En direct
Best of
Best of du 13 au 19 juillet
En direct
© Chris Sunde / Wikipedia
(Lud)Dites-moi comment faire

Ce que l'exemple des Luddites du 19è siècle peut nous enseigner sur la révolution robotique à venir

Publié le 13 janvier 2017
Les gens blâment les étrangers de voler leur travail, comment vont-ils réagir quand les robots arriveront ? Peut-être quelques éléments de réponse sont cachés dans l'Histoire et le mouvement dit des "Luddites". Des ouvriers qui n'étaient pas forcément opposés aux nouvelles machines si les profits des innovations étaient partagés.
Hubert Landier est expert indépendant, vice-président de l’Institut international de l’audit social et professeur émérite à l’Académie du travail et de relations sociales (Moscou).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Hubert Landier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Hubert Landier est expert indépendant, vice-président de l’Institut international de l’audit social et professeur émérite à l’Académie du travail et de relations sociales (Moscou).
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les gens blâment les étrangers de voler leur travail, comment vont-ils réagir quand les robots arriveront ? Peut-être quelques éléments de réponse sont cachés dans l'Histoire et le mouvement dit des "Luddites". Des ouvriers qui n'étaient pas forcément opposés aux nouvelles machines si les profits des innovations étaient partagés.

Atlantico : Au 19e siècle en Angleterre, un groupement organisé d'ouvriers se faisant appeler "Les Luddites", menaient la résistance contre l'automatisation des tâches dans les usines et la perte d'emplois par les machines. Ils ne se battaient pas contre les machines, plutôt contre le fait que les richesses supplémentaires qu'elles apportaient grâce à la hausse de la productivité ne profitaient pas aux travailleurs, juste aux patrons. Aujourd'hui dans un monde où les emplois sont de plus en plus menacés par l'IA et l'ubérisation, est-ce qu'un type de mouvement similaire pourrait de nouveau voir le jour ?

Hubert Landier : Le progrès des techniques a toujours suscité des mouvements d’opposition parmi ceux dont le métier se trouvait irrémédiablement condamné ou qui bénéficiaient d’une rente de situation désormais compromise. Ces réactions sont compréhensibles, mais en même temps le changement est inévitable. Schumpeter a parlé de "destruction créatrice". Le tissu économique se renouvelle. Cela crée des opportunités pour les uns, mais peut constituer un drame pour les autres.

Ainsi, les taxis (et notamment les taxis parisiens) se sont longtemps enfermés dans des règles compliquées, très corporatistes et malthusiennes, avec un numerus clausus destiné à augmenter la valeur de leur licence (la "plaque"). Le développement des plateformes comme Uber sonne la fin de telles pratiques. Ils risquent d’y perdre l’investissement que représentait l’achat de leur licence et parlent de concurrence déloyale. Les chauffeurs d’Uber, de leur côté, se plaignent d’être maintenant trop nombreux et de l’augmentation du montant de la marge qu’ils doivent laisser à la plateforme. Ils espéraient bien gagner leur vie et finalement ce n’est pas le cas. Un nouvel équilibre va s’établir. Mais cela passera sans doute par des menaces, par des manifestations, jusqu’à ce que l’Etat trouve un compromis qui tienne compte à la fois de la nouvelle donne technologique et des points de vue propres aux différents acteurs.

Les Luddites s'attaquaient directement aux moyens de production. Aujourd'hui avec des firmes internationales qui n'ont pas d'existence physique dans les pays où elles exercent cela paraît compliqué ? L'action violente étant "dépassée" quelles seraient les armes d'un nouveau mouvement potentiel ?

Les firmes peuvent être multinationales, mais leur activité est toujours locale. Et il est toujours possible à l’Etat de s’en prendre aux modalités de cette activité locale. Il peut la taxer ou la soumettre à certaines règles ou à certaines restrictions, voire les interdire. Prenons un exemple : certaines personnes ont désormais la possibilité de louer une pièce de leur logement en passant par Airbnb, c’est très bien, cela leur permet de payer leurs traites ou de se faire un complément de revenu et cela permet à des touristes de voyager à moindre coût qu’en allant à l’hôtel. Maintenant, si un investisseur achète un immeuble entier pour le louer sous forme de studios par l’intermédiaire de Airbnb, on comprend que les hôteliers soient furieux et qu’ils agissent afin d’obtenir une réglementation contre ce qu’ils considèrent comme une concurrence illégale. Et cela passera par du lobbying auprès des pouvoirs publics.

Le vrai problème, en fait, est de savoir où va la création de valeur. De plus en plus, elle passe du côté de la plateforme qui sert d’intermédiaire. C’est l’hôtelier qui fait le travail mais e-booking qui rafle la mise. Certes, il pourrait refuser l’intermédiation de e-booking. Mais il n’aurait plus de clients. S’il le fait, c’est qu’il y trouve lui-même un intérêt.

Au début du mouvement et des protestations, les ouvriers, suggéraient d'instaurer une taxe sur ces produits. Aujourd'hui la mesure paraît tentante et pourrait servir à mieux répartir les richesses. Mais les entreprises étaient locales, nationales. Aujourd'hui est-ce que les Etats ont les moyens de faire plier les grandes entreprises à ce type de taxes ? Au vu de l'exemple d'Apple qui fait de l'optimisation fiscale en Irlande, cela semble compliqué ?

C’est effectivement très difficile de contrôler Internet, qui n’a ni patrie ni frontières. Mais, en ce qui concerne des plateformes comme Uber ou d’autres, il reste toujours possible de réglementer leur activité locale. Par ailleurs, beaucoup de plateformes d’intermédiation sont des start up dont l’activité est purement locale. On en trouve aujourd’hui dans tous les domaines, qu’il s’agisse de la préparation de repas et de leur livraison à domicile, de crowdfunding comme Kisskissbankbank ou de mise à disposition d’outils de jardinage. Certaines réussissent et d’autres disparaissent. Evidemment, pour toutes ces activités nouvelles, il va falloir trouver un nouveau cadre institutionnel. Et cela ne peut se faire que progressivement, par tâtonnements.

D'autres "Ludittes" reprochaient aux industriels de n'avoir pas préparé de transition et auraient dû introduire les machines moins directement, plus en douceur. N'est-ce pas ce qui est en train de se passer de nos jours en prenant l'exemple de Uber qui, il y a peu a introduit le véhicule autonome dans son activité ? Est-ce que les chauffeurs ne représentaient pas cette "transition en douceur"? 

Le changement technique va effectivement avoir des effets sur l’emploi. Et c’est l’objet d’un grand débat sur le nombre d’emplois qui disparaîtront et le nombre d’emplois qui seront créés. Les "cochers de fiacre" ont disparu et demain, ce sera peut-être le cas des chauffeurs de taxis. Ce qu’il y a probablement de nouveau, c’est que l’informatique permet le travail à distance et le travail autonome, ce qui rejoint un grand désir d’autonomie parmi les Français d’aujourd’hui. De ce point de vue, l’entreprise traditionnelle, où tout le monde était présent à heure fixe moyennant un contrat de travail à durée indéterminée appartient au passé. La question qui se pose, c’est de savoir si ce n’est pas le salariat qui appartient lui-même au passé.

C’est ce qui conduit un grand juriste en droit social comme Maître Jacques Barthélémy à soutenir que le droit du travail est en réalité un droit du travail salarié et qu’il faut y substituer un droit de l’activité professionnelle intégrant différentes formes de contrats, qu’il s’agisse du salariat ou du travail autonome ou indépendant. A quoi il faudrait ajouter que cela bouleversera également le fonctionnement des organismes de protection sociale, et notamment les régimes de retraites.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Céline Dion envoie DEUX stylistes à l’hosto; Nabilla veut de grandes études pour son bébé; Elizabeth II recueille une milliardaire en fuite; Laeticia Hallyday humiliée à Saint-Tropez; Cyril Hanouna achète à Miami, François H. & Julie Gayet à Montsouris

02.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

03.

Auriez vous le brevet des collèges ou... signé une pétition car les épreuves étaient trop difficiles ?

04.

Ces 6 questions que soulèvent les révélations sur François de Rugy et qui en disent long sur le niveau de dysfonctionnement politique et économique de notre pays

05.

Le Sénégal triompha de la Tunisie par 1-0 : les supporters sénégalais se livrèrent alors en France à une orgie de violences

06.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

01.

Greta Thunberg à l’Assemblée nationale : le révélateur de la faiblesse des écologistes politiques ?

02.

Matteo Salvini / Carola Rackete : mais qui représente le plus grand risque pour la démocratie et la paix civile ?

03.

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

04.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

05.

Face au "séparatisme islamiste" qui menace l’unité de la France, la tentation de "l’autonomie relative"...

06.

Intégration sensible : le cas particulier des immigrés d’origine algérienne ou turque

Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
zouk
- 12/01/2017 - 09:08
Luddites
Il faut toujours du temps pour digéré de fortes modifications, aussi bien du côté des entreprises que des salariés. Pour la France, le plus difficile sera de faire évoluer les syndicats arc-boutés sur des revendications de mesures à application universelle, la négociation au niveau de l'entreprise produira de meilleurs résultats