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Aveuglement
Entre contresens et demi vérités, cette autre source des blocages français : mais pourquoi la France est-elle incapable de faire le bon diagnostic sur son état ?
Publié le 22 avril 2018
Les différentes réformes engagées ce printemps par le gouvernement ont engendré plusieurs mouvements de mécontentement. Derrière cette opposition pourrait poindre un déficit de diagnostic sur l'Etat réel du pays.
Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son...
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Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son...
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Les différentes réformes engagées ce printemps par le gouvernement ont engendré plusieurs mouvements de mécontentement. Derrière cette opposition pourrait poindre un déficit de diagnostic sur l'Etat réel du pays.

Atlantico : Ce printemps 2018 est marqué par le réformisme d'Emmanuel Macron, qui a ouvert plusieurs "chantiers", comme celui de la SNCF, mais également par les mouvements sociaux qui ont pu se structurer en opposition à cette volonté du chef de l'Etat. Derrière cette opposition, entre l'approche de la majorité présidentielle et celle de son opposition, ne peut-on pas constater un déficit de diagnostic sur l'Etat réel du pays ? D'un point de vue macroéconomique notamment, quels sont les points "oubliés" aussi bien par la majorité que par l'opposition ? 

Alexandre Delaigue : Il y a trois axes de compréhension de la politique gouvernementale. Le premier est la volonté de rapprocher le modèle français de modèles "nordiques", de ne pas voir la France suivre la voie méditerranéenne de pays comme l'Italie. Dans ce but on fait le type de réformes qu'on a trouvé dans les pays scandinaves mais surtout, on cherche à se rapprocher de la Grande-Bretagne. Le second axe est la politique européenne, l'idée qu'en étant "bon élève" de l'Europe, en suivant les contraintes pour cesser d'être un pays dépensier, on y aura une influence et la France y sera prise au sérieux. Le troisième axe est celui de l'opportunisme politique : on prend les conflits et les mesures qui "marchent" dans l'opinion, qui permettent de cliver, d'étouffer la droite, pour que le gouvernement soit la seule alternative à la France Insoumise et à l'extrême-droite. Le fait est que cela marche pour le moment. Et les conflits sociaux renforcent ce clivage.

Dans ce jeu à trois axes, la politique macroéconomique est réduite à sa simple expression, réduire les déficits publics et partir du principe que la reprise est là. Sur le moment ce n'est pas totalement absurde : après tout la conjoncture économique s'améliore et dans une stricte logique keynésienne, c'est le moment de faire de la consolidation budgétaire. Le problème c'est que la reprise est faible, semble déjà ralentir en Europe, et qu'elle a été très loin de suffire à résorber le chômage massif et le retard de croissance accumulé pendant les 10 dernières années. 

Certains économistes anglo-saxons, n'ont de cesse de pointer du doigt certains déséquilibres internes à la zone euro, aussi bien concernant les excédents commerciaux, ou les questions de politique monétaire, des sujets finalement peu abordés par le débat politique français. Le diagnostic de l'Etat du pays en souffre-t-il ? 

Il est frappant de voir à quel point la question européenne est absente du débat français alors qu'elle est centrale pour toutes nos politiques économiques. Là encore l'Europe ne sert que de bouc émissaire (on doit réduire les déficits, c'est l'Europe, on doit libéraliser le rail, c'est l'Europe) mais du coup l'essentiel sort du débat politique. C'est un peu inévitable. On ne réforme l'Europe que face à des crises, le reste du temps on attend. C'est la logique de la construction européenne depuis des décennies! mais cette logique pourrait rencontrer de gros problèmes. Si la croissance ralentit, le pari du gouvernement va vite sembler intenable. Le plus gros risque vient d'Italie, le pays qui pourrait entrer en conflit ouvert avec l'Europe. Si en plus on se retrouve avec une Banque centrale européenne plus "allemande" après le départ de Mario Draghi la situation pourrait devenir très dangereuse. Il n'y a pas d'anticipation de cela, et surtout on n'en parle pas. C'est triste mais un peu inévitable.

Pour la France il faut quand même noter qu'elle ne s'en sort pas si mal. On l'oublie mais depuis le passage à l'euro la croissance française a été en moyenne supérieure à l'allemande! On oublie aussi que si la reprise actuelle est un peu poussive par rapport à d'autres pays, c'est parce que la crise a été bien moins virulente en France. Donc il n'est pas absurde que cela passe au second plan. Mais je répète, nous devons regarder l'Italie, qui symbolise une Europe qui devient une collection d'égoïstes dès qu'un problème collectif (macroéconomie, question des réfugiés) se pose. 

Plus spécifiquement, les questions de la dette et des déficits publics sont très largement suivis par les cadres politiques mais également par les médias, ce qui traduit une inquiétude relative au poids de l'Etat en France. Dans quelle mesure cette approche peut-elle être considérée comme biaisée, notamment au regard d'un tableau réalisé par le FMI et publié cette semaine, pointant une situation d'endettement favorable pour la France, à horizon 2050, et tenant compte de l'effet du vieillissement ? Sans remettre en cause cette problématique, en quoi l'approche actuelle peut-elle influencer le débat de façon négative par rapport à une forme de rationalité économique ? 

La dette publique est toujours un prétexte pour faire avancer son propre programme politique. Je le dis souvent et le répète : en réalité personne ne se préoccupe de la dette publique. Tout le monde a un agenda derrière. Pour la gauche, le déficit est la raison de critiquer les baisses d'impôt des riches qui lui déplaisent, ou de dire que la dette n'est pas un problème quand il s'agit de faire des mesures sociales. Pour la droite c'est l'occasion de préconiser la réductions de dépenses publiques qui lui déplaisent, mais on l'oublie totalement lorsqu'il s'agit de faire des cadeaux fiscaux à son électorat. Tout cela est bien loin d'une rationalité quelconque en matière de finances publiques. C'est du pur jeu politique. Tout cela nous rappelle que la contrainte européenne est certes une source de problèmes, mais qu'il n'est pas certain que nos finances publiques seraient mieux gérées, ou que notre débat de politique économique, serait plus rationnel en l'absence de cette contrainte. 

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kelenborn
- 22/04/2018 - 18:15
oui la dette
C'est d'autant du pur jeu politique que la dette est, avec l'euro fort,ce qui permet d'"acheter" 70% de l'électorat! Regardez comment est financé l'emploi !!!!!
ajm
- 22/04/2018 - 12:02
Méthode Coué.
La méthode Coué est loin d'être ridicule. L'effet placebo est bien connu, l'action sur le mental des individus et des sociétés est incontestable. C'est l'effet "Confiance" qui, historiquement, a été souvent vérifié dans le passé, notamment dans la sphère économique, par exemple sur la tenue des monnaies et le niveau des investissements privés.
ajm
- 22/04/2018 - 11:56
Relance Keynésienne.
Ganesha, vous comprenez de travers : mr Delaigue explique que, en période de croissance économique considérée comme suffisante ( l'est-elle vraiment? ) c'est la consolidation budgétaire, c'est à dire la réduction des déficits , qui peut être considérée comme prioritaire, y compris dans une logique Keynesienne. A l'inverse, toujours dans une logique Keynésienne, quand on est en phase recessive, la priorité doit être la relance ( par les investissements , le fameux multiplicateur budgétaire ) . Même si Keynes est surtout connu dans le public pour son analyse des mesures budgétaires en bas de cycle, sa contribution à la science économique est bien plus étendue et dépasse le cadre de la fameuse relance Keynésienne.