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Petit problème marxiste pour le capitalisme : voilà pourquoi la productivité des travailleurs a cessé d’augmenter

Publié le 15 mai 2017
Depuis le premier choc pétrolier de 1973, les gains de productivité horaire du travail n'ont cessé de diminuer dans les économies développées. Un phénomène qui s'explique, en grande partie, par les chocs macro-économiques successifs.
Michel Fouquin est conseiller au Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII) et professeur d'économie du développement à la faculté de sciences sociales et économiques (FASSE).
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Michel Fouquin est conseiller au Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII) et professeur d'économie du développement à la faculté de sciences sociales et économiques (FASSE).
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Depuis le premier choc pétrolier de 1973, les gains de productivité horaire du travail n'ont cessé de diminuer dans les économies développées. Un phénomène qui s'explique, en grande partie, par les chocs macro-économiques successifs.

Atlantico : Comment expliquer l'affaiblissement progressif des gains de productivité des salariés et travailleurs indépendants au sein de nos économies ?

Michel Fouquin : À long terme, être capable de produire plus par heure de travail est la condition sine qua non du progrès de notre niveau de vie. Or, depuis le premier choc pétrolier de 1973, les gains de productivité n’ont cessé de se réduire par étape ; dans les pays développés, des Etats-Unis au Japon en passant par l’Europe de l’Ouest, on est passés de plus de 4% annuels avant 1973, à moins de 2% jusqu’en 1995, puis, après la crise financière de 2008, à moins de 1% en moyenne et même à 0,5% en France et en Allemagne. Les chocs macro-économiques sont pour une large part responsables de ce déclin : les profits des entreprises baissant, leurs investissements se réduisent fortement et donc les progrès techniques intégrés à ces équipements tardent à se mettre en place.

Aujourd’hui, des vents contraires s’opposent à une reprise forte de ces gains : il y a tout d’abord le vieillissement généralisé des populations qui réduit la part des productifs dans l’économie et alourdit les charges financières pesant sur les actifs ; il y a le poids exceptionnellement élevé des dettes publiques qui réduisent les marges de manœuvre des Etats ; il y a enfin les coûts induits de la croissance, en particulier par la dégradation de l’environnement (externalités négatives disent les économistes), qui n’ont pas été suffisamment pris en compte jusqu’à présent et qui pèsent sur la rentabilité des investissements (même si elle ouvre aussi de nouvelles perspectives de demande de nouvelles technologies).

Outre une stagnation des salaires, quels peuvent être les effets sociaux d'une telle stagnation ? Cette stagnation de la productivité peut-elle menacer l'idée même de progrès ?

La réduction de la croissance des revenus dans ce cas-là est inéluctable. Cela dit, dans les économies les plus riches, on peut se demander si cela est grave. En fait, ce qui suscite la colère des moins bien lotis, c’est soit le sentiment d’injustice pour les travailleurs pauvres (Allemagne) que fait apparaitre le creusement des inégalités, soit la dévalorisation de ceux qui peinent à trouver un travail décent (France) lorsque le chômage est élevé. La concurrence fiscale que se livrent les Etats pour attirer les multinationales se fait au détriment de ceux qui ne peuvent "s’évader" de leur territoire. Ces deux tendances peuvent conduire légitimement à remettre en cause le "système" économique.

Au XVIIIème siècle, 90% de la population des pays développés vivaient de l’agriculture ; ils sont moins de 4% aujourd’hui et on produit quatre fois plus de denrées alimentaires qu’à l’époque. Un formidable progrès technique, un bouleversement social total dont on n’est pas encore remis ! Au cœur de la révolution industrielle, l’emploi industriel n’a jamais dépassé 40% de la population active et ce pourcentage n’a cessé de baisser depuis le milieu des années 1970. Aujourd’hui, l’industrie manufacturière, c’est moins de 10% de l‘emploi en France et cette tendance ne parait pas devoir s’inverser. Du coup, l’emploi dans les services est devenu omniprésent, dépassant les 75% dans la plupart des pays développés. La conséquence, c’est en partie une baisse de la croissance de la productivité moyenne car les services sont moins susceptibles d’être automatisés. Par ailleurs les services sont très hétérogènes : certains correspondent à des emplois hautement qualifiés, à haute valeur ajoutée (dans la finance, les services aux entreprises, par exemple), d’autres sont, au contraire, à faible valeur ajoutée (services à la personne), correspondant à des emplois faiblement qualifiés et faiblement rémunérés. Du poids relatif de ces deux tendances dépend le jugement que l’on porte sur l’idée de progrès. Sans compter que le public est de plus en sensible aux impacts négatifs sur l’environnement de certaines innovations notamment. 

Est-il encore possible de retrouver des niveaux de productivité élevés ? Quelles sont les principales pistes à explorer pour aboutir à des taux de croissance plus élevés ?

La révolution numérique, qui est un phénomène bien réel, aussi fascinante soit-elle, apparaît décevante en termes de perspective de productivité. Elle ne se compare pas à celle de l’électricité ou à celle de l’automobile qui ont entraîné pendant un siècle une refonte radicale des systèmes productifs. En termes de poids dans le PIB, la part du numérique n’a pas augmenté et elle tend même à diminuer (du fait de l’importance des gains de productivité et de la baisse rapide des prix de ces biens). Elle conduit, certes, à une redéfinition d’activités existantes mais sans réellement en créer de nouvelles (Uber par exemple).

On peut donc estimer que le progrès technique sous-jacent de long terme reste faible, aux environs de 1 à 1.2% par an, c’est loin d’être négligeable. Dans le cas d’un pays comme la France, qui a pris du retard ces dernières années il est possible de faire mieux. A court terme, le rétablissement observé des marges des entreprises, la dynamique démographique, la remise au travail d’une partie significative des chômeurs, et la relance de l’investissement productif pourraient, pendant quelques années, permettre de faire mieux que la moyenne de nos partenaires. Bien sûr, des chocs non prévus peuvent remettre en cause cet optimisme relatif. A plus long terme, la requalification par l’éducation tout au long de la vie serait la condition d’une croissance plus élevée soutenable et d’un partage plus équitable des fruits de la croissance.

 

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Paulquiroulenamassepasmousse
- 16/05/2017 - 19:56
Et puis surtout...
La crainte de perdre son emploi dans une société où le chômage est omniprésent amène les salariés à freiner au maximum la production.
Dans nombre d'entreprises privées et publiques les salariés font en une semaine le travail d'une journée....ils se protègent !
lafronde
- 16/05/2017 - 07:19
Comme pour le privé, mettre la sphère publique en concurrence !
Notre croissance, notre taux de couverture des importations, notre emploi industriel, l'investissement privé et les marges ont baissé à mesure de l'alourdissement de la pression fiscale, et des dépenses publiques. 1ère leçon : toute dépense publique est nuisible (par mauvaise allocations des ressources en absence de signal-prix) si elle n'est pas indispensable (le vérifier par des comparaisons internationales). L'exception est possible mais en quantité limitée et justifiée (par l'Histoire et la culture) et ne fait que confirmer la règle. De ce point de vue comptable, tout gaspillage, inefficacité des services publics (chaine sécuritaire), tout vandalisme, insécurité a un coût (personnel sécuritaire et fuite du business). Au vu de ses résultats décevant, l'Etat doit perdre par subsidiarité locale son monopole sécuritaire. L'Etat (français et européen) devrait laisser au marché le soin de faire le tri entre les normes utiles, et celles qui sont superflues. En matière Législative, le légicentrisme français est déjà une tare, la centralisation administrative aussi. L'Europe législatrice n'est par forcément une bonne idée. Ce qui importe c'est le marché européen.
pierre de robion
- 15/05/2017 - 22:18
Le fond de l'affaire:
Un pays qui vieillit mais dont la jeunesse est de moins en moins adaptable auxpostes du marché du travail.
Un pays qui vit sur ses acquis, lesquels s'érodent un peu plus chaque année.
Un pays en déclin, le constater n'est pas s'en réjouir, d'autant que ce qui précède induit une sclérose tétanisante contribuant à renforcer le blocage du système.
Les plus ingénieux iront chercher ailleurs l'herbe plus verte, les autres attendront, espérons ne s'y complaisant, que le temps ait fait son oeuvre car "vanitas de vanitatum...."