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Industrie : vous avez aimé le plombier polonais ? Vous allez adorer les entreprises d’Europe de l’Est inspirées du modèle allemand

Publié le 23 juin 2018
On a aimé le plombier polonais ou les travailleurs détachés, on va adorer les entreprises industrielles nées à l’ombre du modèle allemand…
Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 
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Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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On a aimé le plombier polonais ou les travailleurs détachés, on va adorer les entreprises industrielles nées à l’ombre du modèle allemand…

Si la France a perdu le plus clair de son industrie, c’est bien sûr à cause des délocalisations dans des pays à faible coût de main d’œuvre. Les industries textiles sont parties au Maghreb et aujourd’hui vers l’Asie. Idem pour une grande partie des fabricants d’électroménager ou d’automobile. On parle bien évidemment de baisser les charges et le coût du travail ou alors il faudrait que le consommateur accepte de payer le prix d’un contenu produit en France. Le secteur français du luxe a réussià relever ce défi, les champions français sont là. L‘agroalimentaire commence à entrer dans cette logique de présenter une offre haut de gamme, non sans succès. Mais le gros de l’industrie française, la grande part des entreprises toutes tailles confondues, est à la peine. D’où le déficit commercial abyssal qui mesure notre retard en compétitivité hors coût.

Sur le terrain des ETI, c’est à dire les entreprises de taille intermédiaire,ni grandes, ni petites, de 250 à 5000 salariés, c’est particulièrement criant.

On en dénombreen Francemoins de 5.800, contre 12.500 en Allemagne selon les derniers chiffres de l’Institut Montaigne. Et depuis quelques années, la part d’exportation des ETI françaises, signe de leur présence sur les marchés internationaux, se réduit comme une peau de chagrin. Signe de quoi ? D’une concurrence grandissante.

Ce qui est le plus spectaculaire c’est que cette concurrence provient désormais des anciens pays de l’est qui, pour la plupart appartiennent à l'Union européenne et dont les entreprises ne répliquent finalement que le modèle allemand. La concurrence ne porte plus sur le cout du salaire horaire, la concurrence porte sur la qualité.

La Pologne compte déjà plus d’ETI que la France et la République Tchèque à peine moitié moins, pour une population dix fois moins élevée.

Et si ces pays réussissent à pénétrer des secteurs aussi industriels, c’est qu’ils ont emprunté les logiciels qui ont réussi en Allemagne. Le Mittelstand allemand, cette faculté de faire naître et croître des entreprises industrielles très compétitives, a contaminé une grande partie de la bordure est de l’Europe, grâce notamment à quatre leviers.

D’abord, spécialiser l’entreprise sur une activité. « Le plus souvent, les entreprises du Mitteland ont une stratégie se concentrant sur une gamme précise de produits et de services dits de niche. Au sein d’une gamme étroite, ces entreprises cherchent à développer une production présentant un niveau de qualité extrêmement élevé » selon Gérald Lang, professeur à Hedge Business Schéol. Et c’est d’autant plus judicieux à faire pour la production industrielle, où les marchés sont bien définis et assez hermétiques.

Ensuite, deuxième levier, l’actionnariat y est majoritairement familial. Ce sont souvent des entreprises qui se sont transmises et dont la famille a gardé une partie du capital. Les actionnaires sont durablement présents et voient l’activité de l’entreprise sur le long terme.

Du coup, le management y est certestrès souvent paternaliste mais ça n’est pas forcement un défaut. Ce style de management à l’allemandeest programmé sur le long terme, il est tourné vers la mise au point de process et l’implication de toutes les parties prenantes.

Troisième levier : une implication locale avec un attachement à cette terre historique et des productions régionales, ce qui leur permet de profiter d’une main d’œuvre meilleure marché. Toutes ces entreprises ont une inclinaison « naturelle », aidée naturellement par les partenaires nationaux de la branche déjà exportateurs – les fournisseurs, les clients - comme l’explique le professeur Gérald Lang.

Enfin, la recherche systématique de l’innovation. On n’est pas au pays de Joseph Schumpeter pour rien. En l’occurrence, l’innovation aujourd’hui pousse sur le terrain digital, la connectivité et l’intelligence artificielle.

Le cas de l’entreprise Oknoplast, spécialisée dans l’industrie de la porte et de la fenêtre et qui possède son meilleur marché étranger en France, est exemplaire de cette mutation. A priori, les portes et fenêtres sont des équipements qui ne nécessitent pas de très grandes compétences techniques. Des milliers d’artisans menuisiers en France, en Italie ou en Espagne ont toujours su répondre à ce marché. Jusqu’au jour où la contrainte énergétique a obligé les fabricants à répondre à une demande d’économie d’énergie et de plus grand confort via l’assistance domotique.

L’entreprise polonaise, née en 1994 après la période soviétique, a très vite coché toutes les cases du modèle allemand de l’entreprise du Mittelstand.

Installée à Cracovie où elle dispose de trois usines dans un périmètre d’une centaine de kilomètres, elle travaille aujourd’hui sur des produits à forte valeur ajoutée : beaucoup de technologie et de connectivité et même des produits futuristes de fenêtres tactiles. Et en sus, des ambitions internationales pour l’industriel, présent en Allemagne, en Italie et en France notamment malgré une Pologne restée en dehors de la zone euro. « Nous sommes bien conscients qu’il faut investir beaucoup avant d’obtenir des résultats dans un pays » souligne Mikołaj Placek, actuel PDG et fils du fondateur. Et une certaine pugnacité quand il s’agit d’adapter les lignes de production aux spécificités et normes de chaque pays. « Quand nous découvrons qu’un marché a besoin de telle fonctionnalité ou à tel usage d’un produit, cela permet de nous améliorer et de proposer d’autres fonctionnalités ou services à nos autres marchés» explique Grégoire Cauvin, le patron de la filiale française d’Oknoplast.

Sur le secteur de la menuiserie, les français sont complètement absents des classements européens des plus grands exportateurs. Beaucoup produisent et même en France – Lapeyre pour le groupe Saint Gobain, des entreprises de menuiserie spécialisées comme Art et fenêtres ou Tryba.

On se plaignait du plombier polonais et on crie encore contre l’afflux des travailleurs détachés qui viennent palier le manque de main d’œuvre sur les chantiers de construction et de travaux publics du grand Paris. Mais il faudra se faire à cette nouvelle réalité, composée d’entreprises locales, qui viennent vendre leurs produits sur le marché français. Plus question de dumping social ou salarial, l’arme de la concurrence est ailleurs, et notamment dans l’inventivité du produit. La loi Pacte contient tous les outils pour booster la compétitivité hors coût, mais suffiront-ils ?

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Guy Bernard
- 24/06/2018 - 11:39
la gestion reprend le dessus sur l'illusion.
Cette analyse, pourtant couramment acceptée, est fausse : c'est l’échec du compromis fordien, du modele banque entreprise et la gouvernance des Etats qui en est la cause ; pour preuve l'Allemagne et le Japon.
la période d'inflation des années 70/80 a ruiné nos entreprises et notre production si bien qu'on n'a pu que constater leur faillite dans un partage de la VA trop favorable aux salaires.
les pays des PECO offraient des dettes à reconvertir en investissements à bon marché et de bas salaires, pendant que les Etats poursuivaient leur stratégie de croissance de la demande dans un welfare à crédit.
c'est la gestion qui reprend le dessus sur l'illusion.
zelectron
- 24/06/2018 - 11:26
6 millions de fonctionnaires
@Deneziere
dont 1 à 2 millions sont inutiles et donc à expurger dans les 10 ans qui viennent (coût d'un ponx = 3.5 millions €uros en moyenne du début de sa carrière à la fin de sa& retraite, non compris la pension de réversion)
moneo
- 24/06/2018 - 11:09
@DENEZIERE
j opine du chef