En direct
Best of
Best of du 18 au 24 mai 2019
En direct
© Reuters
Disparition d’un fleuron tricolore
Petites réflexions sur la commission parlementaire consacrée au naufrage d’Alstom
Publié le 09 avril 2018
La disparition de ce fleuron de l’industrie nationale ne peut être résumée avec des raisonnements simplistes.
Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Loïk Le Floch-Prigent
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La disparition de ce fleuron de l’industrie nationale ne peut être résumée avec des raisonnements simplistes.

J’ai regardé comme beaucoup les auditions de la Commission Parlementaire qui veut faire la lumière sur la disparition d’un fleuron de l’industrie nationale, la société Alstom.

En fait il n’y a que deux sujets, comment faire sortir au plus tôt de sa prison américaine le bouc émissaire du dossier, et comment prévenir les drames qui peuvent se profiler dans les joyaux qui sont partis, et donc quelles actions sont à entreprendre.

Certains parlementaires, et c’est tout à leur honneur, insistent sur le premier point personne ne se préoccupe du second, comme si l’avenir n’était pas du ressort de l’Assemblée Nationale. Il ne sert pas à grand-chose de mettre sur le grill tel ou tel responsable du fiasco, à quoi sert de demander des comptes à un cadavre ? Puisque la stratégie n’a pas réussie, c’est un échec, cette lapalissade n’étonnera personne sauf ceux qui veulent persister dans le déni de réalité.

On sait que dans la grande industrie le secteur acquisitions est important, et que la plupart des banquiers se nourrissent de leur département fusions-acquisitions. Ceci conduit inévitablement à s’interroger sans cesse sur la notion de « taille critique » et celle de « création de valeur « , éléments de langage auxquels nous sommes désormais habitués. Par conséquent dans cette idéologie économique il n’y a d’avenir que dans la taille acquise en « croquant » la concurrence affaiblie pour une raison ou une autre. Il est clair qu’une partie importante de l’industrie fonctionne de cette façon et que les acquisitions permettent de restreindre le nombre de concurrents et de grandir plus vite en mutualisant grâce au transfert de propriété des couts fixes incompressibles. Les actionnaires sont satisfaits puisque la rentabilité s’améliore, les salariés souvent moins car l’acquisition s’accompagne de suppression des doublons. D’autres entreprises industrielles préfèrent l’investissement interne, cela va moins vite, mais c’est plus humain tandis qu’ils effectuent à la marge des acquisitions d’entreprises plus petites pour être bien sures de rester techniquement des leaders dans leurs spécialités. Les commentateurs et les banquiers préfèrent les grandes fusions, les salariés préfèrent les petites acquisitions, et on peut dire que les succès sont plus importants dans le deuxième cas que dans le premier.

Rien n’indique au moment où la vente du département énergie d’Alstom est engagée que la seule stratégie possible est celle de la dispersion du portefeuille d’activités. La défense de cette décision c’est que la société n’avait pas les moyens de « manger » un de ses concurrents, il ne restait donc qu’être mangé. Ainsi, en préparant l’acquisition par d’autres considère-t-on avoir « sauvé » des emplois !

J’estime que l’on ne peut pas résumer cette opération avec ces raisonnements simplistes. L’échec comptable de la société a été celui de la volonté d’acquérir le département turbines à gaz d’ABB, turbines achetées très cher alors qu’elles n’étaient pas au point, et ensuite dans la volonté, coute que coute de vouloir être un acteur sur ce marché très concurrentiel où régnait General Electric. Il ne fallait pas se tromper !Les points forts du groupe étaient le nucléaire, le charbon, l’hydraulique et les fameux « smart grids ». Il y avait eu, autrefois, avant l’aventure ABB, un accord sur les turbines à gaz avec General Electric , il suffisait d’accepter définitivement leur leadership sur ce point, d’autant que se profilait avec les écologistes des difficultés dans ce secteur d’activités. Le dilemme n’était donc pas « manger ou être mangé », mais quels étaient les secteurs où l’excellence était claire et celui où elle ne l’était pas. Le constat que General Electric était la première société mondiale en turbines à gaz et que Siemens avait rattrapé Alstom dans les trains à grande vitesse, n’était pas agréable, mais de la lucidité nait parfois l’idée créatrice.

Au point où nous en sommes continuer à dire que cette opération a été un succès est un déni de réalité et n’a aucun intérêt. Avons-nous les moyens de sortir de cette impasse, car il y a impasse, le nouveau dirigeant de General Electric disant haut et fort qu’il est déçu par les résultats de cette acquisition et cherchant des solutions, non pour satisfaire les promesses faites aux pouvoirs  publics français mais pour restaurer une rentabilité à la demande de leurs actionnaires ? Je le pense au moins sur les aspects les plus critiquables à savoir les turbines Arabelle destinées au nucléaire et l’hydraulique qui ne correspond pas à la politique « catalogue «  de General Electric.

Voilà donc , après avoir constaté l’échec de la dispersion d’Alstom, comment la représentation parlementaire pourrait préparer l’avenir et donc réparer les fautes  plutôt que de rechercher des coupables qui continueront à vivre dans le déni.

Il faut libérer Fred Pierucci et pour cela, au moins, le faire revenir en France pour que sa famille puisse l’entourer, et il faut revoir les « arrangements » avec General Electric qui vont conduire à de nouveaux drames à la fois techniques, industriels et humains.

General Electric n’a pas tenu ses engagements, on peut donc recommencer légitimement à discuter avec eux. Les sujets sont d’importance stratégique majeure pour le pays, la loi doit s’appliquer. Les marchés dans l’hydraulique sont à portée de mains…si l’on est français et non américains, et la maintenance de nos centrales nucléaires suffit à maintenir une activité rentable. L’introduction du numérique dans la conception de machines et d’usages nouveaux est fondamentale pour redonner vie « comptable » à ces deux secteurs d’activité, on peut imaginer un adossement national pour faire repartir deux trésors qui n’auraient jamais du être abandonnés sur l’autel idéologique du « manger ou être mangé «. Le développement industriel se fait aussi avec des hommes et des femmes volontaires, imaginatifs, créatifs et …compétents .

Cet article a été initialement publié sur le site de Loïk Le Floch-Prigent

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Après les trottinettes électriques, la prochaine mode pourrait bien être le bâton sauteur
02.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
03.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
04.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
05.
Rihanna éconduit Neymar, Charlotte Casiraghi & Gad Elmaleh s’ignorent, Anthony & Alain-Fabien Delon se vengent de leur père; Karine Ferri investit lourdement pour son mariage (et invite utile); Johnny Depp : c’est Amber qui l’aurait battu
06.
Ne l’appelez plus Shinzo Abe mais Abe Shinzo
07.
La Chine détient-elle une arme nucléaire en étant capable de bloquer l’approvisionnement des Etats-Unis en terres rares ?
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
05.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
06.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
06.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Citoyen-libre
- 09/04/2018 - 16:02
Hallucinant !
Je n'ai pas la compétence pour discuter du projet industriel d'Alstom, mais j'ai vu le reportage sur la chaine parlementaire. Et ce que ne dit l'auteur de l'article, c'est le rôle machiavélique qu'ont joué les américains pour s'approprier Alstom. Ils ont élaboré une loi particulièrement vicieuse qui leur permet de s'attaquer à pratiquement toutes les sociétés qu'ils convoitent sur la planète. Alstom a entrepris la vente parce qu'elle était sous le coup d'une amende américaine de 1,5 milliards d'euros, au moment ou son carnet de commande s'était affaibli. Elle a donc cédé au chantage qui fait que maintenant toutes nos centrales nucléaires dépendent de Général Electric, y compris les catapultes de notre seul porte-avion. Mais avant il y a eu d'autres magouilles américaines : Gemplus, la BNP, Aréva. Aujourd'hui, sont sur la sellette : la SG, Airbus, et tous ceux qui font de l'ombre à certaines sociétés américaines. Soit les américains prennent le contrôle des sociétés, soit ils engrangent des amendes records. D'après le reportage, l'Etat français ne réagit absolument pas et on se fait spolier par les américains. Cet article est scandaleux, de la part d'un français.
vangog
- 09/04/2018 - 15:59
Hé oui! le nucléaire entraine une chaîne de valeur
dans de multiples domaines, dont les turbines et la digitalisation du processus. "la maintenance de nos centrales nucléaires suffit à maintenir une activité rentable"
Encore faut-il ne pas se laisser submerger par les écolo-réactionnaires minoritaires et hargneux...