identité de la gauche (Plon, 2006).
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Combien, dans la France d'aujourd'hui, se sentent en réalité ignorés, laissés pour compte ? Combien estiment que leurs voix ne sont plus entendues ? L'enquête de François Miquet-Marty, "Les oubliés de la démocratie" (publiée chez Michalon), dresse un portrait inquiétant de notre société clivée et sourde à elle-même. Extrait 1/2.

La maladie qui affecte la démocratie française est particulièrement profonde : nombre de citoyens, dans la France d’aujourd’hui, s’estiment abandonnés. Laissés pour compte, négligés, oubliés. Et cependant ils considèrent qu’ils vivent des parcours très particuliers, et qu’ils traversent des épreuves importantes. Beaucoup ont le sentiment de n’être pas pris en compte, alors même que, en raison du caractère démocratique du régime politique, ils devraient avoir droit de cité. Il s’agit, autrement dit et fondamentalement, d’un sentiment d’exclusion démocratique. Et cette exclusion n’affecte pas la part la plus secondaire de nous-mêmes, mais notre existence et les épreuves marquantes que nous affrontons, les sentiments les plus vifs qui nous animent, les visions du monde auxquelles nous sommes attachés. Cet « abandon » signe le déroulement tranquille d’une démocratique politique qui, d’après les intéressés, néglige ou ignore les hommes, selon leur propre perception. À ce titre, ces Français qui ne  s’estiment pas personnellement partie prenante de la démocratie pensent, de façon légitime, ne pas vivre au sein d’une véritable démocratie.

Il apparaît que cette solitude démocratique procède d’une évolution profonde dans la France des quarante dernières années. Pour indiquer ici le processus à l’œuvre de façon synthétique, l’histoire vécue par une large partie de l’opinion française depuis les années 1970 a été celle d’une disparition progressive des moyens d’exister au sein de la société et de la sphère démocratique, de trouver une place dans la vie de la cité. Des abandons anciens et essentiels, amplifiés depuis plusieurs décennies, connaissent aujourd’hui des vigueurs nouvelles. Surtout s’impose l’idée, neuve et essentielle, selon laquelle nos « vérités humaines » ne trouvent nulle place dans la cité démocratique moderne. Ces vérités sont tissées des épreuves et des joies de nos vies quotidiennes, du lot de tout ce qui, à l’échelle de chaque jour, compte vraiment dans la vie des hommes. Par définition ces vérités humaines n’acquièrent nulle audience sur la scène démocratique qui se déploie sous le regard des citoyens ; ne disposent de nul écho au sein de cette vie politique médiatisée avec laquelle beaucoup considèrent ne plus entretenir aucun rapport.

La France au cours des quarante dernières années a fermé ses fenêtres démocratiques. Depuis la Révolution, l’individualisme démocratique fait foi, l’ensemble des médiations (partis politiques, syndicats), difficilement conquises depuis la fin du XIXe siècle, étaient considérées avec circonspection, ne reste plus, bien souvent, qu’un champ de ruines, c’est-à-dire des individus qui se retrouvent seuls, confrontés à des épreuves qu’ils estiment majeures mais que nul, ni au sein de la société, ni parmi les élus, ni parmi les médiateurs en crise, n’est à même de répercuter, de dire, de faire valoir, de prendre en compte, et, in fine, de défendre. Une régression démocratique est donc en marche, rapide et pour l’instant inexorable.

Extrait du livre de François Miquet-Marty, "Les oubliés de la démocratie", publié chez Michalon. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Les trois (fausses) excuses de Macron pour ne pas mettre en œuvre son programme de réduction de dépenses publiques

02.

A ses ralliés, la République (En marche) pas reconnaissante

03.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

04.

Intégration sensible : le cas particulier des immigrés d’origine algérienne ou turque

05.

La fête est finie : les constructeurs automobiles obligés de tirer les leçons de la baisse importante de leurs ventes

06.

Quand Nelson Mandela rejoignait Johnny Clegg sur scène

07.

La dangereuse complaisance du planning familial avec l’islam radical

01.

Céline Dion envoie DEUX stylistes à l’hosto; Nabilla veut de grandes études pour son bébé; Elizabeth II recueille une milliardaire en fuite; Laeticia Hallyday humiliée à Saint-Tropez; Cyril Hanouna achète à Miami, François H. & Julie Gayet à Montsouris

02.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

03.

Auriez vous le brevet des collèges ou... signé une pétition car les épreuves étaient trop difficiles ?

04.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

05.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

06.

Ces 6 questions que soulèvent les révélations sur François de Rugy et qui en disent long sur le niveau de dysfonctionnement politique et économique de notre pays

01.

Greta Thunberg à l’Assemblée nationale : le révélateur de la faiblesse des écologistes politiques ?

02.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

03.

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

04.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

05.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

06.

Intégration sensible : le cas particulier des immigrés d’origine algérienne ou turque

Commentaires (3)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
HOBBES17
- 16/12/2018 - 16:10
abandon ou absence d'intérêts (3/3)
depuis 40 ans on a privilégié :
- les riches
- l'autre : l'étranger, l'immigré, le gens du voyage, le musulman, le non blanc
avec des lois foisonnantes, complexes et donc difficilement applicables
avec des techniques de plus en plus élaborées provoquant du chômage

le reste est accessoire
BienVu
- 16/12/2018 - 14:57
Abandon ou absence d'intérêt (2/2)
Autre exemple. Pourquoi s'étonner aujourd'hui, que dans la société de consommation individuelle qui est la notre depuis plusieurs décennies (comme l'ont montré déjà de multiples ouvrages, comme ceux de Gilles Lipovetsky) « aucun n’estime avoir des intérêts communs à défendre, de façon prioritaire, avec d’autres personnes d’une même région ou d’une même circonscription. Et a fortiori, aucun n’estime que les députés soient les porte-voix de ces groupes sans existence réelle ». Est-ce que les travailleurs de l'usine sidérurgique de la commune où je suis né, petite enclave industrielle où le PC faisait le plein de voix, se sentaient représentés par le député de la circonscription, chirurgien donc grand bourgeois et maire du chef-lieu de canton ? C'est vrai qu'il y avait le PC et sa courroie de transmission la CGT...
Dans ces conditions, me dira-t-on à Atlantico, pour vous faire une opinion, il faut acheter le bouquin et le lire en entier. Pourquoi pas ?
BienVu
- 16/12/2018 - 14:56
Abandon ou absence d'intérêt ? (1/2)
D'accord, il ne s'agit que d'extraits du livre. Et il est hâtif de porter un jugement peu ou prou définitif. Mais, c'est parce j'ai éprouvé une certaine irritation devant ce flot d'affirmations qu'aucun argument ne venait étayer. Par exemple, l'auteur évoque «cette vie politique médiatisée avec laquelle beaucoup considèrent ne plus entretenir aucun rapport. » Mais alors, pourquoi les chaînes d'information en continu diffusent-elles régulièrement les débats politiques avant les élections présidentielles sinon parce qu'elles savent qu'elles obtiendront des record d'audience ? Et plus fort encore, elles sont allées jusqu'à diffuser les primaires des partis politiques, et ça a bien marché de leur point de vue, en bilan d'audience. Personnellement, je n'écoute jamais les informations et encore moins les débats à la télé.