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Convergence

L’islam de France tel que le conçoit Jean-Pierre Chevenement est-il vraiment compatible avec la vision qu’en a Emmanuel Macron ?

Publié le 23 janvier 2018
Dans ses récents voeux aux religions, Emmanuel Macron avait prôné pour le maintien de la séparation des ordres, religieux et politiques, l'un n'empiétant pas sur l'autre. Ce mardi, le chef de l'Etat rencontre Jean-Pierre Chevènement qui oeuvre pour la mise en place d'un "Islam de France". Deux perspectives qui se rejoignent sur bien des points.
Alexandre Del Valle
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Dans ses récents voeux aux religions, Emmanuel Macron avait prôné pour le maintien de la séparation des ordres, religieux et politiques, l'un n'empiétant pas sur l'autre. Ce mardi, le chef de l'Etat rencontre Jean-Pierre Chevènement qui oeuvre pour la mise en place d'un "Islam de France". Deux perspectives qui se rejoignent sur bien des points.

Atlantico : Macron, lors de ses vœux annuels aux autorités religieuses avait déclaré : "En quelque sorte, je ne demanderai jamais à quelques citoyens français que ce soit, d’être modérément dans sa religion ou de croire modérément ou comme il faudrait en son Dieu, ça n'a que peu de sens, mais je demanderai à chacun constamment d’absolument respecter toutes les règles de la République". Cette position, qui distingue les deux ordres (religieux et politique) comme autonomes mais respectueux l'un de l'autre, est-elle compatible avec l'ambition d'un "Islam de France" portée par Jean-Pierre Chevènement ? Sont-ils sur la même longueur d'onde quand le Président affirme, dans le même discours, que "l’Etat [a] une position de surplomb et d’arbitre qui lui permet de ne pas sans cesse rejouer sa légitimité politique à l’aune des débats spirituels" ?

Alexandre Del Valle : C'est une question très intéressante parce que finalement le problème n'est pas une question de foi. L'islam politique ne pose pas un problème de foi. Il est des fois plus étranges, par exemple celles de certaines sectes, comme celles des Mormons, des protestants adventistes ou des Témoins de Jéhovah, ou même la scientologie. Ils ne posent cependant aucun problème à la République. Ils ne font rien de grave, ni de violent. Et c'est pareil pour l'Islam : ce n'est pas un problème de foi : c'est quand l'Islam veut devenir un mouvement politique en s'appuyant sur la Charia – ce qui d'un point de vue religieux ne le rend pas plus croyant que les soufis – qu'il se pose un problème.

En conséquence, pour revenir à ce que dit Emmanuel Macron, il n'y a pas de problème avec les croyants, si comme les soufis, cette croyance est mystique et verticale, cela ne pose pas de problème. Il existe ainsi des intégristes musulmans non-violents qui prônent la foi pure. Cela ne pose pas de problème. Evidemment, chez les musulmans c'est plus difficile, parce que quand on est un intégriste musulman, on a en général en même temps des revendications politiques. Mais on pourrait très bien concevoir en France une séparation nette entre les prétentions politiques et la foi. Comme Macron l'explique, le problème vient de la société d'accueil. Si la société d'accueil n'arrive pas à transmettre ses valeurs, si elle n'arrive pas à imposer que les lois républicaines ne s'appliquent à tous sans restrictions ou accommodements raisonnables, et bien effectivement, les religieux islamistes tenteront de saper les valeurs de la République pour faire avancer leurs propres exigences politiques, religieuses et communautaires. 

En revanche, si la République dit qu'il n'y a aucune exception à la règle républicaine, si le message est extrêmement clair, il n'y aura pas de problème. Si on met de côté les terroristes, les islamistes ne progressent que lorsqu'il y a des brèches. Le discours de Macron me semble assez en cohérence avec le point de vue de Jean-Pierre Chevènement, et assez sain. On ne peut demander à quelqu'un d'être modérément croyant, on peut juste lui dire qu'il n'y a aucune possibilité d'aller contre les règles de la société en place. 

 

Quels sont les axes prioritaires pour la mise en place d'un « Islam de France », c'est-à-dire qui ne remette pas en cause la légitimité du politique au nom du religieux ?

Je pense qu'il faudrait faire ce que Jean-Pierre Chevènement avait essayé de faire quand il était ministre de l'Intérieur dans les années 1990. Il avait alors proposé une Charte pour l'Islam de France. Moi même avec la Droite Libre et Rachid Kaci, ainsi que l'imam Chalgoumi, nous avions présenté dans les années 2000 une Charte pour l'Islam de France qui était dans le même esprit que celle de Chevènement qui avait échoué à l'époque. Il faut se rappeler qu'alors les associations islamiques à l'époque avaient refusé de signer la Charte proposée par Chevènement, ce qui était dommage. Nous même, sans le pouvoir d'un ministre de l'Intérieur bien entendu, nous avions proposé quelque chose de similaire en guise de boîte à idée. L'idée centrale était bien de signifier que le problème de la foi n'en est pas un. 
Tout le problème vient de la partie sociale, politiques, des règles économiques etc. de l'Islam. Ce qui dérange dans l'Islam, ce n'est pas la foi dans un Dieu unique, ni la morale familiale en dehors de la polygamie, il y a même pas mal de points communs avec les autres religions.
 
Le problème réside dans la Charia, qui a un caractère légal, qui s'inspire à la fois du Coran et de morceaux qui ont été rajoutés et qui sont éminemment politiques. Il faut obliger les associations islamiques à souscrire à une Charte dans laquelle il y a une règle du jeu qui explique de manière claire que la foi musulmane ne saurait être remise en question, qu'il est possible de prier soit dans des mosquées, soit dans un cadre privé. Il n'y a aucune raison de faire des lieux de prières dans des lieux publiques, même dans des lieux de travail. La polygamie n'est pas possible en France alors qu'aujourd'hui on l'aménage, que les services sociaux s'arrangent pour que les différentes femmes soient dans le même panier d'un immeuble. Doivent être aussi interdits l'appel au djihad, l'appel à l'antisémitisme, l'appel au mépris des mécréants, l’interdiction de la mixité entre croyants et non-croyants, le fait de maudire les apostats et non-croyants, le fait d'interdire toute liberté religieuse etc. Tout ce qui dans la Charia contrevient aux fondements même de la démocratie et des droits de l'Homme doivent être abandonnés par les associations. Elles doivent s'effacer sur ces questions qui sont des règles temporelles, qui ne sont pas de l'ordre de la foi. Il faut que les associations respectent les règles du pays d'accueil. C'est peu ou prou ce qui vient de se passer en Autriche, où tous les financements étrangers, et financements de l'Islam par des groupes politiques intolérants, intégristes ou violents sont désormais interdits. Ce n'était jusque-là par le cas, mais l'Autriche a réussi malgré quelques protestations d'Erdogan. Mais il n'y a eu ni conflits, ni embargo, et encore moins de guerre ou de violences. 
 
Un Etat est capable de reprendre en main ses prérogatives. Si on laisse l'Islam aux étrangers, on aura plusieurs islams divisés qui veulent maintenir leur pouvoir (les Marocains et aujorud'hui les Turcs qui dirigent le Conseil Français du Culte Musulman). Si on laisse l'Islam aux intégristes, que cela soit le Tabligh indo-pakistanais, les Frères musulmans ou les Salafistes saoudiens etc., on aura un islam intégriste. On n'a ni besoin d'un Islam étranger qui sert à maintenir des communautés étrangères dans leur pays d'accueil, qui font en sorte qu'elles ne s'intègrent pas et continuent à être des ressortissants qui vote dans leur pays d'origine. Et on a pas non plus besoin d'un Islam qui apprend que le mécréant est méprisable et voire même qu'il faut lui faire la guerre. Il faut donc interdire l'Islam qui est contrôlé par des puissances étrangères qui sapent nos valeurs, et un Islam qui est intolérant. Cela n'empêche absolument pas de croire. 
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (2)
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Zèbre Zélé
- 23/01/2018 - 19:21
On ne peut qu'approuver...
... sauf que la scission préconisée entre la foi pure et la charia, c'est justement ce que rejettent de plus en plus de musulmans. Plus on tardera à l'imposer, plus ce sera difficile. Cela devrait être un chantier prioritaire pour le gouvernement, quel qu'il soit
MIMINE 95
- 23/01/2018 - 10:16
OU PEUT ON TROUVER LES TEXTES
des chartres proposées, d'une part par Chevènement et d'autre part par la droite libre et Rachid Kaci en 2000 et pour quelles raisons ont elles été refusées ?. Au sujet de la charia, quatre sources sont reconnus : le Coran et la sunna (hadith), et, dérivé des deux premiers, le qiyas, raisonnement par similitude, mais qui n'est en aucun cas une interprétation de la loi "divine" et l' ijma qui signifie unamine. L'ijma est un sorte d'accord et découle de la sunna, L'ijma n'a pas le pouvoir de contredire le coran et la sunna. Dans le malékisme (aAfrique du nord et de l'ouest), l'ijma uniquement reconnu est celle des sahaba, (témoins de la vie de Mahomet ) et la pratique des dits "suivants de Médine" (lire pour info : La pratique des Médinois dans la méthodologie de l'imam Malik : http://islam.sunnite.over-blog.com/article-18245332.html) qui es
Un article de Monsieur del Valle sur les chartres proposées en 2000 et l'accès à leurs textes seraient bienvenu. Monsieur del Valle est de loin l'auteur que je préfère sur le sujet, car il allie connaissance et honnêteté intellectuel.