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Grèves du 22 mars, stop ou encore ? Pourquoi les Français peinent à se faire un véritable avis (et pourquoi cela révèle une faille majeur du système macronien)
Publié le 22 mars 2018
Si les Français ne sont pas opposés aux réformes prises dans le détail, voire les soutiennent majoritairement pour certaines, ils sont en revanche une nette majorité à trouver que les réformes sont injustes (trois Français sur quatre selon Elabe). Beaucoup n'arrivent pas à se faire un avis sur la pertinence de cette politique gouvernementale. Et pour ceux qui ont une opinion, les réformes traduisent une politique en faveur des riches.
Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research. Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'...
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Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Si les Français ne sont pas opposés aux réformes prises dans le détail, voire les soutiennent majoritairement pour certaines, ils sont en revanche une nette majorité à trouver que les réformes sont injustes (trois Français sur quatre selon Elabe). Beaucoup n'arrivent pas à se faire un avis sur la pertinence de cette politique gouvernementale. Et pour ceux qui ont une opinion, les réformes traduisent une politique en faveur des riches.

Atlantico : Des cheminots aux enseignants en passant par les Ehpad, ce 22 mars annonce le coup d'envoi d'un mouvement social s'opposant à la politique menée par Emmanuel Macron. Pourtant, derrière le "en même temps", la lisibilité de l'orientation politique des réformes menées jusqu'alors peine aussi bien à susciter une adhésion qu'une opposition, faute de sens clair donné à l'action du gouvernement. Derrière le réformisme, et au regard de ce qui a pu être mis en place jusqu'alors, comment qualifier l'action du gouvernement ?

Philippe Crevel : Depuis 1995 et les grandes grèves, les Gouvernements ont peur d’ouvrir de front plusieurs dossiers. En 2003, après la réforme des retraites, Jean-Pierre Raffarin a décidé de reporter la réforme de l’assurance-maladie. Son antienne était de retisser les liens sociaux supposés distendus par la loi Fillon. Emmanuel Macron semble rompre avec cette méthode en annonçant très rapidement l’engagement de plusieurs réformes, droit du travail, formation, assurance-chômage, SNCF, révision constitutionnelle, retraite, réforme fiscale de l’épargne, réforme du financement des entreprises. En tapant tout azimut, le pouvoir tente de noyer les résistances. A la guerre de tranchée des pouvoirs précédents succèdent une guerre de mouvement. Ainsi, le Gouvernement médiatise un rapport, annonce une réforme et indique qu’il ouvre une concertation avec les partenaires sociaux. Il applique ainsi le petit bréviaire des campagnes napoléoniennes. Il enfonce les points faibles pour déplacer les lignes de force et tenter de bousculer des armées bien plus nombreuses que les siennes. Mais, pour le moment, seul le dossier des ordonnances, celui de la hausse de la CSG  et celui de la fiscalité de l’épargne ont été menés à leur terme. Du fait de la multiplication des annonces qui peuvent être contradictoires, l’action du gouvernement peut ressembler à une œuvre impressionniste en cours de réalisation. Beaucoup de couleurs mais la forme à du mal à ressortir. Le pouvoir godille pour se frayer un chemin en essayant d’éviter les nombreux écueils sur sa route.

Jean-Yves Archer : Le 22 Mars 1968 a été un point de départ d'un mouvement social. A l'inverse, le 22 Mars 2018 marque une tentative laborieuse d'agglutinement de revendications catégorielles plus ou moins justifiées. Il y a donc une profonde différence d'intensité et de sens.

Quand on voit Laurent Joffrin écrire dans son billet quotidien " que la SNCF gagne de l'argent ", on se dit que la culture économique sincère a encore des terres à défricher. En effet, même les tenants du Groupe GDR ( ex-PCF ) à l'Assemblée ne disconviennent pas que la SNCF perd plusieurs milliards par an. A minima 3,5 !

Il fallait donc une réforme à la SNCF digne de ce nom c'est-à-dire bien autre chose que la loi Vidalies de 2014 qui n'a rien arbitré.

Assurance-chômage, formation, apprentissage, loi de programmation militaire, réformes Blanquer : le pays est enfin en mouvement loin de la somnolence voire de la léthargie coupable du triste quinquennat précédent. Évidemment, la question centrale qui se pose est liée à la juste et valable direction des réformes dites Macron.

Justes ? A voir si l'on songe à la réforme de l'ISF qui s'est effectuée sans contreparties. On aurait pu concevoir de garder les bases de l'ISF et d'amplifier très fortement ses exonérations en cas d'investissements dans les PME et dans les ETI dont notre pays a cruellement besoin.

Là, nous allons attendre Godot comme d'autres vont attendre la théorie du ruissellement qui n'a jamais été établie avec conviction et force démonstration…

Pour analyser le flux de réformes engagées sous l'égide du président Macron, donc pour tenter d'évaluer leur degré de validité, il faut d'abord noter qu'elles sont marquées par l'étatisme, par la conviction que la technostructure a raison. On attendait Kennedy ou Mendès-France, on a en fait une once de Colbert recouverte de l'apparence essentialiste d'Adolphe Thiers.

Le libéralisme étatico-énarchique est là où la campagne électorale laissait à penser que des saillies de respiration transversale traverseraient la nouvelle décision publique. Trop d'immobilisme a marqué les quinquennats précédents : pour autant, des réformes qui nient une large part des corps intermédiaires posent problème.

Au regard des actions menées et des réformes portées, que peut-on en déduire de l'agenda d'Emmanuel Macron ? Que nous disent ces réformes des objectifs poursuivis ? Faut-il y voir une volonté de respecter un agenda européen ?

Jean-Yves Archer : L'agenda d'Emmanuel Macron n'est connu que d'une seule personne : le Chef de l'Etat. Fidèle à l'article 5 de la Constitution, le président arbitre et passe les plats à la société civile à son rythme. Idem pour la société publique notamment composée des forces parlementaires.

Il a été beaucoup fait en matière économique et sociale mais peu en matière sociétale. A quand le grand discours – plusieurs fois différé – sur la laïcité ? Emmanuel Macron a préféré opter pour le discours de la Sorbonne en espérant de toutes ses forces que l'Europe entendrait son appel à la réforme.

Pour séduisantes que puissent être certaines de ses propositions d'avancée, on se situe dans un métro qui a dix ans de retard. Il faut savoir être tristement lucide et constater qu'il est fort probable que la future majorité du Parlement issue des élections européennes de 2019 sera de type eurosceptique.

Cela change tout. Il y a de larges franges de l'opinion européenne qui ne croit plus à la configuration actuelle de l'Union : elles vont être rejointes à l'intérieur même des institutions filandreuses de Bruxelles où siègent plus de conflits d'intérêts que de la flamme intègre de Jean Monnet ou de Jacques Delors.

Pour ma génération, la chute du mur de Berlin a rimé avec joie et espoir de voir une Europe d'ambitions. Pour celle de nos enfants, l'ambition possible s'est muée en résignations sur bien des sujets.

Le président Macron et Angela Merkel me font penser à cette fameuse phrase de Chou-en-Laï (à propos de l'URSS et des USA) : " Les deux Grands dorment ensemble mais ne font pas le même rêve ".

Oui, les deux pôles de l'axe franco-allemand vont faire des rêves mais ne sont plus en mesure d'alléger la bureaucratie de Bruxelles. Cela change tout quant à la supposée pertinence de la présente politique européenne d'Emmanuel Macron.

Philippe Crevel : Emmanuel Macron tenté un délicat pari, amadouer les partenaires européens en donnant des gages de bonne gestion. Il veut montrer que la France se réforme enfin afin de pouvoir obtenir une réforme de l’Europe qui irait dans le sens des intérêts de notre pays. Pour le moment, les partenaires sont dubitatifs. Neuf pays ont indiqué clairement qu’ils n’entendaient pas s’engager sur la voie d’une refonte pro-française du cadre européen. Avec malice, ils ont souligné que la France n’avait pas complètement nettoyé les écuries d’Augias, que les finances publiques étaient loin d’être assainies. Les Européens veulent voir les résultats et ne sont pas dupes de l’agitation médiatico-réformiste.

Emmanuel Macron par ses réformes essaie de déplacer certaines lignes tout en évitant des ruptures trop marquées. Ainsi, avec les ordonnances, il n’a pas modifié le contrat de travail, ni touché aux 35 heures mais il a conforté les accords d’entreprise tout en réaffirmant ceux négociés au niveau des branches. Il pratique l’impressionnisme mais aussi le puzzle. Pour les retraites, il souhaite unifier les régimes de retraite au nom de l’égalité de traitement et pour instaurer un nouveau système plus facile à gérer. Il est fort probable que le Gouvernement maintienne spécificités pour certaines catégories d’actifs. Pour la Corse, Emmanuel Macron a réaffirmé la primauté de l’Etat tout en concédant une reconnaissance constitutionnelle.

Quelles ont été les "contre-réformes" qui ont pu atténuer, voire neutraliser l'action du gouvernement ? Ces atténuations ont-elles été prévues dès le départ, ou s'agit-il de moyens a postériori permettant d'éviter la cristallisation d'une opposition ? 

Philippe Crevel : Une réforme par nature fait des perdants et des gagnants. Or, bien souvent, les gouvernements tentent une fois le coup parti d’indemniser les perdants ou du moins atténuer les effets de la réforme. En règle générale, cette méthode est vaine. Les perdants même indemnisés n’oublient pas que le pouvoir a voulu remettre en cause des droits dits acquis. Les gagnants ou ceux qui ceux qui n’ont pas été pénalisés accusent le pouvoir de faiblesse. In fine, ce dernier perd sur tous les tableaux. Sur la hausse de la CSG, le Gouvernement avait décidé d’organiser un transfert de charges intergénérationnelles, les retraités devaient prendre en charge une part plus importante du financement de la protection sociale. Or, depuis plusieurs semaines, l’idée qui s’impose est de redonner du pouvoir d’achat aux retraités, c’est donner d’une main ce qui a été pris par l’autre.

Evidemment, tout pouvoir en place craint la cristallisation des oppositions. Mais ces dernières sont d’autant plus fortes que quand elles sentent le pouvoir faible et prêt à reculer.

Emmanuel Macron et le Gouvernement d’Edouard Philippe ont un problème de lien avec les territoires. La majorité repose sur la République en Marche qui est un parti hors sol. Il n’y a pas de structures locales assises sur des réseaux constitués. Cela facilite peut être l’adoption des réformes au Parlement mais il n’y pas de chambre de compensation, d’écoute, de digestion des réformes. Par ailleurs, Emmanuel Macron ne peut pas avoir oublié qu’il n’a obtenu que 24,01 % des voix. Le vote contestataire dépassait 45 % des suffrages exprimés. De ce fait, la crainte d’une montée de la contestation est évidemment présente au sein du pouvoir.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a constitué une équipe composée de représentants de la haute fonction publique. Ces derniers sont habitués à pratiquer la concertation. Si en France, le pouvoir vient d’en haut et la confiance d’en bas, le pouvoir est bien souvent entravé et ligoté. La haute fonction publique est par nature, sachant l’humeur du pays changeante, prudente. Elle tempère les ardeurs réformatrices car demain est un autre jour qu’il convient de ne pas trop exposé aux vents mauvais.

Jean-Yves Archer : Prenons un exemple : l'atténuation, en 2019, de l'impact de la CSG sur près de 100.000 personnes qui a été annoncée par le Premier ministre. Cette amodiation significative de la réforme démontre que la TVA sociale était le bon outil contrairement à la CSG qui n'impacte pas le prix net des importations. Il est clair que les remontées du terrain ont poussé l'Etat à rectifier le tir d'une mesure planifiée à Bercy davantage qu'actée à Matignon voire à l'Élysée.

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Guy Bernard
- 23/03/2018 - 06:42
la synchronicité
resoudre une seule problématique, la synchronicité, a deux conséquences : l'une économique, rendre le pays gérable et profitable, l'autre politique, empocher les bénéfices de sa politique pendant son mandat.
"penser synchrone, agir synchrone", mis en évidence dès les années 80 (theodore levitt, Nobel d'economie), est essentiel à une gestion réactive, agile, performante.
ce n'est pas evident compte tenu de la population visée par le changement, mais cela se fait.
@jean-Yves Archer
mon bon souvenir.
alam
- 22/03/2018 - 21:50
Ubuesque
Comment peut-on trouver des français qui soutiennent les grèves de la SNCF? Non seulement ils payent par leurs impôts et les taxes et cotisations diverses prélevées par l 'état des avantages indus et anachroniques, mais ils ont encore à subir les grèves! Si l ' on se fie aux informations de la majorité des médias, forcément de gauche, les français sont vraiment masochistes ! Quant à Ganesha, on se passerait volontiers de ses commentaires de caniveau.
walchp
- 22/03/2018 - 17:52
Lé jours ou tous les Français paieront des impots
Ils auront une idée plus précise dde ce qu’ils veulent pour les dépenses publiques