En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© FREDERICK FLORIN / AFP
Ni droite, ni gauche
La dictature de la modération ? L’étude internationale qui montre que les centristes sont les plus enclins à se méfier de la démocratie
Publié le 27 mai 2018
Une étude menée dans une centaine de pays montre que les citoyens les plus sceptiques à l'égard de la démocratie et des institutions libérales seraient ceux qui se revendiqueraient du centre. Un paradoxe qui n'est pas totalement une surprise.
Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vincent Tournier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Une étude menée dans une centaine de pays montre que les citoyens les plus sceptiques à l'égard de la démocratie et des institutions libérales seraient ceux qui se revendiqueraient du centre. Un paradoxe qui n'est pas totalement une surprise.

Atlantico : Selon une étude menée sur des données issues d'une centaine de pays, par le politologue britannique David Adler, les citoyens les plus sceptiques à l'égard de la démocratie et des institutions libérales seraient ceux qui se revendiqueraient du centre. Ainsi, en Europe, seuls 42% des "centristes" considèrent que la démocratie est un bon système, alors que la majorité des autres électeurs la jugent ainsi. Une situation que l'auteur appelle le "paradoxe centriste". Comment expliquer cette méfiance centriste à l'égard de la démocratie ? Comment analyser la situation française à cet égard ? 

Vincent Tournier : David Adler présente un résultat très original, troublant même tant il vient bouleverser la manière d’analyser la situation actuelle. Traditionnellement, on s’inquiète plutôt du déclin des valeurs démocratiques du côté des populistes ou des contestataires. Or, Adler montre que, s’il y a du souci à se faire, c’est plutôt du côté des électeurs modérés, ceux qui se placent au centre (pris ici au sens large, c’est-à-dire incluant le centre-gauche et le centre-droite). Les plus éloignés de la démocratie ne sont donc pas ceux que l’on croit. Adlerparle du « paradoxe centriste » : les électeurs dont on pense qu’ils sont les mieux intégrés dans le système démocratique sont au contraire ceux qui y croient le moins.

Ce paradoxe n’est pas totalement une surprise. On sait depuis longtemps que les électeurs qui se situent au centre sont généralement peu politisés, peu intéressés par la politique, souvent hostiles envers le système politique. Ce sont des gens peu intégrés socialement et politiquement. Ils ontdes connaissances politiques rudimentaires ; ils n’ont pas toujours un avis sur les grands sujets de société et, du coup, ils ont du mal à se situer sur une échelle gauche-droite. Bref, comme le dit Adler lui-même, ce sont souvent des « apathiques ».On parlait autrefois du « marais » pour désigner le fait que, parmi les centristes, il y a à la fois de « vrais » centristes (des électeurs politisés)etdes gens qui se classent au centre par défaut. Du coup, il n’est pas très surprenantde constater, comme le fait Adler, que cet électorat est plus faiblement attaché aux valeurs démocratiques

Mais Adler va plus loin. Il montre que cet éloignement à l’égard des valeurs démocratiques ne s’explique pas seulement par la proportion d’apathiquesparmi les centristes. Le même résultatse retrouve si onisole les personnes qui sont intéressées par la politique. Autrement dit, même parmi les personnes politisées, ce sontencore les centristes qui expriment le plus faible soutien pour la démocratie. On est donc face à une situation très originale : le désamour pour la démocratie concerne les individus qui sont au cœur du système, qui sont socialement intégrés et occupent souvent des positions de responsabilité et de pouvoir.Ce sont des gens qui bénéficient du système actuel et qui ont intérêt à son maintien. Leur désaffection pour la démocratie est difficile à expliquer, mais on peut se demander si elle ne vient pas du sentiment que, du moins pourune partie des élites, la démocratie a cessé d’être perçue comme le meilleur moyen pour assurer la préservation de ses intérêts. Si on utilisait un langage marxiste, on pourrait dire qu’il y a une disjonction entre les intérêts des élites et le moyen par lequel elles entendent préserver ceux-ci. Jusqu’à présent, la démocratie était un bon moyen, mais aujourd’hui,c’est un peu moins vrai car la volonté populaire ne va pas dans le bon sens.Par exemple, une grande partie des élites actuelles est acquise à l’idée que les frontières doivent être le plus ouvertes possibles, mais ce souhait est loin d’être partagé par les opinions publiques.

Atlantico : Selon une étude menée sur des données issues d'une centaine de pays, par le politologue britannique David Adler, les citoyens les plus sceptiques à l'égard de la démocratie et des institutions libérales seraient ceux qui se revendiqueraient du centre. Ainsi, en Europe, seuls 42% des "centristes" considèrent que la démocratie est un bon système, alors que la majorité des autres électeurs la jugent ainsi. Une situation que l'auteur appelle le "paradoxe centriste". Comment expliquer cette méfiance centriste à l'égard de la démocratie ? Comment analyser la situation française à cet égard ? 

Vincent Tournier : David Adler présente un résultat très original, troublant même tant il vient bouleverser la manière d’analyser la situation actuelle. Traditionnellement, on s’inquiète plutôt du déclin des valeurs démocratiques du côté des populistes ou des contestataires. Or, Adler montre que, s’il y a du souci à se faire, c’est plutôt du côté des électeurs modérés, ceux qui se placent au centre (pris ici au sens large, c’est-à-dire incluant le centre-gauche et le centre-droite). Les plus éloignés de la démocratie ne sont donc pas ceux que l’on croit. Adlerparle du « paradoxe centriste » : les électeurs dont on pense qu’ils sont les mieux intégrés dans le système démocratique sont au contraire ceux qui y croient le moins.

Ce paradoxe n’est pas totalement une surprise. On sait depuis longtemps que les électeurs qui se situent au centre sont généralement peu politisés, peu intéressés par la politique, souvent hostiles envers le système politique. Ce sont des gens peu intégrés socialement et politiquement. Ils ontdes connaissances politiques rudimentaires ; ils n’ont pas toujours un avis sur les grands sujets de société et, du coup, ils ont du mal à se situer sur une échelle gauche-droite. Bref, comme le dit Adler lui-même, ce sont souvent des « apathiques ».On parlait autrefois du « marais » pour désigner le fait que, parmi les centristes, il y a à la fois de « vrais » centristes (des électeurs politisés)etdes gens qui se classent au centre par défaut. Du coup, il n’est pas très surprenantde constater, comme le fait Adler, que cet électorat est plus faiblement attaché aux valeurs démocratiques

Mais Adler va plus loin. Il montre que cet éloignement à l’égard des valeurs démocratiques ne s’explique pas seulement par la proportion d’apathiquesparmi les centristes. Le même résultatse retrouve si onisole les personnes qui sont intéressées par la politique. Autrement dit, même parmi les personnes politisées, ce sontencore les centristes qui expriment le plus faible soutien pour la démocratie. On est donc face à une situation très originale : le désamour pour la démocratie concerne les individus qui sont au cœur du système, qui sont socialement intégrés et occupent souvent des positions de responsabilité et de pouvoir.Ce sont des gens qui bénéficient du système actuel et qui ont intérêt à son maintien. Leur désaffection pour la démocratie est difficile à expliquer, mais on peut se demander si elle ne vient pas du sentiment que, du moins pourune partie des élites, la démocratie a cessé d’être perçue comme le meilleur moyen pour assurer la préservation de ses intérêts. Si on utilisait un langage marxiste, on pourrait dire qu’il y a une disjonction entre les intérêts des élites et le moyen par lequel elles entendent préserver ceux-ci. Jusqu’à présent, la démocratie était un bon moyen, mais aujourd’hui,c’est un peu moins vrai car la volonté populaire ne va pas dans le bon sens.Par exemple, une grande partie des élites actuelles est acquise à l’idée que les frontières doivent être le plus ouvertes possibles, mais ce souhait est loin d’être partagé par les opinions publiques.

Atlantico : Selon une étude menée sur des données issues d'une centaine de pays, par le politologue britannique David Adler, les citoyens les plus sceptiques à l'égard de la démocratie et des institutions libérales seraient ceux qui se revendiqueraient du centre. Ainsi, en Europe, seuls 42% des "centristes" considèrent que la démocratie est un bon système, alors que la majorité des autres électeurs la jugent ainsi. Une situation que l'auteur appelle le "paradoxe centriste". Comment expliquer cette méfiance centriste à l'égard de la démocratie ? Comment analyser la situation française à cet égard ? 

Vincent Tournier : David Adler présente un résultat très original, troublant même tant il vient bouleverser la manière d’analyser la situation actuelle. Traditionnellement, on s’inquiète plutôt du déclin des valeurs démocratiques du côté des populistes ou des contestataires. Or, Adler montre que, s’il y a du souci à se faire, c’est plutôt du côté des électeurs modérés, ceux qui se placent au centre (pris ici au sens large, c’est-à-dire incluant le centre-gauche et le centre-droite). Les plus éloignés de la démocratie ne sont donc pas ceux que l’on croit. Adlerparle du « paradoxe centriste » : les électeurs dont on pense qu’ils sont les mieux intégrés dans le système démocratique sont au contraire ceux qui y croient le moins.

Ce paradoxe n’est pas totalement une surprise. On sait depuis longtemps que les électeurs qui se situent au centre sont généralement peu politisés, peu intéressés par la politique, souvent hostiles envers le système politique. Ce sont des gens peu intégrés socialement et politiquement. Ils ontdes connaissances politiques rudimentaires ; ils n’ont pas toujours un avis sur les grands sujets de société et, du coup, ils ont du mal à se situer sur une échelle gauche-droite. Bref, comme le dit Adler lui-même, ce sont souvent des « apathiques ».On parlait autrefois du « marais » pour désigner le fait que, parmi les centristes, il y a à la fois de « vrais » centristes (des électeurs politisés)etdes gens qui se classent au centre par défaut. Du coup, il n’est pas très surprenantde constater, comme le fait Adler, que cet électorat est plus faiblement attaché aux valeurs démocratiques

Mais Adler va plus loin. Il montre que cet éloignement à l’égard des valeurs démocratiques ne s’explique pas seulement par la proportion d’apathiquesparmi les centristes. Le même résultatse retrouve si onisole les personnes qui sont intéressées par la politique. Autrement dit, même parmi les personnes politisées, ce sontencore les centristes qui expriment le plus faible soutien pour la démocratie. On est donc face à une situation très originale : le désamour pour la démocratie concerne les individus qui sont au cœur du système, qui sont socialement intégrés et occupent souvent des positions de responsabilité et de pouvoir.Ce sont des gens qui bénéficient du système actuel et qui ont intérêt à son maintien. Leur désaffection pour la démocratie est difficile à expliquer, mais on peut se demander si elle ne vient pas du sentiment que, du moins pourune partie des élites, la démocratie a cessé d’être perçue comme le meilleur moyen pour assurer la préservation de ses intérêts. Si on utilisait un langage marxiste, on pourrait dire qu’il y a une disjonction entre les intérêts des élites et le moyen par lequel elles entendent préserver ceux-ci. Jusqu’à présent, la démocratie était un bon moyen, mais aujourd’hui,c’est un peu moins vrai car la volonté populaire ne va pas dans le bon sens.Par exemple, une grande partie des élites actuelles est acquise à l’idée que les frontières doivent être le plus ouvertes possibles, mais ce souhait est loin d’être partagé par les opinions publiques.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
02.
Pourquoi Oxfam se trompe de combat (et passe totalement à côté de ce qui se passe dans les pays développés)
03.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
04.
Libéraux en peau de lapin : pourquoi la polémique autour de François-Xavier Bellamy en dit long sur le raidissement des soit-disant « modérés »
05.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
06.
Peut-on encore s’enrichir autrement qu’avec l’immobilier en France ?
07.
Mort du Comte de Paris : et la porte du placard de l’Histoire se ferma sur les Orléans
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
03.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
04.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
05.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
04.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
05.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
06.
Elections européennes : La République en Marche détrône le Rassemblement national selon un nouveau sondage
01.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
02.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
03.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
04.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
05.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
06.
Oui, il y a “des gens en situation de pauvreté qui déconnent”. Mais voilà pourquoi la question et la solution sont largement ailleurs
Commentaires (10)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
kelenborn
- 28/05/2018 - 07:21
Lisez la "Une "du Figaro
Lisez la "Une "du Figaro aujourd'hui...Vous comprendrez pourquoi la gangrene est partout! C'est à gerber !
JonSnow
- 27/05/2018 - 16:52
Bien vu!
Cet article fait mouche. Je connais nombre de gens bien-pensants et bien éduqués qui pensent que les référendums, en résumé, c'est faire voter des gens qui n'ont pas le niveau et qui ne comprennent pas les problèmes, qui ne sont pas capables de décider pour eux-mêmes. Même si l'argument n'est pas totalement faux, il est innaceptable et dangereux.
vieux croco
- 27/05/2018 - 16:26
les centistes pensent pour les autres
et ces autres doivent baisser la tête et dire merci .
Le centriste aime le cassoulet mais à toujours un rond de serviette à la capitale , donc le centriste aime le Sénat , sorte de club privé où la cooptation est de mise , Rotary Club payé par nos impôts . Vivement un grand soir de droite pour terminer le travail du grand Charles .