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Contradiction

Budget : et pendant que Rome rejette les demandes de la Commission européenne, la France lache 500 millions d'euros d'aides supplémentaires

Publié le 15 novembre 2018
Au niveau européen, la notion de bonne gestion du budget est une notion à dimension fort variable. Les cancres français et italiens se tirent la bourre : mais qui prend le plus de risques entre les deux ?
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Au niveau européen, la notion de bonne gestion du budget est une notion à dimension fort variable. Les cancres français et italiens se tirent la bourre : mais qui prend le plus de risques entre les deux ?

Atlantico : Le gouvernement italien a pu confirmer son budget 2019, en opposition au rejet émanant de la Commission européenne. Comment anticiper la suite des événements pour le pays ? Quels sont les risques financiers pris par Rome ?

Michel Ruimy : Rappelons rapidement les faits. Le contentieux entre l’Italie et la Commission européenne ressemble à une bagarre de chiffres. La coalition italienne, tournant le dos à l'austérité, a proposé un budget dans le but de relancer une croissance exsangue. La croissance retrouvée devrait permettre de réduire le déficit public et la dette. Rome prévoit ainsi une croissance de 1,5% de son Produit intérieur brut l’an prochain et un déficit budgétaire de 2,4% en 2019 et de 2,1% en 2020. Pour Bruxelles, la croissance devrait être de 1,2%, ce qui entraînera un dérapage du déficit à 2,9% du PIB en 2019 et à 3,1% en 2020. Plus sceptique encore, le Fonds monétaire international évoque une croissance à 1% et un déficit budgétaire à 2,7% du PIB en 2019 et 2,8-2,9% en 2020. 

Et puis, ces derniers jours, le président du Conseil Giuseppe Conte a affirmé que les prévisions de la Commission européenne sous-évaluaient l’impact positif du budget et des réformes tandis que le ministre italien de l’Economie, Giovanni Tria, a accusé Bruxelles de « défaillance technique » dans ses calculs… tout en demandant de la flexibilité pour des causes exceptionnelles (intempéries qui ont touché le pays fin octobre-début novembre, effondrement cet été du pont Morandi à Gênes).

En refusant de bouger sur ces principes, l’Italie risque gros. En effet, la procédure pour déficit excessif, la première dans l’histoire de l’Union européenne, peut aboutir à des sanctions financières correspondant à 0,2% de son PIB soit environ 3,4 milliards d’euros.

La prochaine étape sera le 21 novembre, date de la publication d’une mise à jour du rapport sur la dette par la Commission. D’ici fin janvier, l’Italie sera vraisemblablement en procédure de déficit excessif mais le délai prévu pour préparer des plans de correction (environ trois à six mois) permettra à l’Italie d’atteindre les élections européennes sans obstacle. Puis, rien ne se passera avant que la nouvelle Commission soit en place c’est à dire à l'automne 2019. Ainsi, faute d’action rapide au niveau européen, ce seront, encore une fois, les marchés financiers qui seront les vrais gardiens de la discipline budgétaire. D’ici là, l’Italie, habitué aux changements de coalition, aura aussi peut-être changé…

Ne peut-on pas voir ici un paradoxe avec la situation du budget français, le jour même où Edouard Philippe annonce des mesures pour contrer le mouvement des gilets jaunes ? 

Il faut savoir que le plafond des 3% de déficit budgétaire est une clause minimale. C’est pourquoi, la situation française peut sembler paradoxale dans la mesure où notre pays, qui présente un taux de déficit plus important (2,8% contre 2,4% pour l’Italie), n’est pas concerné par une telle procédure. L’Italie est jugée, en réalité, à l’aune d’autres clauses, qui demandent de réduire le déficit structurel et la dette tous les ans. La position de la Commission européenne s’explique ainsi par plusieurs raisons.

Tout d’abord, le déficit italien est parti pour durer. Le budget 2019 de la France frôle les 3% de déficit mais cette situation est jugée exceptionnelle par le gouvernement français du fait notamment de la refonte du CICE, transformé en baisses de charges, qui leste les finances publiques de 26 milliards d’euros. Dès 2020, Bercy table sur un déficit de 1,9% du PIB. L’Italie est, elle, dans une situation contraire. L’ancien exécutif italien promettait un déficit budgétaire de 0,8% mais la nouvelle équipe a créé de nouvelles dépenses structurelles. Le nouveau « budget du peuple » entérine la fin de l’austérité et doit ramener, selon la coalition au pouvoir, le déficit à 2,1% du PIB en 2020, puis à 1,8% en 2021. Une perspective jugée peu crédible par les économistes.

Ensuite, le stock de dette. C’est la différence essentielle entre la France et l’Italie. Si les niveaux de dette sont élevés dans les deux cas, celui de la France reste plus raisonnable et a une capacité à rembourser sa dette bien plus grande. C’est pourquoi, les deux pays ne sont pas du tout dans la même situation. Notre voisin est endetté à hauteur de 132% de son PIB (2 300 milliards d’euros), deuxième ratio le plus élevé de la zone euro après la Grèce, très loin des 60% du PIB prônés par l’Union européenne et bien plus que la France, pourtant mauvaise élève avec près de 100% du PIB en 2019. En outre, le taux d’intérêt des obligations à 10 ans de la France avoisine les 0,7% contre environ 3,5% pour l’Italie. Ceci signifie que l’Italie emprunte beaucoup plus cher que la France et donc, que ses marges de manœuvre sont limitées. 

Mais, l’apparente sévérité de la Commission européenne envers l’Italie s’explique aussi par des raisons politiques. L’Italie donne l’impression de revenir sur ses engagements passés en matière de réformes structurelles. C’est cela qui pose problème. Le gouvernement italien « surfe » sur le sentiment « anti-euro » pour se justifier de n’avoir pas respecté ses engagements et cite l’Espagne, qui, elle aussi, a présenté un budget expansionniste, avec des mesures sociales. Or, notre voisin ibérique l’a fait de manière plus cohérente et sans cette dramaturgie, orchestrée à des fins électorales. De surcroît, la Commission a mis en garde Madrid contre un risque de déficit excessif et a également tancé la France pour son manque de rigueur budgétaire.

Quelles peuvent être les conséquences de ces oppositions au niveau européen ?

Aujourd’hui, la situation reste circonscrite à l’Italie. Il n’y a pas d’inquiétude, pour l’instant, sur l’intégrité de la zone euro dans sa globalité d’autant plus que Giuseppe Conte, le Premier ministre italien, a écarté la perspective d’une sortie de l’Italie de l’Union européenne.

Dans les années post-crise financière, la Commission européenne s’est toujours refusé à appliquer les sanctions financières à la suite des nombreux écarts des États membres. Au pire, la Commission Barroso avait réclamé à Michel Sapin, le ministre des Finances français, un effort supplémentaire de 4 milliards d’euros. La Commission Juncker, elle, avait donné du temps au temps… Sera-t-elle pareillement disposée à l’égard d'un gouvernement italien qui ne dispose pas de relais politique, ni à la Commission européenne, ni au Conseil européen ? En effet, les alliés potentiels de Matteo Salvini, à savoir la Hongrie ou la Pologne, ne font pas partie de la zone euro et ne siègent donc pas dans l’Eurogroupe. 

Mais, plus que les pressions politiques, c’est le « spread » (écart entre les taux d’intérêt d’emprunt italien et allemand à dix ans) qui pourrait conduire le gouvernement italien à revoir sa position. Si cet écart progresse, des investisseurs pourraient commencer à échafauder des scénarii négatifs sur la pérennité de la zone euro. Par ricochet, il pourrait y avoir une forme de contagion vers d’autres pays de l’Union européenne. Par exemple, des créanciers pourraient faire payer plus cher leurs prêts au Portugal ou à l’Espagne, alourdissant ainsi leur dette. Pour autant, on ne peut pas redouter un « scénario à la grecque » car l’Italie n’est pas dans la même situation macroéconomique que la Grèce, qui souffrait d’un besoin important de financements extérieurs. L’Italie, au contraire, affiche un excédent courant. Néanmoins, 40 % de sa dette est détenue par des investisseurs internationaux et ceux-ci pourraient s’inquiéter.

En fait, la question essentielle pour l’Union européenne est de trouver comment mettre la pression sur l’Italie sans apparaître comme le grand méchant auprès de la population italienne. En laissant les marchés financiers mettre fin à la « récréation », l’Union européenne semble avoir choisi la meilleure option politique : ne pas apparaître comme le Père Fouettard et laisser les « puissances financières » ramener l’Italie dépensière à la réalité.

 

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J'accuse
- 15/11/2018 - 17:46
Risible
Pour ne pas susciter de rejet encore plus grand, la Commission espère que les sanctions viendront des marchés et pas d'elle: donc, à quoi sert-il de prévoir des sanctions et d'en menacer les pays si ce sont les marchés qui dictent leurs lois, indépendamment de ce que peut dire et faire la Commission ?
Et que fera-t-elle si les marchés ne sanctionnent pas, ou beaucoup moins ? Sera-t-elle crédible en exigeant ce que les marchés n'exigent pas ?
En agissant ainsi, la Commission avoue à la fois son impuissance, sa lâcheté et son inutilité.
Qui en est vraiment étonné ?
ourston
- 15/11/2018 - 15:43
La compétitivité italienne
Il faut rappeler que l'Italie, contrairement à la France, a un commerce extérieur excédentaire. Ce qui est un atout considérable lorsque on veut réduire la dette publique , et le chômage.
Gpo
- 15/11/2018 - 09:40
Danger pour notre pays
car ceux qui ont élu le mignon (24%) et ceux qui ne sont rien se rendent compte que celui qui est censé représenter la France est une marionnette utilisée par les labos banques, financiers mondialistes..
Il faut réagir ..vite..