En direct
Best of
Best-of: le meilleur de la semaine Atlantico
En direct
© LUDOVIC MARIN / AFP
Une histoire de contexte
1995 - 2018 : quand la question du modèle français se profile derrière les grèves
Publié le 08 avril 2018
Les différences, en termes de contexte politique mais aussi économique et syndical, sont nombreuses entre 1995 et 2018. Pourtant, plusieurs leçons peuvent en être tirées.
Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bruno Cautrès
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les différences, en termes de contexte politique mais aussi économique et syndical, sont nombreuses entre 1995 et 2018. Pourtant, plusieurs leçons peuvent en être tirées.

Atlantico : 23 ans après, et dans le contexte de la mobilisation sociale actuelle, quel regard peut-on porter sur les grèves de 1995 ? Comment l'opinion des Français s'est-elle former avant, pendant, et après ce conflit ? Quels en ont été les déterminants ?

Bruno Cautrès : Il y a d’importantes différences de contexte politique mais aussi économique et syndical entre 1995 et 2018. En 1995, c’est l’écart entre la promesse de lutter contre « la fracture sociale » faite par Jacques Chirac pendant la campagne présidentielle et les annonces de réformes sur le front social par Alain Juppé qui font prendre le mouvement d’opposition dans l’opinion. 1995 c’est également trois ans seulement après le Traité de Maastricht et c’est le tout début d’un discours politique sur l’adaptation de la France à la compétition économique mondialisée. L’opinion, qui au début de l’annonce de réforme de la SNCF semble majoritairement favorable, va progressivement se retourner : d’une part les syndicats, CGT et FO notamment, vont montrer un front unitaire et d’autre part l’idée va progressivement s’imposer que les cheminots défendent, à travers leur opposition à la réforme de la SNCF, le « modèle social français ». C’est la fameuse « grève par procuration » dont parle le politologue Stéphane Rozès. Rétrospectivement on peut voir la grève de 1995 et le soutien dont elle a bénéficié dans l’opinion comme l’un des premiers signes d’une prise de conscience de la part des Français de l’ampleur des changements qui s’annoncent pour le pays dans un contexte d’ouverture économique européenne et internationale.

Quels en ont été les déterminants politiques ? L'opposition a-t-elle pu, contrairement à ce qui peut avoir lieu aujourhui, s'unir dans la protestation et se servir ainsi du mouvement social ?

N’oublions pas qu’à la présidentielle de 1995 Lionel Jospin crée la surprise en faisant le meilleur score au premier tour alors que le PS avait subi une très lourde défaite aux législatives de 1993. Il se qualifie pour le second tour face à Jacques Chirac et deux après, en 1997, il deviendra premier ministre en situation de cohabitation avec ce même Jacques Chirac suite à la dissolution ratée de l’Assemblée nationale. L’opposition de 1995 n’est donc pas du tout dans le même état qu’aujourdhui. Par ailleurs l’opposition en 1995 n’est pas configurée comme celle d’aujourd’hui : en 1995 on est toujours, à gauche, dans un schéma politique de type « union de la gauche », qui deviendra en 1997 « la gauche plurielle » sous l’effet du basculement des écologistes des Verts dans cette stratégie d’union de la gauche. La protestation de 1995 va donc rentrer en résonance plus facilement avec les logiques d’oppositions politiques.

Quelles sont les leçons à en tirer pour le conflit actuel ?

J’en tirerais deux conclusions : d’une part que 2018 n’est pas 1995, notamment quant au contexte syndical car la CGT de l’époque ne connait pas la même situation qu’aujourd’hui; d’autre part qu’il serait néanmoins imprudent de considérer cette différence des deux contextes comme la preuve que rien ne va se passer en 2018, que le gouvernement pourra passer entre les gouttes sans encombres. On voit d’ailleurs dans les récents sondages deux signes : d’une part, le pourcentage de ceux qui disent comprendre les raisons des cheminots augmente ; d’autre part, malgré un soutien à la réforme du statut des cheminots, une courte majorité des Français souhaite que le gouvernement les écoute et fasse des ouvertures, notamment si la grève se durcit et se prolonge. Last but not least : à travers la réforme de la SNCF, plusieurs segments de l’électorat commencent à lire les réformes à venir des retraites et de la fonction publique. Un peu comme en 1995, c’est à terme la question du « modèle français » qui va se poser.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
L’étrange manque de recul d’Alain Juppé sur sa part de responsabilité dans l’état « délétère » du pays
02.
Ces éléments qui viennent perturber l'idée que le chômage serait revenu à son plus bas niveau depuis 10 ans
03.
Comment Donald Trump est en train de se sortir des soupçons qui pèsent sur lui d'une collusion entre la Russie et sa campagne électorale de 2016
04.
Et les pays qui participent le plus à l’extension des forêts sur la planète sont…
05.
Le coffre-fort d'Alexandre Benalla aurait été déplacé par Chokri Wakrim, le compagnon de l'ancienne cheffe de la sécurité du Premier ministre
06.
Parent 1 / Parent 2 : derrière “l’ajustement administratif”, une lourde offensive idéologique
07.
François Ruffin craint d’être visé après les perquisitions chez Mediapart et La France Insoumise
01.
Christine Lagarde, la directrice du FMI, prévient d’un risque grave de tempête mondiale mais personne ne semble l’entendre
02.
Il faut détruire Jean-Luc Mélenchon et le secret de l’instruction avec…
03.
Condamnations de Gilets jaunes : la curieuse approche quantitative de la justice mise en avant par Édouard Philippe
04.
Laeticia Hallyday s'ennuie à L.A; Johnny Depp craque pour la fille d'un vieux pote; Dany Boon veut que vous sachiez qu'il est amoureux (pour vous faire oublier ses impôts); Nicolas S. & Carla B. qu'ils étaient à Venise pour leur anniversaire de mariage
05.
Parent 1 / Parent 2 : derrière “l’ajustement administratif”, une lourde offensive idéologique
06.
55% des Français continuent à soutenir les Gilets jaunes : pourquoi s’imaginer que la fin de la crise est en vue est un fantasme dangereux
01.
Parent 1 / Parent 2 : derrière “l’ajustement administratif”, une lourde offensive idéologique
02.
Novethic et autres promoteurs forcenés de la transition écologique : en marche vers un nouveau fascisme vert ?
03.
L’étrange manque de recul d’Alain Juppé sur sa part de responsabilité dans l’état « délétère » du pays
04.
Derrière le complotisme, l’énorme échec de 50 ans d’égalitarisme et de progressisme à marche forcée impulsés par l’Education nationale comme par la culture dominante
05.
55% des Français continuent à soutenir les Gilets jaunes : pourquoi s’imaginer que la fin de la crise est en vue est un fantasme dangereux
06.
Flambée d’antisémitisme et de violences politiques : ces erreurs politiques et macroéconomiques à ne pas reproduire pour enrayer la crise
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
ajm
- 08/04/2018 - 23:52
Modèle Français que le monde nous envie.
Le modelé Français de service public : mauvaises prestations, faible productivité, grèves fréquentes, coût élevé et deficits chroniques, prix non compétitifs. .Tout pour réussir en somme.