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Changement de génération au sommet de l’Etat : la promotion Senghor (celle de Macron) s’apprête à balayer la promotion Voltaire (celle de François Hollande)

Publié le 27 décembre 2016
Adieu Voltaire, bonjour Senghor ! Quand une promotion d'énarques est en passe de chasser l'autre ou comment Emmanuel Macron place ses pions.
Jean-Marc Sylvestre
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Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 
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Adieu Voltaire, bonjour Senghor ! Quand une promotion d'énarques est en passe de chasser l'autre ou comment Emmanuel Macron place ses pions.

Le changement le plus spectaculaire est intervenu avant Noël avec la nomination de Amélie Verdier à la direction du budget. L'une des deux directions, avec celle du trésor, qui gère Bercy. Amélie Verdier va remplacer Denis Morin qui, lui, va se mettre au chaud à la cour des comptes en attendant la retraite. À moins qu'une dernière porte du pouvoir s'ouvre à sa carrière. 

Ces changements ne font pas l'ouverture des journaux télévisés, pourtant ils ne sont pas anodins : ils témoignent du fonctionnement d'un système que beaucoup n'hésitent pas à critiquer alors qu'ils en sont des rouages importants.

Denis Morin est déjà un homme de l'ancien régime socialiste. Cet énarque de 59 ans est issu de la promotion solidarité (ça ne s'invente pas). François Hollande a puisé dedans autant que dans la sienne (promotion Voltaire) pour s'y trouver des fidèles. Denis Morin connaît tous les cadres du parti socialiste, il a travaillé avec Michel Charasse, Pierre Bérégovoy, Martine Aubry et dernièrement avec Marisol Touraine. C'est là que François Hollande l'avait casé avant de lui donner la direction du budget en 2013. 

Amélie Verdier, qui le remplace début janvier, appartient à une autre génération avec un parcours sans faute mais qui n'a pas pris le même chemin. Elle a 39 ans, est inspecteur des finances et elle a fait un bout de carrière comme secrétaire générale de l'AP-HP, l'assistance publique hôpitaux de Paris. Avant cela, elle s'était fait les dents dans des cabinets ministériels de Bercy : ceux de Jérôme Cahuzac, de Bernard Cazeneuve et de Pierre Moscovici. Mais Amélie Verdier a une autre caractéristique. Elle a fait l'ENA, dans la promotion Léopold Segar Senghor, où elle a pu copiner avec un certain Emmanuel Macron. 

La réalité, c'est qu'Emmanuel Macron – sacré homme politique de l'année 2016 pour son entrée fracassante dans ce monde – est en train de placer ses pions avec beaucoup d'habileté pour aller plus loin. Sur le terrain, si son mouvement rassemble déjà plus de 100 000 militants, le candidat à l'Élysée cherche surtout des soutiens dans les milieux d'affaires et dans les allées du pouvoir administratif… Ceux sur lesquels il pourra compter en premier, ce sont d'abord les hommes et les femmes qu'il a connus pendant sa scolarité à l'ENA.

Le système est classique. Il est à l'origine de la surpuissance politique et administrative de certaines élites. François Hollande a construit l'essentiel de son pouvoir avec ses camarades de la promotion Voltaire (ou accessoirement la promotion solidarité). Il les a choisis et promus parce qu'il avait confiance. Ces élus ont fait carrière et lui renvoyé l'ascenseur en étant d'une grande loyauté.

Les pions du président, qui appartenaient comme lui à la même classe, sont désormais très connus : Michel Sapin à Bercy, un fidèle parmi les fidèles, Jean-Pierre Jouyet et Pierre-René Lemas alternativement à l'Élysée et à la Caisse des Dépôts, Jean-Marc Janaillac chez Air France… sans parler de Ségolène Royal. Tous sont des Voltaire, issus de la même promotion que François Hollande. Cette promotion de l'année 1980 a peuplé ces deux dernières décennies les paysages politique et économique français. Peut-être pendant de trop nombreuses années. 

Comme c'est dans l'air du temps en ce moment, le remplacement des générations est en marche. Pour la bande d'énarques des années 1980 le mouvement vise plutôt la porte de sortie. Une autre est déjà en train de s'installer dans les arcanes du pouvoir.

C'est la promotion Léopold Sedar Senghor, dont le nom a été choisi par les élèves pendant leur weekend d'intégration à l'école d'après cette figure de la politique sénégalaise, poète et premier président du pays. Un signe de changement, peut-être. Toujours est-il que pour beaucoup la promotion Senghor regroupe déjà la génération Macron. La promotion Senghor est sortie des bancs de l'École Nationale d'Administration en 2004. Ils ont donc dix ans d'expérience au compteur et certains sont déjà installés bien au chaud.

C'est une promotion qui, comme les précédentes, a emprunté les chemins de la banque – comme l'avaient fait Emmanuel Macron ou Sébastien Proto chez Rothschild –, les chemins l'entreprise ou ceux des cabinets ministériels. Par pragmatisme peut-être.

Il y a évidemment Amélie Verdier qui prend la direction du budget, Gaspard Gantzer, qui a officié auprès de François Hollande en tant que conseiller en communication. Mais aussi Boris Vallaud, le mari de Najat Vallaud Belkacem, qui a travaillé dans les cabinets d'Arnaud Montebourg et de François Hollande ou encore Mathias Vicherat, qui attend son heure au cabinet de la maire de Paris. Et, bien sûr, Emmanuel Macron. Passé de banquier à secrétaire général adjoint, puis à ministre de l'Économie en attendant de conquérir le poste suprême de la République. L'entourage proche d'Emmanuel Macron est déjà composé d'hommes et de femmes qui ont abandonné les perspectives de carrières brillantes.

Julien Denormandie, ex-directeur adjoint du cabinet d'Emmanuel Macron à Bercy, a quitté le ministère avant l'été. Il est désormais coordinateur du mouvement.

Ismaël Emelien, un ancien de Havas est aussi un ancien du cabinet d'Emmanuel Macron. Il est chargé de la stratégie et des études dans le mouvement. Benjamin Griveaux, l'ancien conseiller de Dominique Strauss-Kahn, est passé par le Conseil général de Saône-et-Loire et la communication du groupe Unibail. Il est devenu un de ses porte-paroles. 

Julie de Sablière est la patronne de l'agence de communication Little Wing. Elle est l'attachée de presse .

Adrien Taquet, dirigeant de l'agence de publicité Jésus et Gabriel, s'est occupé du design du site web et des clips vidéo

Plus lourd, Christian Dargnat, ancien de BNP Paribas Asset Management, s'occupe de la levée de fonds et de la gestion des dons.

Cette liste de fidèles s'allonge tous les jours alors que les anciens de Voltaire quittent les postes de pouvoir. Comme à chaque alternance de pouvoir, les candidats s'entourent de gens qui sont au diapason de leurs idées et de leurs convictions.

Attention, la promotion Sengor n'est pas ordinaire, elle a déjà fait des vagues pendant sa scolarité. C'est elle qui s'était fait connaître pour son esprit contestataire. Au moment de l'annonce du classement, le traditionnel "amphi-garnison", la majorité de promotion remet au doyen un dossier d'une vingtaine de pages, signé par l'ensemble de ses camarades, faisant état des dysfonctionnements qu'ils ont pu observer au cours de leurs deux années de formation et des pistes pour une réforme en profondeur de l'institution. Le rapport était sévère. Ces élèves un peu agités voteront cette même journée une motion de défiance à l'égard de la Direction de l'École. En général cette procédure est très politiquement correcte, assez conventionnelle. Pas de quoi ébranler les structures de l'État. Dans le cas de la promotion Macron, les élèves se sont retrouvés sur un registre très transgressif par rapports aux "us et coutumes".

La preuve c'est que trois ans après leur sortie, le Conseil d'État donne suite au recours qu'ils avaient signé, en annulant le fameux classement de sortie, avec l'argument que le concours n'avait pas été organisé dans des conditions favorisant l'égalité des élèves. C'est la première fois que les élèves d'une promo se rebellaient ainsi contre l'une des poutres maitresses de l'architecture de l'ENA à savoir le fameux classement de sortie qui conditionne très souvent le profil d'une carrière individuelle. Cette promo a essayé d'abattre un des piliers du système sans toutefois menacer l'édifice. Hors-système oui, mais pas trop quand même.

C'est donc une promotion qui apparaît soudée et ambitieuse, où de nombreux liens et unions trans-partis sont nés, rappelant la frontière floue qu'aime à entretenir Emmanuel Macron entre la gauche et la droite. On a finalement l'impression que, s'ils ont des idées politiques établies, ils n'ont que peu ou pas de réel attachement partisan. 

Que va faire cette nouvelle horde de jeunes à la tête des postes de pouvoir du pays ? Quand on leur parle de l'ancien ministre de l'Économie, ils s'en souviennent comme de quelqu'un de complètement déterminé. Beaucoup pensent qu'il va être "redoutable dans sa course à l'Élysée", "bon en tout". Combien seront-ils prêts à le suivre dans l'aventure de la campagne ? Ils sont de plus en plus nombreux au fur et à mesure que Macron grimpe dans les sondages. Le remplacement des élites par d'autres élites, pas franchement une révolution !

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Commentaires (13)
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D'AMATO
- 15/01/2017 - 17:20
Enfer et damnation,...on prend les mêmes et on....
....recommence ????
On va encore se mettre la bêche sur les pieds?
cloette
- 27/12/2016 - 21:13
école "prestigieuse" !
https://www.youtube.com/watch?v=ZJymTgcEkYU
OlivierRiviere
- 27/12/2016 - 20:59
Pauvre France
Toujours l'ENA et un esprit "réformiste" qui n'est que de façade. Ajoutons-y les castes HEC, Science Po et Polytechnique et le système s'auto-entretien. Pauvre France ...