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Commémorations

Un an après Barcelone et Cambrils, pourquoi est-ce que l’Espagne se désintéresse-t-elle dangereusement de la menace djihadiste ?

Publié le 12 août 2018
Dans une semaine, l'Espagne commémorera l'anniversaire des attentats du 17 et 18 août 2017, qui avaient causé la mort de 15 personnes. Mais ses préoccupations sont autres.
Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Alexandre Del Valle
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Dans une semaine, l'Espagne commémorera l'anniversaire des attentats du 17 et 18 août 2017, qui avaient causé la mort de 15 personnes. Mais ses préoccupations sont autres.

Atlantico : Un an après les attentats de Cambrils et Barcelone, où en est la question du terrorisme islamiste en Espagne ?

Alexandre Del Valle : Ce que l’on constate en Espagne, contrairement à l’Italie et à la France, c’est une relative indifférence sur ces questions (dans les médias, les maisons d’édition, les discours des politiques, etc), ceci malgré deux gros attentats jihadistes-islamistes survenus l’un en 2004 (Madrid- gare d’Atocha, attribué à Al-Qaïda et revendiqué par le commando Abou Hafez al Masiri), puis en aoüt 2017, à Barceone et Cambrils et attribué à Daech. Dans les deux cas, les dramatiques polémiques qui divisent la société et la classe politique espagnole ont faussé le débat et empêché de vraiment faire un travail de dénonciation de l’idéologie islamiste, très présente en Espagne : la première fois, à cause du terrorisme séparatisme basque de l’ETA, qui était l’obsession de José Maria Aznar et des services espagnols, d’où l’erreur fatale de Aznar qui avait refusé d’attribuer la responsabilité de l’attentat de 2004 à Al-Qaïda en chargeant contre toute évidence l’ETA basque. La gauche espagnole avait quant à elle entièrement axé sa rhétorique vers la dénonciation de la participation de l’Espagne à la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein et l’idéologie islamiste avait été littéralement épargnée voir disculpée. L’an passé, en 2017, c’est l’omniprésence de la question séparatiste catalane qui a en quelque sorte éclipsé le rôle de l’idéologie islamiste radicale pourtant de plus en plus présente en Catalogne et ailleurs en Espagne (Madrid, Valencia, Alicante, Andalousie, Ceuta-Melilla). Les séparatistes catalans de la Genaralitat (ou région autonome, dont Carles Puigdemont à l’époque était encore président) et la gauche tiersmondiste à la tête de la Mairie de Barcelone (Ada Colau et Podemos), ont alors développé un véritable propagande négationniste visant à disculper totalement l’islamisme radical et à nier sa nuisance et la gauche catalaniste ne cessa d’attribuer la « vraie » responsabilité des attentats à la droite espagnole de Rajoy « impérialiste » et même au « roi bourbon », les deux étant conspués et insultés massivement le jour même de la commémoration des attentats attribués au « fascisme espagnol ». Aujourd’hui il faut se mettre à la place du gouvernement et des minorités et voir que l’Espagne est totalement divisée entre pro et anti-séparatistes, elle accaparée, obsédée par les problèmes du sécessionnisme catalan ou basque, et cela capte toute son attention au détriment des débats sur l’islamisme. Étonnement ce pays qui a été plus frappé que l’Italie se sent beaucoup moins concerné par le problème. Le nouveau président du Conseil opportuniste Pedro Sanchez, élu lui-même grâce aux voix vindicatives des séparatistes basques et catalans et à l’extrême gauche de Podemos, équivalent du NPA français, donne lui aussi dans l’islamophilie béate à la Zapatero, défend une immigration clandestine incontrôlée majoritairement islamiste et refuse d’aborder de façon réaliste les thèmes sécuritaires et identitaires laissés au nouveau parti populaire (PP) de M. Casado, aux accents populistes et au parti outsider Ciudadanos. La gauche est littéralement aveuglée par sa haine de soi anti-espagnole et sa xénophilie et pour elle l’islam n’est qu’un bloc civilisationnel positif qui rappelle Al-Andalous et non une idéologie pouvant servir de caution au jihadisme.

La crise politique catalane a-t-elle eu un impact sur la lutte contre le terrorisme ?

Oui, comme je l’ai dit, la crise catalane a incontestablement empêché de parler de ces problèmes. Barcelone a été la ville la plus frappée par le terrorisme islamiste sunnite après Madrid. Ce sont la ville et la région (Catalogne) qui abritent le plus de terroristes jihadistes et d’islamistes sunnites en général, en majorité pakistanais et marocains-maghrébins, sans oublier les convertis issus de la gauche anti-occidentale, certes minoritaires mais très actifs et parfois issus de l’élite. Les réseaux les plus dangereux, marocains et pakistanais, très puissants et connectés à Al-Qaïda, AQMI, Daesh ou aux groupes salafistes saoudiens ou pakistanais sont très actifs et connus des services de police nationaux. Ils sont identifiés, mais il y a incontestablement un refus politique et judiciaire de suivre les mesures fermes préconisées par les services de renseignement et anti-terroristes.

Pour deux raisons les Catalans n’ont pas pris et ne veulent pas prendre conscience du problème à l’instar du gouvernement de Sanchez. Premièrement les Catalans ont peur que si l’on « parle trop » de la menace islamiste, cela risque de fédérer les espagnols dans leur ensemble, donc Catalans, Castillans, basques, etc contre un ennemi commun et cela risque de dévaluer la cause catalane qui mobilise énormément de personnes et est l’objectif numéro 1. De ce fait, quand vous lisez la presse catalane « normale », vous êtes surpris de voir que si l’Etat espagnol est diabolisé, la droite espagnole ou française, italienne frappée de « fascisme » et le PP de franquisme, par contre les partisans islamistes du voile et les musulmans intégristes bénéficient d’un traitement médiatique rempli de mansuétude. Le meilleur exemple étant l’actuelle campagne pro-voile islamique qui dépeint les intégristes musulmans comme des victimes des « laïcards ». Le plus rigolo est que les défenseurs du voile et des femmes voilées y compris en burqa sont des gauchistes anti-religieux très hostiles envers l’Église catholique ! Parallèlement le gouvernement de Sanchez joue la carte pro-immigrationniste, pro-islamiste, pro-Clandestins, pour se présenter comme l’opposé de Matteo Salvini en Italie et le bon élève de l’Europe de Bruxelles et de l’antiracisme islamophile. De par son alliance avec les catalanistes et la gauche pro-Vénézuéla mélanchoniste de Podemos, il ne peut absolument pas faire du sécuritaire. Sa priorité est de satisfaire les Catalanistes et l’extrême-gauche de PODEMOS grâce à qui il est arrivé au pouvoir. Il y a là une véritable stratégie métapolitique qui vise à plaire à la Gauche tiers-mondiste pro-islamiste et aux séparatistes qui ont comme priorité la diabolisation de l’Etat espagnol. La question islamique est perçue par ce bloc PSOE-Podemos-Catalaniste comme risquant de reléguer à la seconde place le séparatisme catalan. L’idée assez logique est qu’il ne faut surtout pas durcir le trait d’un ennemi civilisationnel comme l’islamisme qui risquerait de faire oublier l’ennemi interne : Madrid et la monarchie espagnole que ces forces veulent détruire. Étonnamment, si l’Espagne est un des pays les plus pénétrés par l’islamisme radical et ses réseaux, c’est pour la même raison qu’en 711, lorsque ce pays, alors très gravement divisé religieusement et culturellement, fut conquis par les envahisseurs arabo-berbères très minoritaires mais accueillis en alliés par la moitié des « Espagnols ». L’ennemi n’est jamais fort que de nos divisions et hélas, l’histoire, sans se répéter réellement, bégaie. 

Les services compétents sont-ils inactifs ? 

Aujourd’hui toute la côte Est espagnole est quadrillée par des mouvements islamistes bien connus des services de police. Toutefois, cela ne sert à rien d’être connus des services de police puisque la justice en Espagne est comme en France : imprégnée de culture marxiste déresponsabilisante et xénophile anti-sécuritaire, fortement laxiste. Rappelons seulement que les imams qui étaient à l’origine des attentats de Madrid en 2004 et de Barcelone-Cambrils en 2017 auraient tous pu être neutralisés, éloignés des capitales, mis en prison ou expulsés vers leurs pays d’origine (Syrie, Maroc, etc). Parfois, les connexions rouges-vertes sont directes et la responsabilité des juges laxistes et des politiques pro-islamistes flagrante : Je rappelle que l’adjoint à la mairie gauchiste Ada Colau (PODEMOS) de Barcelone, l’avocat Jaume Asens, a carrément été l’avocat de Mohammed Mrabet, l’un des islamistes radicaux les plus dangereux d’Espagne impliqué dans les attentats de Madrid de 2004 et dans les attentats anti-espagnols de Casablanca en 2003, puis mentor du cerveau des attentats Barcelone,  Abdelbaki es Satty. Connu pour être le défenseur des « antisystème », des révolutionnaires qui désobéissent délibérément à la loi, et aux islamistes, Jaume Asens commença à travailler avec Ada Colau au sein de l’Observatoire DESC, une ONG qui codirigea les manifestations des « Indignés » en España en 2010 et qui défend systématiquement les femmes en burqa, les migrants illégaux, les militants terroristes basques ou islamistes, bref tout ce qui est subversif et opposé à l’Etat régalien. Je rappelle aussi qu’en 2015, lorsque Ada Colau a été élue maire de Barcelona, maître Asens est devenu son conseiller au sein de son parti politique, « Barcelona en Comú », allié de Podemos, défendit de nombreux islamistes dangereux écroués, dans l’intention de les faire libérer, notamment l’idéologue terroriste marocain, Mohammed Mrabet, « imam de la mosquée de Vilanova i la Geltrú », qui n’est autre que le mentor et inspirateur d’Abdelbaki es Satty, le cerveau des attentats de Barcelone et Cambrils ! Mrabet avait été arrêté en 2006 et condamné en 2009 a 6 ans de prison pour avoir été l’un des leaders de la cellule jihadiste de catalogne dans le cadre de l’enquête sur l’Opération Chacal, qui consistait à endoctriner les jeunes au jihad et à les envoyer combattre en Irak. L’imam, sur écoute, avait été surpris en train d’envoyer des textos jihadistes qui invitaient à commettre des attentats, mais sachant la dangerosité de l’individu, on sait que c’est Asens lui-même qui se proposa spontanément pour défendre le terroriste et qui convainquit le tribunal catalan de faire libérer le détenu de façon anticipée, avec 4 de ses compaires terroristes. Mais il y pire : lorsque son disciple, Abdelbaki es Satty, cerveau des attentats de Cambrils et Barcelone en 2017, devint l’imam de Ripoll (avec autorisation des autorités catalanes, car la chose était publique, la mosquée était officielle), les autorités judiciaires et politiques catalanes connaissaient parfaitement le radicalisme de l’imam qui avait été signalé par la police anti-terroriste de Madrid et l’on connaissait aussi son passé de délinquant multirécidiviste. Ce repris de justice connu pour sa dangerosité et ses liens avec les imams cerveaux jihadistes précités a toutefois pu tranquillement radicaliser pendant des années des dizaines de jeunes de la région au point de pouvoir former un réseau qui permit les attaques terroristes qui firent 15 morts et une centaine de blessés, le 17 aout dernier à Barcelona et Cambrils… Ce cerveau jihadiste qui mourut dans l’explosion du chalet d’Alcanar, où il préparait des bombes destinées à faire bien plus de dégâts notamment à la Sagrada Familia, avait été frappé bien avant l’attentat d’une mesure d’expulsion après avoir été jugé et emprisonné pour trafic de drogues et avoir récidivé en tant qu’islamiste radical et délinquant. Mais la mesure d’expulsion à son encontre (vers le Maroc, son pays) ne fut jamais effectuée ! Les indépendantistes anti-espagnols alors au pouvoir en Catalogne considéraient les ressortissants d’Afrique du Nord comme des « victimes du racisme » ici et des victimes de la dictature chez eux, et de ce fait pensent que l’expulsion est une profonde injustice. Bref, on constate en Espagne, en pire, ce que l’on constate ailleurs en Europe de l’Ouest (France, Belgique, Royaume-Unis, Allemagne, Suède, etc) : la quasi-totalité des auteurs d’attentats significatifs depuis 2012 (Mohamed Merah) étaient soit des étrangers expulsables, soit des multirécidivistes délinquants pas assez surveillés et libres mais répertoriés ou libérés par anticipation, soit des militants islamistes radicalisés et fichés (S ou autres) par les services de police compétant. L’attentat de l’an passé à Barcelone et Cambrils a d’ailleurs été commis par des »jeunes » délinquants marocains pour la plupart dont l’imam étaient expulsables depuis au moins 12 ans et trois autres parfaitement connus de la police et qui auraient dû être neutralisés. Les policiers et le renseignement sont en général bien au courant et ils font incontestablement un très bon travail, certes avec pas assez de moyens de surveillance humaine, faute de budgets, mais les politiques et la justice ne suivent pas car ils restent prisonniers de leur politiquement correct. Il suffit de voir la diabolisation de M. Matteo Salvini qui ne fait pourtant qu’appliquer la loi nationale Italie et les règlements européens (Frontex) face à l’immigration illégale pour prendre la mesure de l’état d’esprit européen inhibiteur, ce que j’appelle le « complexe occidental » qui empêche toute politique régalienne efficace dans ce « no man’s land » vieillissant et ventre-mou géopolitique qu’en en train de devenir l’Union européenne prisonnière de son idéologie cosmopolite et anti-nationale.

A cela il faut ajouter une mode très puissance ces dernières années en Espagne, c’est celle des « bienfaits de l’islam » à l’époque de l’occupation islamique de l’Espagne (Al-Andalous », mythe de l’âge d’Or arabo-musulman » du Moyen- ge espagnol, que j’analyse dans mon dernier livre « La stratégie de l’intimidation » et dans mon dernier « géopolitico-scanner » de vendredi. Ce mythe puissant est dangereux car il alimente le sentiment suprémaciste des islamistes qui l’invoquent officiellement d’ailleurs à chaque attentat en Espagne vue comme une « Al-Andalous à reconquérir ». Dans les milieux de la gauche médiatique, universitaire et politique espagnole, et pas seulement catalane, cette idée est carrément majoritaire et elle agit comme un « islamiquement correct », un inhibiteur empêche toute analyse critique qui ferait remonter le terrorisme jihadiste à ses sources « légales » islamiques officielles contenues dans la charià et une interprétation salafiste-orthodoxe du Coran incréé. Cet islamiquement correct que j’analyse dans mon dernier ouvrage « La stratégie de l’intimidation » est aujourd’hui le principal empêcheur de prendre en compte la nature profonde du jihadisme qui ne vient pas de nulle part, mais découle d’une idéologie chariatique. Ici, au-delà de l’intimidation physique des « coupeurs de têtes » jihadistes qui créent une vraie peur de dénoncer la violence et l’intolérance islamistes, il y a également l’intimidation intellectuelle et psychologique des « coupeurs de langues » qui font taire tous ceux qui osent nommer la source de la violence jihadiste, accusés « d’islamophobie », donc, de « racisme », alors qu’en fait, la critique d’une religion n’a RIEN à voir avec le racisme.

Le départ du pouvoir de la droite de Rajoy a-t-il joué un rôle ? A quoi faut-il s'attendre avec le nouveau gouvernement ?

Le départ de Rajoy n’a pas joué un grand rôle, car ce que je décris a existé avant lui, pendant son gouvernement, et continue d’agir après lui. Mais il est vrai que dans son grand écart opportuniste pour rester à la tête du gouvernement espagnol, le « beau » parleur Pedro Sanchez, qui a peu d’autres qualités que celle de jeune bien de sa personne et souriant, un peu comme Trudeau au Canada sont il se sent très proche, va continuer à cautionner en partie le laxisme de la gauche PODEMOS et des catalanistes anti-espagnols dont il est électoralement prisonnier car son parti, le PSOE, est très minoritaire sans eux. Enfin, sa politique démagogiquement anti-Salvini pro-Migrants clandestins destinée à plaire à sa gauche et aux milieux médiatiques espagnols, aux bureaucrates européens, aux multinationales et aux milieux financiers opposés aux frontières (mouvance Open Society de Georges Soros), va permettre, avec l’arrivée de clandestins extra-européens musulmans en pleine recrudescence depuis Ceuta, Melilla, Algesiras, Alicante, Valencia, etc, de grossir un peu plus encore les bataillons dormants des réseaux islamo-terroristes en Espagne et en Europe… L’enfer est souvent pavé de « bonnes intentions »…

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