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Causes et conséquences
Flambée des prix des métaux : les premiers effets de la guerre commerciale mondiale
Publié le 20 avril 2018
Les prix des métaux connaissant actuellement une importante hausse, notamment une progression de 30% de l'aluminium en quelques semaines.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Les prix des métaux connaissant actuellement une importante hausse, notamment une progression de 30% de l'aluminium en quelques semaines.

Atlantico : Les prix des métaux connaissant actuellement une importante hausse, notamment une progression de 30% de l'aluminium en quelques semaines. Quelles sont les causes de cette hausse ?

Michel Ruimy : Tout d’abord, revenons sur le fonctionnement de ce marché pour bien comprendre ce qui se passe.

Au niveau mondial, la demande d’aluminium dépend de certains paramètres (revenu par habitant, l’urbanisation…) et elle est de plus en plus sensible aux variations de prix. Parmi les principaux clients, on retrouve, en tête, la Chine avec plus de 30% de la demande mondiale et les États-Unis, en seconde position, avec une demande de 15%.

L’offre d’aluminium, quant à elle, croît surtout en raison de la hausse de la productivité de l’industrie, qui est de plus en plus concurrentielle. Les principaux pays producteurs d’aluminium sont, au premier rang, la Chine qui, en plus d’être le plus important consommateur est également le plus grand producteur, suivie de la Russie et du Canada.

Il faut savoir que ce minerai provient de la bauxite. Aujourd’hui, environ 75% des réserves découvertes et pouvant être exploitées sont principalement concentrées dans 5 pays : le Brésil, l’Australie, le Vietnam, la Guinée et la Jamaïque. On voit donc que la production de bauxite et celle d’aluminium se font séparément. À titre de comparaison, si l’Australie produit un peu plus de 30% de la bauxite au niveau mondial, sa production en aluminium est seulement de l’ordre de 5%. Ceci tient du fait que l’obtention d’aluminium requiert beaucoup d’électricité. Ainsi, pour la production proprement dite, il faut environ 4 tonnes de bauxite pour obtenir 2 tonnes d’alumine qui permettront ensuite la production d’1 tonne d’aluminium (métal).

Par ailleurs, la fabrication de ce métal non-ferreux nécessitant une grande quantité d’électricité, son prix est étroitement lié à celui du pétrole. Or, avec la reprise mondiale, les prix de l’énergie (pétrole, charbon) sont, de nouveau, orientés à la hausse avec, pour conséquence, une élévation du coût de production de l’aluminium, augmentation qui se répercute sur le prix de vente. Ainsi, en 2017, le prix de l’aluminium a augmenté de 20% par rapport à 2016 tandis que celui d’autres métaux de base tels que le cuivre, le zinc ou le nickel s’est apprécié de 30%.

Mais une telle flambée des prix s’explique principalement par la diminution de l’offre - même si, comme de nombreux autres produits, ce métal donne lieu à une économie active de recyclage, en particulier dans le secteur de l’emballage. En effet, afin d’enrayer la pollution qui grimpe dans les villes durant l’hiver en raison du chauffage des foyers, les autorités chinoises ont pris des mesures anti-pollution pour réduire la production locale. Le gouvernement a imposé des normes environnementales plus strictes et face à ces dispositions, plusieurs fonderies et raffineries ont été contraintes de stopper leur production alors que le pays représente près de 60% de la production mondiale !

Mais si l’offre se réduit, la demande continue de s’accroître, soutenue par l’appétit toujours vorace de l’industrie chinoise, obligée d’importer davantage en raison des mesures anti-pollution. Ce déséquilibre devrait s’accentuer en 2018.

Les cours historiques de l’aluminium étant, en général, assez variable à court terme du fait de la spéculation - le prix de la tonne d’aluminium était au London Metal Exchange de 2 537 USD le 18 avril contre 2 088 USD 1 mois plus tôt ! -, on pourrait donc enregistrer, toutes choses égales par ailleurs, des variations erratiques du prix cette année. Sur le long terme, le cours résulte toutefois de la confrontation de l’offre (création de nouvelles alumineries) et de la demande, en particulier, de la bonne santé de l’économie dans les différentes régions industrielle (Europe, Asie et Amérique du Nord).

Quels sont les secteurs qui pourraient rapidement souffrir de la poursuite d’une telle tendance ? Quel pourrait être l’impact d’une telle hausse sur le reste de l’économie ?

De par ses propriétés physicochimiques de légèreté, de ductilité (capacité à s’étirer sans se rompre), de conductibilité électrique et de résistance à la corrosion, l’aluminium est le métal non ferreux le plus demandé au monde. Il est, aujourd’hui, de plus en plus utilisé dans les industries de l’aéronautique en forte croissance, dans divers modes de conditionnement, dans la conception des véhicules de transports routiers… C’est aussi un constituant privilégié des constructions d’habitations modernes et ses qualités de métal conducteur en font un substitut apprécié du cuivre, devenu trop onéreux dans l’industrie des câbles électriques.

Ces deux derniers secteurs - bâtiment et automobile - sont fortement impactés par la conjoncture économique. Cette influence de l’économie sur le cours de l’aluminium a été constatée en 2009. Du fait de la crise financière, la consommation a diminué d’environ 5% à l’échelle mondiale. Cette baisse aurait pu être plus importante si la Chine n’avait pas alors soutenu vigoureusement la demande.

Ainsi, ce panel très large des cas d’utilisation font de ce métal un indicateur privilégié de la marche de l’économie mondiale d’autant que près de la moitié de la production mondiale est destinée à l’industrie.

Concernant cette hausse des cours, je ne pense pas que cela impacte grandement, à court terme, le reste de l’économie. En effet, hormis l’offre et la demande, les attentes et les sentiments du marché pèsent énormément sur la fixation du prix du métal.

La grande volatilité du prix rend plus difficile les prévisions et plus risqués les investissements. Chaque entreprise mondiale de transformation de l’aluminium doit alors faire face aux risques de fluctuation des prix du métal - les variations ont un impact direct sur les marges bénéficiaires et sur la valeur du stock - et, par suite, des prix des produits intermédiaires et des produits finis connus. La dépréciation du dollar et la hausse du coût de production ajoutent à l’instabilité du marché.

Par ailleurs, les comportements de la clientèle se modifient : celle-ci peut soudainement souhaiter diminuer ou différer une commande.

C’est pourquoi, la volonté de se prémunir contre ces risques peut expliquer, en partie, les stratégies des acteurs de l’industrie : les entreprises, qu’elles soient clientes ou fournisseurs d’aluminium, établissent de bons contrats.

Quels sont les différents scénarios envisageables pour les prochaines semaines et prochains mois ?

L’avenir de la production d’aluminium s’annonce brillant au plan mondial en termes d’intensité d’utilisation du métal gris sauf que les perspectives mondiales sont largement marquées par le comportement de la Chine et, plus récemment, par la volonté des Etats-Unis de taxer certains métaux. Elles pourraient toutefois être amoindries, à long terme, avec l’établissement d’une certification environnementale.

Premièrement, le volume produit par la Chine, dans un contexte de faibles contraintes environnementales, était réalisé via un procédé d’électrolyse polluant, en raison de la demande locale, du dumping énergétique assis sur la combustion de charbon local, ou importé. Mais, depuis le 1er janvier de cette année, une nouvelle politique fiscale révèle la stratégie de Pékin : miser sur une croissance plus «  verte ». Ce pays s’est ainsi doté d’une nouvelle taxe écologique et depuis cette date, les entreprises publiques et privées devront désormais payer des amendes sur les émissions polluantes (eau, air, sol). Un changement annoncé en fanfare à la communauté internationale mais qui s’avère finalement tout aussi nocif pour l’environnement.

En effet, l’Empire du Milieu reste extrêmement dépendant d’une pléiade de minerais pour assurer son développement - la Chine est contrainte de se maintenir à un taux de croissance élevé pour juguler les tensions sociales qui parcourent le pays. Il continue donc d’assurer son approvisionnement auprès de pays étrangers. Or, la filière aluminium chinoise dépend des réserves de bauxite, concentrées dans 3 pays : le Brésil, l’Australie et la Guinée. Et les entreprises chinoises ont emporté avec elles dans ces pays leurs méthodes d’exploitation peu recommandables.

Productrice et consommatrice de ces précieux minerais, la Chine masque derrière son discours environnemental une nouvelle forme d’exploitation de la nature. Elle ne combat pas la pollution, mais la déplace. Dès lors, tout dépend de la prise de conscience internationale. Si rien n’est fait, l’offre retrouvera un niveau antérieur de production et l’on pourra observer une baisse des cours.

Deuxièmement, il convient aussi de prendre en considération la volonté des Etats-Unis de taxer certains métaux comme l’aluminium et l’acier. Si la décision entre en vigueur, les droits de douane ne désorganiseraient pas les filières industrielles puisque les producteurs d’acier et d’aluminium américains sont incapables de fournir, au pied levé, les constructeurs automobiles et aéronautiques. Ce stratagème fonctionne tant que les partenaires des Etats-Unis ne ripostent pas.

Enfin, à plus long terme, parmi les solutions d’avenir, la différenciation de l’aluminium produit à très faible empreinte carbone devenir un argument commercial. À titre de comparaison, la Chine produit, par an, plus de 30 millions de tonnes d’aluminium en émettant environ 500 millions de tonnes d’émissions de CO2 provenant de la consommation du charbon, tandis qu’au Canada, les alumineries, alimentées principalement en hydroélectricité, émettent 6 millions de tonnes de CO2. Cet argument pourrait être susceptible d’inciter de grandes entreprises consommatrices à acheter de l’aluminium canadien certifié.

Quid des pays européens ? Devant cette situation, ils ont diverses options : soit abandonner à l’industrie chinoise le soin de produire, à bas coûts, l’essentiel de l’aluminium nécessaire à la bonne marche de l’économie mondiale soit, essayer par des méthodes innovantes et les moins polluantes possibles de maintenir ou de développer les productions occidentales de ce métal, ce qui suppose le maintien de prix de l’énergie incitatifs. L’Europe devra aussi faire preuve d’un peu plus de réalisme face au volume important de CO2 rejetés tous les ans, en toute impunité, par la Chine et qui conduit tous ses efforts en matière d’accumulation de ce gaz dans l’atmosphère et dans les océans, à l’échec.

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