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L'Italie prépare une bombe capable de faire exploser l'Europe et de lui faire perdre sa souveraineté politique
Publié le 30 août 2018
Les projets de la coalition italienne vont demander une telle masse de capitaux que l’Europe court à la ruine. Du coup, l’Amérique de Trump et les fonds chinois font des offres de service.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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Les projets de la coalition italienne vont demander une telle masse de capitaux que l’Europe court à la ruine. Du coup, l’Amérique de Trump et les fonds chinois font des offres de service.

Le gouvernement italien est peut-être en train de montrer à tous les anti-européens de l’Union qu’un pays qui refuse d’assumer sa souveraineté budgétaire risque de perdre sa souveraineté politique. Alors même que son gouvernement a été porté au pouvoir pour protéger son identité.  

Le gouvernement italien n’en finit pas de souffler le chaud et le froid sur les autorités européennes.

Les faits sont têtus : cette coalition entre l’extrême droite et l’extrême gauche essaie aujourd’hui de boucler son budget.  

Entre les effets des promesses électorales de baisses d’impôts - considérables - et des hausses de prestations sociales, les effets du ralentissement de la croissance comme partout en Europe, et surtout un programme d’investissements publics démesurés (hôpitaux, école) doublé d’un projet de grands travaux et de rénovation des grands équipements de travaux publics - ponts, tunnels, autoroutes et voies de chemin de fer... Entre les promesses des uns, les envies des autres et les nécessités de fonctionnement de l’administration et du modèle social, les besoins financiers donnent le vertige.  

D’abord, et avant même d’avoir bouclé les comptes publics, le gouvernement italien a prévu de demander à Bruxelles l’autorisation de dépasser la contrainte des 3% de déficit. Et si Bruxelles le refuse, les ministres italiens ont annoncé qu’ils se passeraient de cette autorisation au nom du respect des la souveraineté politique.

Une confrontation banale en Europe tant que le pays demandeur trouve de quoi financer sa dette sur les marchés et que l’Union européenne reste en garantie de cette dette.

Mais si le pays ne trouve pas les financements nécessaires, personne ne sait au juste ce qui peut se passer ou plutôt si, le pays demandeur se trouve sommé de modifier ses ambitions et de changer de politique. C’est exactement ce qui s’est passé en Grèce.

Sauf que l’Italie n’est pas la Grèce, l’Italie pèse plus de 2000 milliards de PIB avec une dette publique qui dépasse les 130% du PIB et qui fait déjà de l’Italie le pays le plus endetté de l’Union européenne. Or, les perspectives de croissance étant en berne et les projets de dépenses publiques étant explosifs, la situation va devenir intenable.

Tous les pays éligibles aux marchés financiers et qui veulent s’endetter doivent déposer auprès des autorités - la banque centrale - un agenda des émissions prévues, afin de réguler un peu le marché et éviter les blocages qui provoqueraient des hausses de taux insupportables.

L’agenda des émissions italiennes est en cours de finalisation, mais selon des sources proches du ministère italien des finances, le besoin de financement du programme politique italien, c’est à dire le montant global à l’agenda des émissions d’emprunts, dépasserait les 400 milliards d’euros sur l’année. C’est absolument gigantesque, compte tenu des garanties que l’Italie peut mettre en regard de cette ambition. A titre de comparaison, les émissions d’emprunt par la France sont à 200 milliards d’euros par an (deux fois moins) pour une économie française qui est deux fois plus puissante que l’économie italienne.

Bref, ni la Banque centrale européenne, ni la Commission de Bruxelles ; ni même aucune institution financière ne peuvent garantir une telle demande.

C’est si vrai d’ailleurs que les autorités italiennes auraient déjà envoyé des émissaires à Pékin pour sonder les autorités chinoises afin de savoir si les fonds chinois seraient disposés à acheter de la dette italienne.

C’est si vrai que Donald Trump a déjà fait des offres de financement américain auprès des italiens. Alors ces propositions chinoises et américaines sont à prendre avec des pincettes. Elles sont très politiques. Donald Trump n’a pas le pouvoir de signer des chèques à l’ordre des italiens, mais il a parfaitement compris l’intérêt qu’il y aurait à déstabiliser l’Union européenne en soudoyant un des membres. La Chine, elle, est à l’affut des actifs occidentaux qu’elle pourrait acheter - à bas prix - pour accélérer son développement.  

Quoi qu‘il en soit, ces deux grands pays concurrents ont parfaitement compris que l‘Italie était désormais le maillon faible de l’Union européenne.

Le scénario qui se dessine est très inquiétant.

Acte 1, l‘Italie se verra refuser son programme d’endettement par les autorités européennes. A ce moment là, ou l’Italie renonce et accepte une négociation ou elle persiste.  

Acte 2, si l’Italie persiste, les taux d’intérêt explosent compte tenu des risques et les marchés financiers se bloquent, à commencer par le système italien.

Acte 3, l‘Italie trouve en Chine ou aux USA des fonds charitables pour la sortir de cette impasse, mais à quel prix politique ?

Acte 4 et 5, si ça ne marche pas, on tombe dans les solutions politiques dont personne ne sait comme elles peuvent se configurer.

Tout cela, à quelques mois des élections européennes. Du pain béni pour les courants extrémistes et pour les mouvements populistes qui revendiquent souvent un autre système qui serait affranchi des contraintes maastrichtiennes.

Un système utopique, bien sur, parce que si on peut comprendre qu’un pays puisse protéger et revendiquer sa souveraineté politique, il lui faut au préalable conserver sa souveraine budgétaire, c’est à dire sa crédibilité ou sa capacité à rembourser ses dettes.

Un pays riche, prospère, peut protéger sa souveraineté politique et répondre aux pulsions démocratiquement exprimées par son peuple.

Un pays affaibli et sans perspective de redressement sera toujours assujetti à ses banquiers ou à ceux qui peuvent lui venir en aide.

L’Italie aujourd’hui, risque non seulement de faire exploser l’Europe, mais aussi de perdre sa propre souveraineté puisque l’Italie tomberait alors sous la tutelle de ceux qui accepteront de payer son programme.

 

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aristide41
- 14/11/2018 - 19:30
Et voilà
les premiers fruits de ces beaux parleurs, ces bonimenteurs, ces experts Grands Soirs. Qu'aurait fait l'Italie si elle n'était pas dans l'UE? Dévaluer encore et toujours? L'Italie a déjà connu des problèmes économiques qui ont poussé les Italiens à émigrer aux Etats Unis et en France. Le bouc émissaire bien utile qu'est l'UE va disparaître et le pays va se retrouver face à lui même avec des difficultés qu'il ne pourra imputer qu'à lui même. Avec de nouveaux maîtres.
lima59
- 14/11/2018 - 13:12
Assez de rigueur
Je suis d'accord avec votre analyse, sauf que les 130% de dette ont été crées par des politiques de centre gauche,centre droit, renzi, et un ancien banquier de goldman--sachs. Et le résultat c'est 6 millions de pauvres en Italie etc, etc. Donc je pense qu'il faut trouver une autre issue que celle de la rigueur budgétaire qui creuse des déficit, appauvri la classe moyenne, l'état, et enrichit les multinationales qui paient leur impôt à 14% en Irlande.